Sur la question de l’atome, France et Allemagne sont rarement au diapason. De fait, alors que Paris se bat pour que l’hydrogène produit à partir d’électricité nucléaire soit considéré comme "vert" dans la future directive européenne sur les renouvelables, afin de bénéficier de subventions, l’idée fait clairement grincer des dents outre-Rhin.
L'hydrogène est un axe majeur de la stratégie de décarbonation de l'Allemagne, qui veut devenir leader dans les technologies de production et de transport en 2030. Dans ce cadre, la coalition gouvernementale entre les sociaux-démocrates, les Verts et les Libéraux s’est fixé pour objectif de doubler la production nationale de 5 à 10 gigawatts à cet horizon et finalise la rédaction d’une nouvelle stratégie sur l’hydrogène, qu’elle souhaite faire adopter avant Pâques. Dans le projet de texte, la priorité est donnée à l’hydrogène dit "vert", dont les électrolyseurs sont alimentés par de l’électricité renouvelable (issue de l’éolien, du solaire et de l’hydraulique). Celui-ci sera produit localement ou importé de pays tiers, comme le Maroc ou le Brésil, avec lesquels l’Allemagne a signé des coopérations bilatérales.
Cependant, Berlin semble avoir légèrement infléchi ses positions ces dernières semaines. En effet, il est peu probable que l’hydrogène vert suffise à répondre aux énormes besoins de son industrie allemande. «Nous avons besoin de plus de couleurs d’hydrogène pour notre transition énergétique», a indiqué Till Mansmann, chargé de la stratégie sur l'hydrogène au sein du gouvernement fédéral. Il fait notamment référence à l’hydrogène bleu bas carbone, produit à partir de gaz naturel ou de charbon mais utilisant des dispositifs de capture du CO2.
Divergences dans la coalition allemande
De son côté, lors d’une table ronde organisée le 9 mars par l’Institut Jacques Delors à Paris, Jörg Kukies, bras droit du chancelier Olaf Scholz en charge des questions européennes et financières, a confirmé que l’Allemagne serait prête à importer de l’hydrogène français produit à partir de nucléaire et qu’elle ne «s’opposerait pas au nucléaire comme source d’énergie bas carbone». Pas au point, tout de même, à accéder aux demandes françaises sur la taxonomie européenne : «l'hydrogène d’origine nucléaire ne peut pas être classé comme vert», a ainsi martelé Till Mansmann.

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Pourtant, le sujet déchire aussi jusqu’aux membres du gouvernement. Ainsi, le ministre des Finances Christian Lindner et la ministre de la Recherche Bettina Stark-Watzinger, tous deux libéraux, se sont ralliés à la position de la France et estiment que toutes les sortes d’hydrogène seront nécessaires, quelle que soit l’origine de l’électricité. A l’inverse, le ministre écologiste de l’Economie et de la protection du climat Robert Habeck s’est prononcé contre, craignant une relance de l’énergie nucléaire en Europe et un coup de frein dans le développement des renouvelables.
Volte-face sur les véhicules thermiques
En corollaire, l’arrêt de la commercialisation des véhicules thermiques à partir de 2035 apparaît aussi comme une victime collatérale des guerres intestines entre les Verts et les Libéraux du gouvernement et des jeux de lobbyisme entre Etats membres européens. En posant son véto le 7 mars dernier, l’Allemagne a officiellement justifié sa volte-face par la nécessité de rester ouvert sur les technologies pour laisser le choix aux constructeurs de leur stratégie pour atteindre la neutralité carbone. «Nous avons toujours dit que la Commission européenne devait présenter une proposition sur la manière dont les carburants synthétiques pourraient être utilisés dans les moteurs à combustion après 2035, a déclaré Volker Wissing, le ministre des Transports, également libéral. Ce qui manque maintenant, c'est la réalisation de cet engagement».
En coulisses toutefois, ce coup d’éclat des Libéraux est aussi un moyen pour eux de redorer leur blason. Ces derniers avalent depuis un an un grand nombre de couleuvres face à leurs partenaires écologistes. Le dernier en date portait sur la décision d’arrêter la dernière centrale nucléaire actée au 15 avril 2023, alors qu’ils réclamaient une prolongation jusqu’en 2024. Avec la défense du moteur thermique, ils réaffirment donc leur soutien aux PME et aux sous-traitants de l’automobile allemands, dont beaucoup craignent de rester sur le carreau avec l’avènement de l’électromobilité.
Mais cette fronde est vigoureusement critiquée par Paris. «C'est une faute environnementale et aussi économique, a déclaré Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à France Info le 13 mars, en se disant prêt à aller au bras de fer avec Berlin. Nous avons 5 à 10 ans de retard sur le véhicule électrique par rapport à la Chine et il faut mettre les bouchées doubles». Pourtant, du côté allemand, on se dit plutôt confiant et selon plusieurs médias, l’Allemagne pourrait obtenir de la Commission européenne une modification de la loi, qui autoriserait les voitures équipées d'un moteur à combustion à condition qu'elles n'émettent que la quantité de CO2 équivalent à celle émise par la production du carburant. Volkswagen, Porsche et dernièrement BMW se sont dit prêtes à recourir au E-fuel pour leurs véhicules haut-de-gamme.



