[Vu d'Allemagne] BioNTech, la pépite à l’origine du candidat-vaccin anti-Covid de Pfizer

Dès janvier 2020, l’entreprise BioNTech spécialisée dans les thérapies individualisées contre le cancer, a travaillé sur plusieurs vaccins à ARN-messager et signé en mars un accord de partenariat avec l’américain Pfizer afin de démultiplier ses capacités de développement.

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Laboratoire allemand BioNTech
C'est au tout début de la pandémie que le laboratoire allemand BioNTech réoriente ses recherches vers un vaccin contre le Covid-19.

Le vaccin contre le Covid-19 est encore loin d’être sur le marché, mais en Allemagne, on s’y croirait déjà. Même si les résultats doivent être nuancés, le 9 novembre, l’heure était aux réjouissances et à la fierté nationale à l’annonce des résultats de la phase 3 des essais cliniques du candidat-vaccin du tandem Pfizer-BioNTech.

"C’est la lumière au bout du tunnel", espérait le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, tandis qu’à la Bourse de Francfort, les titres des deux sociétés connaissaient une envolée.

Sous le feu des projecteurs : le laboratoire de biotechnologies allemand BioNTech et son couple de fondateurs, Ugur Sahin et Özlem Türeci, dont les recherches n’étaient pas à l’origine centrées sur les vaccins, mais sur les thérapies contre le cancer. Âgé de 55 ans, son PDG, Ugur Sahin, est spécialisé dans la médecine moléculaire et en immunologie. C'est au cours de ses études à l'hôpital universitaire d'Hombourg (Sarre), en 2000, que le scientifique rencontre Özlem Türeci, de deux ans sa cadette. Elle aussi élevée dans une famille d’origine turque, elle se destine à la recherche médicale et oncologique.

La technologie de l'ARN messager

En 2001, ils décident donc de créer un spin-off baptisé Ganymed Pharmaceutical et spécialisé dans les anticorps monoclonaux. Après l’avoir revendu à une multinationale, ils fondent en 2008, avec l'immunologiste Christoph Huber, la société pharmaceutique BioNTech à Mayence (Rhénanie-Palatinat), avec l’objectif de développer des thérapies individualisées pour les patients cancéreux. Ayant bénéficié d’un soutien de 55 millions de dollars de la part de la Fondation Bill & Melinda Gates, la PME travaille en particulier sur la technologie de l'ARN messager (ARNm), permettant au corps humain de créer des protéines virales qui vont déclencher une réponse immunitaire.

C’est à partir de cette technique que l’entreprise a l’idée dès le début 2020, au tout début de la pandémie, de réorienter ses recherches vers un vaccin contre le Covid-19. Une fois la séquence du génome du SARS-CoV-2 publiée le 12 janvier, le laboratoire décide de monter mi-janvier une équipe d’une quarantaine de personnes autour d’un projet dénommé "Lightspeed". Avant le début du printemps, le laboratoire avait déjà mis au point 20 vaccins potentiels, comme l’a expliqué Ugur Sahin dans une interview au magazine "Der Spiegel".

Parmi ces projets, la formule "BNT162b2" semble être la plus prometteuse et fait l’objet le 17 mars d’un accord de coopération avec le géant pharmaceutique américain Pfizer, avec lequel BioNTech collabore déjà. L’alliance vise alors "à associer les capacités de développement ainsi que les capacités réglementaires et commerciales de Pfizer à la technologie et à l'expertise du vaccin ARNm de BioNTech", notent les deux acteurs dans un communiqué. Parallèlement, le gouvernement allemand soutient également la recherche en accordant une enveloppe de 750 millions d’euros, dont 375 millions d'euros iront à BioNTech, qui pèse aujourd’hui 2,4 milliards d’euros et emploie 1 500 personnes, et le reste à ses deux concurrents CureVac et IDT Biologika. Avec l’espoir que l’un de ses fleurons nationaux remportera la course mondiale pour trouver un vaccin contre le Covid-19.

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