A Bruxelles, deux camps s’opposent autour du nucléaire

Le temps d’un "conseil énergie" sous haute tension à Bruxelles, les ministres européens se sont entendus sur leur position de négociation sur le "paquet gazier", qui entend promouvoir l’hydrogène et les  gaz "décarbonés" dans l’Union. Mais le sort à réserver au nucléaire a largement compliqué les pourparlers.

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AFP NE PAS REUTILISER Agnès Pannier Ruacher conseil de l'Europe
La ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher (à droite) s'entretient avec la ministre espagnole de l'Énergie, Teresa Ribera Rodriguez, (à gauche) à Bruxelles le 28 mars 2023.

Avec son paquet gazier dévoilé en décembre 2021, la Commission européenne entendait ouvrir la voie à une utilisation plus systématique des gaz à faible teneur en carbone et de l’hydrogène. Pour l’heure, l’objectif n’est pas atteint, et les pierres d’achoppement entre les négociateurs sont nombreuses. Les pourparlers progressent néanmoins.

Mardi 28 mars, les 27 Etats membres de l’Union européenne (UE) ont ainsi réussi à dégager leur "approche générale" sur ces textes. Le Parlement européen, lui aussi, dispose de sa position de négociation. Encore faudra-t-il que les co-législateurs parviennent à accorder leurs violons pour qu’un accord définitif puisse être trouvé.

L’objectif général, assez largement partagé, est de voir les gaz renouvelables et ceux considérés comme "bas carbone" grignoter le plus de terrain possible aux gaz fossiles en Europe. Pour y parvenir, ce sont deux textes qui ont été mis sur la table par la Commission : d’une part, une proposition de directive concernant des règles communes pour les marchés intérieurs des gaz naturel et renouvelable et de l’hydrogène et d’autre part une proposition de règlement sur les marchés intérieurs des gaz naturel et renouvelable et de l’hydrogène.

«Pro-nucléaire » vs. « pro-renouvelables»

Jusqu’au bout, les négociations, au sein du Conseil de l’Union européenne, ont coincé sur un point précis : la définition de l’hydrogène bas carbone - et notamment, la question centrale de savoir si le nucléaire peut être considéré comme un moyen de production pour cet hydrogène décarboné. Dans ce contexte, plus que cette "approche générale" qui a pu être trouvée sur le paquet gazier, ce que la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a expliqué retenir «tout d’abord» de cette réunion à Bruxelles, c’est l’alliance (pas nouvelle) de 13 pays (la France, donc, aux côtés de la Bulgarie, la Croatie, la Finlande, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie - ainsi que la Belgique, l'Italie et les Pays-Bas en tant qu’observateurs) qui considèrent, dans un communiqué commun, le nucléaire comme une «technologie stratégique pour l'atteinte de la neutralité climatique».

En face, onze Etats, qualifiés de «pro-renouvelables» par une source européenne (l’Autriche, qui a donné l’impulsion, la Belgique, l’Estonie, l’Espagne, l’Allemagne, le Danemark, l’Irlande, les Pays-Bas (dans les deux camps, donc), le Portugal, le Luxembourg et la Lettonie) fourbissaient leurs armes. Eux soulignent que «renouvelables veut dire renouvelables» (Vienne en a fait son credo) - et que le nucléaire ne peut être considéré comme une technologie «verte». Ainsi, il n’était pas question pour eux de faire rimer hydrogène renouvelable et hydrogène bas carbone. In fine, le paquet gazier ne mise pas sur l’hydrogène bas carbone si cher à la France. Mais le combat continue. Des débats similaires empoisonnent les négociations de la proposition de directive sur les énergies renouvelables, actuellement en discussion.

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