Analyse

Pourquoi le vaccin contre le Covid-19 va encore se faire attendre

Malgré la pression et l’aide financière apportée par les Etats, les vaccins contre le Covid-19 se font toujours attendre. Pourtant l’industrie pharmaceutique est dans les starting blocks. Mais la partie ne se déroule pas comme prévue.

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Sanofi Pasteur Vaccins a Marcy l'Etoile
Pour mener la course au vaccin en tête, plusieurs big pharmas, d’ordinaire concurrentes, ont accepté de nouer des alliances, comme Sanofi (photo) avec l'anglais GSK.

Il y a le temps politique, et le temps scientifique et industriel. Chaque jour, le décompte du nombre de patients et morts du Covid-19 s’alourdit, contraignant à nouveau les Etats à prendre des mesures restrictives, comme devrait l'annoncer pour la France Emmanuel Macron, mercredi 14 octobre au soir.

Le bilan économique de la pandémie s'alourdit chaque jour un peu plus. Dans son pire scénario, le Fonds monétaire international (FMI) estime à 28 000 milliards de dollars - dont 11 000 milliards de dollars rien que pour les années 2020-2021 – la perte cumulée de PIB entre 2020 et 2025 pour l’économie mondiale. Et s’inquiète du nombre croissant de victimes collatérales, avec le creusement de la pauvreté et la hausse des inégalités.

Qu’attend-on donc pour lancer de massives campagnes de vaccination ? Donald Trump, dans l’espoir d’assurer sa réélection à la présidence des Etats-Unis, avait promis un vaccin d’ici le 3 novembre. Las, il n’en est rien. Et on en est encore loin.

Des alliances inédites

La faute n’est pas du côté des laboratoires pharmaceutiques, trop désireux d’arriver les premiers sur ce marché potentiellement gigantesque, avec des pays développés et solvables prêts à financer de larges campagnes de vaccination. Par le biais de l’Europe, qui a accepté de partager le risque financier avec l’industrie, la France a d’ores et déjà multiplié les précommandes onéreuses de potentiels vaccins toujours en cours de développement. Pour mener la course en tête, plusieurs big pharmas, d’ordinaire concurrentes et si secrètes sur leurs projets, ont même accepté de nouer des alliances : le champion français Sanofi et l’anglais GSK, l’anglo-suédois AstraZeneca avec l’université d’Oxford, le géant américain Pfizer et la biotech allemand BioNtech…

Alors, où le bât blesse ? A la difficulté de mener à bien en un temps record le développement d’un produit complexe, qui prend entre huit et dix-huit ans, dont quelques années rien que pour les essais cliniques sur l’homme.

De nouvelles règles du jeu

Très attendue car régnant sur le premier marché pharmaceutique au monde, les Etats-Unis, l'Agence américaine des médicaments (FDA) a fixé le 7 octobre les règles du jeu. Des critères stricts visant à encadrer la partie et la rendre plus transparente : inclure des cas sévères dans les essais cliniques, attendre au moins deux mois après l’injection de la dernière dose avant de déposer un dossier d’autorisation de mise sur le marché (AMM), et démontrer une efficacité d'au moins 50 % de prévenir le Covid-19.

Franchir les essais cliniques

Parmi les trois big pharmas étant entrées en phase 3 d’essais cliniques – l’ultime phase avant une potentielle commercialisation -, deux ont déjà trébuché. Après les avoir suspendus le 6 septembre en raison d’un incident grave survenu sur un participant, AstraZeneca vient de reprendre ses essais au Japon mais pas encore aux Etats-Unis. Le 12 octobre, c’est l’industriel américain Johnson & Johnson qui a annoncé une suspension "temporaire", "en raison d'une maladie inexpliquée chez un participant". Restent encore en phase 3 aux Etats-Unis les potentiels vaccins de Pfizer et de la jeune biotech américaine Moderna.

Rien ne sert de courir – en raison des risques encourus, et malgré les pressions – il faut partir à point ? Telle est peut-être la philosophie de Sanofi. Son vaccin développé avec GSK devrait entrer en phase 3 à la fin de l’année. Un retard qu’il assume désormais. "Nous n'avons pas l'intention d'être les premiers à mettre le produit sur le marché, mais nous proposons une option intéressante, avec une forte probabilité de succès, un excellent profil de produit par rapport à d'autres plateformes qui ne sont pas bien établies aujourd'hui et une forte capacité à augmenter la production, a expliqué un porte-parole de Sanofi à L’Usine Nouvelle fin juillet. Nos données de la phase III viendront probablement plus tard que les autres. Et nous comprimons les délais pour commencer la fabrication en parallèle et avoir les premières doses disponibles avant la fin des essais de la phase III."

L’histoire dira quelle stratégie – si l’une d’entre elle s’avère concluante – était la bonne.

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