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[Vaccin anti-Covid-19] Les quatre leçons à retenir de la campagne contre la grippe A (H1N1)

Avec l'arrivée du vaccin contre le Covid-19, le gouvernement va devoir éviter de répéter les erreurs du passé. En 2009-2010, la campagne de lutte contre la grippe A (H1N1) s'était soldée par un cuisant échec. Si certaines leçons ont été retenues, d'autres éléments de la nouvelle stratégie vaccinale peuvent inquiéter.

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 Production de vaccin (H1N1). Sanofi Pasteur, site de Val de Reuil.
Production de vaccins contre la grippe A (H1N1) à l'usine Sanofi Pasteur de Val de Reuil (Eure).

Un coût excessivement élevé, des millions de doses gaspillées, une stratégie de vaccination “hors sol”... Dans un rapport de 2011, la Cour des comptes résumait en ces termes critiques l’action du gouvernement français en 2009-2010 face à la grippe A (H1N1). Quelles leçons retenir de cette crise pour la campagne de lutte contre le Covid-19 ? Les rapports publics et les articles scientifiques regorgent d’enseignements.

En apportant un éclairage différent sur le H1N1, la crise du Covid-19 a aussi donné lieu à un come-back politique : celui de Roselyne Bachelot, actuelle ministre de la Culture. Longtemps attaquée pour son excès de précaution en 2009, l’ancienne ministre de la Santé peut désormais défendre plus sereinement son bilan. “Aucune pandémie ne ressemble à une autre. Il faut se méfier comme de la peste des leçons du passé et des fameux retours d'expériences dont nous sommes si friands”, prévenait-elle toutefois en septembre lors d’une audition devant les parlementaires.

1 - Un risque jugé trop faible par la population

En 2009-2010, la campagne de vaccination donne lieu à un flop monumental en France. Sur 94 millions de doses commandées, seulement six millions serviront: uniquement 9 % de la population s'est faite vaccinée. Pour limiter les gaspillages, le gouvernement annule une bonne partie de ses achats. 12 millions de doses vont être revendues à l’étranger ou données à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plusieurs millions de doses seront même détruites suite à l'expiration de leur date de péremption.

“Le désintérêt des Français pour une campagne de vaccination massive et gratuite est principalement dû au fait que la grippe A (H1N1) n’a jamais représenté une menace particulièrement forte à leurs yeux”, analyse la Cour des comptes dans son rapport de 2011. À l’issue de la crise, l’OMS fait état de 18 500 décès. La revue médicale The Lancet a ensuite révisé ce bilan à la hausse, l’évaluant entre 151 700 et 575 400 morts à travers le monde.

2 - Une campagne de vaccination sur de mauvaises bases

Outre la perception d’un risque faible, d’autres facteurs expliquent l’échec du vaccin contre la grippe A. En 2009, le gouvernement vise une “vaccination collective”. Pour “préserver” le système libéral et hospitalier, les gymnases et les salles de fête servent de centres de vaccination. Une grave erreur stratégique. “La vaccination ne s’est pas appuyée sur les deux piliers du système de santé français que sont l’hôpital et la médecine de ville”, regrette la Cour des comptes.

Cette méthode va également accentuer l'opposition des médecins traitants au vaccin. Dans un article de 2010, la revue scientifique PLOS One rappelle que seulement 62 % des médecins se disaient prêts à se faire vacciner durant l’été 2009. Une défiance diffuse à l’égard des vaccins qui inquiète aujourd’hui les autorités face au Covid-19.

Sur ce point, le Premier ministre Jean Castex a voulu se montrer rassurant. “Il est souhaitable que le médecin généraliste soit au coeur du dispositif”, a-t-il déclaré lors de sa présentation de la stratégie vaccinale du gouvernement.

3 - Des flacons multi-doses peu adaptés aux vaccinations individuelles

Reste à savoir si cette déclaration de bonne intention va pouvoir se concrétiser. En 2009, le gouvernement avait aussi écarté les médecins traitants à cause de contraintes logistiques : une très grande majorité des vaccins étaient conditionnés dans des flacons multi-doses. Or pour livrer rapidement leurs composés contre le Covid-19, plusieurs gros laboratoires ont à nouveau privilégié ce conditionnement : AstraZeneca, Moderna, Pfizer…

Ces emballages pourront contenir jusqu’à cinq à dix doses. Autrement dit, les acteurs sur le terrain devront s’assurer de leur bonne conservation et de leur utilisation dans un temps imparti. Ce conditionnement pourrait bien fonctionner dans les hôpitaux et dans les Ehpad, où seront effectuées les premières vaccinations. Toutefois, il semble moins adapté à la médecine de ville pour des vaccinations individuelles.

“Nous avons eu des difficultés logistiques sur la présentation des vaccins : flacons de dix doses conditionnés dans des boîtes de 500, a rappelé Roselyne Bachelot lors d’une audition. Je souhaite bon courage à mes successeurs qui auront à gérer une campagne de vaccination. C’est très compliqué et surtout ce sont des produits très fragiles. Je m’étais enquis auprès d’un grossiste important s’il était possible de déconditionner ces boîtes pour armer l’ensemble des médecins de ville et des pharmaciens. [...] En fait, c’était impossible. Déconditionner les boîtes de 500 exige d’avoir le statut de laboratoire pharmaceutique, d’avoir des laboratoires réfrigérés, d’équiper des personnels et d’assurer des lotages de produits.”

4 - "Un faux sentiment de sécurité" depuis lors ?

Ces inquiétudes logistiques pèsent d’autant plus que la France a dissout en 2016 l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS), son bras armé face aux défis logistiques des épidémies. “Alors que l’EPRUS [...] avait fait ses preuves lors de la crise H1N1 en 2009 en ayant permis de mettre en place une gestion ‘fiable’ des stocks, sa fusion au sein de Santé publique France a conduit à diluer ses compétences propres en matière de logistique au sein d’un établissement aux missions bien plus larges, et qui paraît s’être prioritairement centré sur la veille épidémiologique”, regrette le député Eric Ciotti (Les Républicains) dans un rapport d’information sur la gestion de crise du Covid-19 dévoilé par le JDD le 2 décembre.

Autant d’éléments qui amènent à relativiser les “leçons” retenues de la gestion de la grippe A. Dans ce document très critique, le député Eric Ciotti dénonce “un faux sentiment de sécurité” et “un souci d’économies budgétaires face à une situation que l’on croyait maîtriser après l’épisode de la grippe H1N1”.

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