Ziwig diagnostique l’endométriose avec un peu de salive, de la biologie moléculaire et de l'IA

La start-up lyonnaise Ziwig a mis un point un test salivaire permettant de diagnostiquer l’endométriose en l’espace de quelques jours. L’Endotest va être testé dans 80 hôpitaux français afin d'évaluer précisément ses bénéfices avant qu’un éventuel remboursement soit proposé par la Haute autorité de santé (HAS) en France.

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Ziwig diagnostic endométriose
Le laboratoire de Ziwig est entièrement automatisé. Ici, les tubes contenant la salive sont ouverts.

De la biologie moléculaire dopée à l’intelligence artificielle (IA) pour diagnostiquer l’endométriose. C’est la promesse de Ziwig. La start-up fondée à Lyon (Rhône) a conçu un outil de diagnostic de l’endométriose basé sur l’analyse des micro-ARN salivaires.

Cet Endotest a franchi une étape supplémentaire, courant octobre, en vue de sa prise en charge en France. 80 hôpitaux, dont la liste sera prochainement publiée, pourront proposer gratuitement ce test. «La Haute autorité de santé (HAS) va mesurer les économies, notamment sur la réduction du nombre de chirurgies diagnostiques, par rapport aux autres méthodes», explique son fondateur Yahya El Mir. Avant d’éventuellement autoriser un déploiement et un remboursement généralisé de l’Endotest.

Une techno de séquençage haut débit

Ziwig s’intéresse aux micro-ARN, de très petites molécules qui interviennent dans l’expression des gènes. Des micro-ARN sont notamment présents dans la salive, un flux humain extrêmement stable ne nécessitant pas des conditions de préservation spécifiques lors de son transport. Le séquençage de nouvelle génération permet de collecter et transformer des informations biologiques provenant des micro-ARN présents dans les gouttes de salive en un fichier numérique. Pour cela, différentes machines sont utilisées jusqu’à celle pour le séquençage haut débit.

Les micro-ARN sont d'abord extraits de la salive. Puis, ces petites molécules sont préparées, c’est-à-dire mélangées avec des réactifs spécifiques qui se collent à ces molécules pour permettre de les mesurer et de les compter. «Enfin, les micro-ARN sont mesurés grâce à une technique de séquençage de nouvelle génération : de la lumière est projetée sur les molécules préparées, puis réfléchie pour permettre leur comptage, détaille Yahya El Mir. Ce processus est répété des millions de fois.» Les données ainsi collectées sont compilées dans un fichier numérique analysé par des algorithmes d’IA développés par les équipes de Ziwig. «Les résultats finaux sont transmis au médecin qui a la charge de les notifier à la patiente», ajoute Yahya El Mir.

Un processus facilité pour le diagnostic

L’endométriose est une maladie inflammatoire gynécologique qui touche 10% des personnes menstruées dans le monde. Pourtant son diagnostic prend parfois plusieurs années. Celui-ci passe par l’imagerie (échographie et IRM) ou l’opération. «Mais l’imagerie ne permet pas forcément de détecter les formes précoces de la maladie qui peut commencer très tôt, parfois dès l'âge de 10 ans», souligne Yahya El Mir. La seule alternative est donc la chirurgie. Mais cette opération est lourde et peut accélérer la maladie dans les cas d’endométriose péritonéale. D’où le développement de l’Endotest dont «les performances sont, de loin, supérieures aux autres outils de diagnostic existants», selon Yahya El Mir. Surtout, le processus est simple.

Il suffit de cracher dans un tube puis de l’envoyer au laboratoire Ziwig puisque l’ensemble des kits de prélèvement salivaire sont traités par la start-up elle-même. Elle a construit en un an seulement un laboratoire totalement automatisé spécialisé dans le traitement de l’ARN salivaire à Aix-les-Bains (Savoie). Une nécessité pour la pépite. «Aucun laboratoire existant n’était en capacité de traiter ces tests selon notre protocole !», s’exclame Yahya El Mir. Le laboratoire peut traiter 4500 tests par semaine. «Si la cadence doit être augmentée, il est possible de doubler celle-ci dans un délai de trois semaines», ajoute le fondateur.

Des recherches sur le cancer de l’ovaire

Cette même technologie de séquençage des micro-ARN peut être utilisée sur d’autres pathologies. Ce qui change : ce sont les algorithmes pour traiter les fichiers numériques collectés. Ziwig travaille sur la détection précoce du cancer de l’ovaire afin d’améliorer les chances de survie des patientes. Un autre pan de ses recherches concerne les maladies neurodégénératives. «Améliorer le diagnostic contribue à mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de ces pathologies. Explorer le niveau cellulaire permet d’identifier les processus qui conduisent à des dérégulations responsables du développement de la maladie», explique le fondateur de la start-up qui comprend une centaine de salariés dont la majorité se concentre sur la R&D.

Dans ce secteur des biotechs il faut investir des sommes considérables pendant 7 à 12 ans avant d’avoir un produit sur le marché. «En moyenne, il faut investir 150 millions d’euros avant de générer le moindre revenu», ajoute Yahya El Mir. C’est pourquoi Ziwig lève régulièrement des fonds. Mais la start-up ne dévoile aucun montant. Son fondateur souligne simplement : «Le véritable challenge est d’être capable de lever des fonds et d'assurer un financement constant pour mener à bien des études cliniques, sachant que plus de 75% de nos dépenses sont pour la R&D.» Recherches qui pourraient accélérer différents diagnostics.

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