La production "significativement affectée" au Bugey
À la centrale nucléaire du Bugey située à Saint-Vulbas, dans l’Ain, la grève est placée sous courant alternatif depuis l’été dernier. Survenu en juillet, le premier mouvement social avait été suivi par près de 50 % des quelque 1350 salariés d’EDF travaillant sur ce site d’une centaine d’hectares, situé à une quarantaine de kilomètres de Lyon (Rhône). « Les appels des 13 et 29 septembre ont également été bien suivis », assure Christophe Paul, délégué CGT du Bugey qui parle d’« un taux de grévistes de 38 % pour le dernier mouvement qui s’est étiré jusqu’au 6 octobre. » Les unités 3 et 5 sur les quatre réacteurs à eau pressurisée mis en service en 1978 et 1979 ont vu leur puissance réduite de moitié avec une production de 450 méga-watt-heure (MWh) chacune au lieu de 900 MWh. « Nous aurions pu aller plus loin mais nous devons maintenir au minimum 400 MWh par sécurité, précise le syndicaliste. Nous fonctionnons à présent sur le principe d’une grève reconductible de petits groupes de 10 à 15 personnes qui ont vraiment la main sur l’outil de travail. Cela impacte significativement la production. Les agents de la conduite était en grève de fin septembre à début octobre puis ils ont choisi de reprendre. Maintenant, c’est l’équipe de rechargement qui a repris la grève le 11 octobre. Nous consommons parfois plus en France que nous ne produisons, ce qui signifie que, dans ces moments-là, EDF doit importer de l’électricité. »
Ces arrêts de travail ponctuels ont des conséquences immédiates sur la production mais aussi sur la remise en service des deux réacteurs qui étaient arrêtés dans le cadre des quatrièmes visites décennales. Aujourd’hui, deux des quatre réacteurs de la centrale nucléaire du Bugey fonctionnent, un est en maintenance et un autre en phase de redémarrage. « Il était prévu qu’il redémarre la semaine dernière mais la grève a repoussé cette échéance qui devrait intervenir dans les prochaines heures », estime Christophe Paul qui prévient : « Au moindre coup de froid, le réseau va se retrouver sous tension ».
Avec une production d’électricité de 20,1 TWh en 2021, l’unité aindinoise dirigé par Pierre Boyer représente 7 % de la production nucléaire française ou 40 % des besoins d’Auvergne-Rhône-Alpes, région où les centrales de Cruas-Meysse (Ardèche) et Tricastin (Drôme) sont également engagés dans ce mouvement de grève national qui vise à obtenir des augmentations de salaires à hauteur de l’inflation. « Nous avons eu près de 15 % de perte de pouvoir d’achat depuis dix ans », déplore Christophe Paul ; une manière de dire que l’accord de branche survenu le 6 octobre (+ 3,6 % du salaire national de base sur 2022 et 2023) avec le patronat des industries électriques et gazières est une avancée mais ne suffira pas.
Rodolphe Montagnier
A Cattenom, le mouvement s'intensifie
Les deux barrages filtrants mis en place ce 13 octobre à l’aube par 200 salariés grévistes aux entrées de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle), 40 kilomètres au nord de Metz, ont perturbé les prises de postes du matin, ainsi que le trafic routier local. Cette action organisée sous la bannière de l’intersyndicale CFDT, CFE-Energies, FO, CGT, Unsa s’est prolongée pendant deux heures et doit être reconduite le 14 octobre en vue de faire pression sur le groupe EDF qui doit ouvrir prochainement ses négociations salariales.
Tout comme leurs collègues, les salariés mosellans demandent à EDF de revaloriser leurs salaires, après l’échec des négociations au niveau de la branche des industries électriques et gazières la semaine dernière.
A Cattenom où travaillent plus de 1300 agents EDF et environ 800 sous-traitants, l’intersyndicale en est à sa troisième mobilisation après les mouvements des 29 septembre et 6 octobre. Alors qu’actuellement une seule des quatre tranches de 1300 mégawatts est en fonctionnement, les actions des salariés pourraient conduire à décaler les redémarrages prévus. Le géant français de l’électricité avait programmé ces reprises d’activité aux 1ernovembre (Cattenom 1), 14 novembre (Cattenom 4), et 11 décembre 2022 (Cattenom 3). « Au regard de la mobilisation de ce jour, il parait incertain qu’EDF puisse respecter ce calendrier. En effet, les opérations de rechargement des cœurs de réacteur sont décalées de jour en jour. Quant au recouplage de la tranche 3 au réseau électrique, il est incertain, car les contrôles de corrosion sous contrainte ne sont pas terminés. La direction d’EDF doit comprendre qu’elle est prise à la gorge : Le groupe doit revaloriser nos salaires, s’il veut que ces tranches à l’arrêt soient redémarrées », avertit Pierre Mertz, délégué syndical CGT de la centrale de Cattenom.
Philippe Bohlinger
Gravelines rejoint le mouvement
Dans la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), composée de six réacteurs, la production de la tranche 1 a été abaissée à 300 mégawattheure ce 13 octobre, contre 900 habituellement. « Cela n'aura aucune conséquence sur les usagers, rassure Nicolas Dessertenne, secrétaire du syndicat CGT à la CNPE de Gravelines. L'incidence sera pour EDF qui va devoir racheter le courant à prix fort pour compenser cette baisse de production. »
Déjà en grève le 6 octobre, les syndicats, CGT, FO et CGT-CFE, organisés en intersyndicale, sont dubitatifs quant aux 2,3% d'augmentation annoncés lors des négociations de branche. Ils réclament une augmentation de 5%. « Les organisations syndicales sont actuellement en cours de consultation auprès de leurs adhérents concernant cette proposition. Mais d'ores et déjà, nous disons que cela n'est pas assez et nous demandons l'avancée des NAO (négociations anuelles), prévues en novembre, à maintenant », explique Nicolas Dessertenne. Et de poursuivre : « Sur les dix dernières années, le salaire national de base n'a augmenté que de 0,2 ou 0,3%. Cela fait un retard de 15% par rapport à l'inflation. »
1800 personnes travaillent sur le site de Gravelines. « La grève reconductible a été validée en assemblée générale. On ne demande pas des rémunérations complémentaires à outrance mais de meilleurs salaires et des embauches pour de meilleures conditions de travail. La CGT demande notamment l'embauche d'agents d'exécution pour pouvoir prendre l'outil en main », ajoute-t-il.
Pour les syndicats, il y a un fort signe de mécontentement notamment par rapport à cet accord de branche « nullement à la hauteur », estiment-ils. « On revendique un retour à un réel service public de l'énergie pour tous les usagers. On ne fait pas grève pour les embêter ou les prendre en otage », rassure Nicolas Dessertenne.
Ce vendredi, le réacteur 4 va arrêter de produire pour une maintenance qui va durer trois mois. Une nouvelle assemblée générale est prévue à 6 heures. « D'autres sites vont également entrer en grève, prévient le syndicaliste. La majorité des agents ne sont pas satisfaits des conditions actuelles. »
Nadia Daki



