Quels sont les investisseurs qui se cachent derrière les innovateurs européens ? Pour répondre à cette question, l’Office européen des brevets a analysé les portefeuilles de plus de 6100 investisseurs actifs en Europe entre 2000 et 2023 et ayant réalisé au moins un investissement dans une start-up depuis 2020, dans une étude publiée jeudi 16 janvier. En parallèle, l’organisation qui délivre les brevets européens a aussi répertorié plus de 8000 investisseurs qui financent des jeunes pousses américaines afin de comparer les deux écosystèmes.
«Cette étude met un coup de projecteur sur cette catégorie d’investisseurs qui financent les start-up déposant des brevets. Ces entreprises, des deeptechs dans le cas le plus extrême, ne cherchent pas à exploiter une technologie existante. Elles visent à apporter une nouvelle technologie sur le marché. Elles sont généralement davantage orientées vers la production, créent plus d’emplois et ont des besoins de financement plus élevés pour leur développement. Leurs investisseurs doivent être capables de comprendre la technologie et d’analyser leur propriété intellectuelle», explique Yann Ménière, chef économiste de l’Office européen des brevets, auprès de L’Usine Nouvelle.
8% des investisseurs ont plus de 50% de start-up innovantes dans leur portefeuille
L’étude mesure ainsi le pourcentage de sociétés avec des brevets, ou a minima en demande de brevet, dans les portefeuilles des investisseurs. Elle montre que 88% des investisseurs actifs en Europe ont accompagné au moins une start-up dans cette situation au cours des dernières années. Ce soutien peut prendre des formes variées, comme une injection de fonds propres, une subvention ou encore une levée de dette. Mais seuls 40% d’entre eux ont plus de 20% de start-up «brevetées» dans leur giron et 8% parviennent à en avoir plus de 50%.
L’Office européen des brevets va plus loin dans sa «cartographie» des investisseurs sensibles aux jeunes pousses innovantes en classant les 25 plus gros acteurs, privés ou publics, en Europe en fonction de leur exposition aux sociétés «brevetées». En prenant en compte le nombre de start-up soutenues, les investisseurs publics trustent les meilleures places du classement.

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Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
Les institutions publiques très présentes dans les premiers tours de table
A la première place, on retrouve l'EIC fund, le fonds de capital-risque du Conseil européen de l’innovation qui a financé 508 entreprises, dont plus de 70% ont déposé des brevets, selon les calculs de l’Office européen des brevets. Elle est suivie par le Conseil européen de l’innovation lui-même, qui intervient davantage en amorçage et dont 45% du portefeuille est constitué de sociétés brevetées.
Le programme d’accélération suisse Venture Kick, financé par un consortium privé, complète le podium. Il est le seul investisseur privé dans le top 15, avec la société d’investissement britannique BGF en douzième position. Pour compléter le top 5, on retrouve deux instruments du programme-cadre de recherche de l’Union européenne Horizon Europe, avec l’EIT Health en quatrième position et le programme Eurostars à la cinquième place. Les investisseurs publics nationaux comme Bpifrance, High-Tech Gründerfonds en Allemagne, Innovate UK outre-Manche et Innovation Norway en Norvège sont aussi très bien positionnés : on trouve entre 20% et 40% de sociétés brevetées dans leurs portefeuilles.
Dans le top 25 des plus gros investisseurs en montants injectés dans les start-up innovantes, la Banque européenne d’investissement se distingue avec 55% de son portefeuille constitué de sociétés brevetées. Le Conseil européen de l’innovation reste deuxième, tandis que Bpifrance est le seul autre investisseur public à figurer dans le classement, à la sixième place. Le reste du classement est occupé par des investisseurs privés comme BlackRock, le fonds de retraite du Canada CPP Investments et celui de private equity Eurazeo.
Supernova Invest s'illustre dans l'énergie
D'autres investisseurs sont davantage spécialisés par secteur. Les fonds BioMedPartners et Hadean Ventures, respectivement suisse et norvégien, font partie des investisseurs les plus actifs auprès des start-up innovantes de la santé, avec la quasi-totalité des sociétés dans leur portefeuille déposant des brevets, suivis de près par Inserm Transfert Initiative, le fonds de capital-risque de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale.
Dans l’énergie, l’Agence suédoise de l’énergie, une entité gouvernementale, est le plus gros investisseur dans des start-up innovantes de l'énergie, devant l'EIC fund, généraliste, et le fonds de capital-risque issu du CEA Supernova Invest qui comptent près de 80% de sociétés impliquées dans des activités de brevetage dans leur portefeuille.
Un déficit d'investisseurs privés sur les gros tours de table en Europe
Le fonds singapourien Clay Capital mène la danse dans l'agroalimentaire, devant l'EIC fund encore et le fonds de capital-risque français Sofinnova Partners. Le véhicule d’investissement en capital-risque du Conseil européen de l’innovation est le plus exposé aux sociétés brevetées dans les transports, devant le fonds de capital-risque français GO Capital et le fonds Nordic Ninja VC dont le siège se trouve en Finlande.
L’étude de l’Office européen des brevets confirme par ailleurs des déficits de financement importants entre l’Europe et les Etats-Unis. «Alors que les investisseurs [avec au moins 20% de sociétés dans leur portefeuille impliquées dans des activités de brevetage] financent un nombre comparable d’entreprises dans les deux régions, les sociétés américaines reçoivent un financement médian beaucoup plus élevé» de la part de ces investisseurs, illustre l’étude. Cet investissement médian est de 960 000 euros en Europe, contre 7,7 millions d’euros outre-Atlantique.
De manière générale, l’étude montre des déficits de financement en défaveur de l’Europe pour ce qui relève des investisseurs privés fortement exposés aux brevets, dans les tours de table les plus gros et dans les technologies de pointe. «Le développement de ce segment d’investisseurs ayant des compétences sur la technologie et la propriété intellectuelle est encore ce qui manque à l’Europe», conclut Yann Ménière.



