Entretien

"Une reprise la plus rapide possible du travail est une nécessité économique mais aussi sociale", insiste le co-président du METI

Les dispositifs annoncés par les pouvoirs publics sont "très bien dimensionnés" face à la situation que rencontrent les entreprises dans la crise économique liée au coronavirus, se félicite Frédéric Coirier, co-président du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI). Cependant, un peu plus de quatre ETI sur dix ont fermé tous leurs sites de production et la moitié affirme fonctionner en mode dégradé, selon l'enquête hebdomadaire réalisée par le METI pour suivre l’efficacité des mesures gouvernementales.

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Frederic Coirier pdg de Poujoulat
"Près de trois ETI sur dix a eu recours aux garanties Bpifrance pour les prêts bancaires portées à 90 %", précise Frédéric Coirier, co-président du Mouvement des ETI et PDG de Poujoulat.

L’Usine Nouvelle. - La réponse des pouvoirs publics a-t-elle été à la hauteur des enjeux de la crise sanitaire et économique actuelle ?

Frédéric Coirier. - Dans l’ensemble, et par rapport à cette situation exceptionnelle, je crois que les bonnes mesures ont été prises et les dispositifs annoncés sont très bien dimensionnés tant en matière de trésorerie, qu’en matière de reports de charge, que sur l’activité partielle, des sujets cruciaux pour la survie des entreprises et le maintien de l’emploi !

Dans tous les cas, l’Etat a réagi de manière beaucoup plus rapide et plus organisée qu’en 2008. Les entreprises françaises ont donc autant de chances que leurs voisins européens, par exemple l’Allemagne, de bien repartir une fois cette crise dépassée. Cependant, si cette crise devait durer très longtemps, d’autres mesures seront peut-être nécessaires. Dans les services, des secteurs du tourisme, le transport ou le spectacle connaissent, depuis un mois et demi, de très grandes difficultés.

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Qu’en est-il dans l’industrie, qui représente 65 % du panel d’entreprises interrogées dans votre enquête ?

Pour ce qui est de l’industrie, comme vous le savez, la perte d’activité a été très importante au cours de la première semaine puisqu'elle était estimée à près de 70 %, avec des baisses d’activité jusqu’à 90 % dans le secteur automobile ou le BTP.

Au cours de la semaine dernière, la situation s’est un peu améliorée avec une baisse d’activité globale estimée désormais à 54 %. Ce qui reste toujours très important. Aujourd’hui, un peu plus de quatre ETI sur dix ont fermé tous leurs sites de production et la moitié affirme fonctionner en mode dégradée. Les secteurs comme la chimie ou l’agroalimentaire tournent à peu près normalement, bien qu’ils connaissent des difficultés d’approvisionnement, de logistique ou de personnel. Bien sûr, il y a aujourd’hui des messages de réouverture ou de redémarrage, mais ce sont des process assez longs. Dans le secteur automobile, par exemple, cela ne peut être qu’un redémarrage très progressif puisque le réseau de concessions reste fermé.

Selon votre étude, seulement 15 % des entreprises consultées ont déclaré avoir rencontré des difficultés d’accès aux mesures d’urgence mises en place par les pouvoirs publics. Cela semble assez peu ?

En effet. Près de trois ETI sur dix ont eu recours aux garanties Bpifrance pour les prêts bancaires portées à 90 % et quatre d’entre elles ont activé de nouvelles lignes de liquidité auprès de Bpifrance ou auprès des banques. Ce qui est déjà beaucoup. Je trouve que le paysage bancaire français et notamment BpiFrance a réagi rapidement et massivement. A présent, nous allons pouvoir mesurer si les prêts garantis par l’Etat vont être largement utilisés. Compte tenu de la simplicité du process, je pense que cette mesure sera plébiscitée.

Il y a quelques cas, notamment dans l’application du chômage partiel, où l’on a des réponses de l’administration qui peuvent différer d’une région à l’autre. Mais ce sont des situations localisées que nous faisons remonter au niveau du gouvernement de manière à ce qu’il puisse réagir. Pour ce qui est des demandes de chômage partiel, il est indispensable que les Direccte soient bienveillantes car, dans ces cas, les entreprises viennent les voir pour régler un problème crucial.

En cette période difficile, la question de la gestion de la trésorerie des entreprises est clé. Quelle situation avez-vous constaté pour ce qui est des ETI ?

Lors de notre première enquête, un tiers des entreprises interrogées avaient déclaré des tensions sur leur trésorerie. Cette proportion est tombée à 23 % lors de notre seconde enquête. Cela veut dire que les premières mesures du gouvernement ont détendu une partie des situations pour les ETI. Dans l’ensemble, la parole politique et les mesures mises en place vont dans le bon sens.

Il y a quelques jours, des situations qualifiées d’"anormales" concernant les délais de paiement avaient été rapportées…

Effectivement, un certain nombre d’ETI ont assez rapidement connu cette situation. Je pense qu’au fur et à mesure, toutes les tailles d’entreprise vont se saisir des mesures gouvernementales. De plus, une task force sur ce sujet a été mise en place à Bercy. Il est vrai que des allongements de délai de paiement en cascade, du haut vers le bas, auraient un effet « château de cartes » qui serait catastrophique. L’ensemble des organisations patronales ont relayé des appels pour éviter cette situation. Ce serait tout à fait anormal qu’il y ait des défaillances d’entreprises pour des défauts de trésorerie alors même que les dispositifs mis en place par le gouvernement permettent de pallier cette situation. De notre côté, cette enquête hebdomadaire nous permettra de suivre l’efficacité des mesures gouvernementales. Notre objectif est de sensibiliser ce dernier sur le fonctionnement et l’appropriation des dispositifs d’urgence par les ETI.

Vous appelez donc, vous aussi, à une reprise le plus vite possible de l’activité économique ?

Oui, autant que possible. Il y a une urgence sanitaire sur laquelle tout le monde est extrêmement mobilisé mais il faut que l’économie continue de fonctionner. Là où c'est possible, les équipes de direction et les représentants du personnel doivent travailler ensemble pour trouver des solutions afin de reprendre le travail le plus rapidement. C’est nécessaire d’un point de vue économique mais aussi social. Plus les entreprises retrouveront rapidement une activité, plus on en sortira par le haut. C’est un combat collectif.

Selon les résultats de votre enquête, plus de 80 % des entreprises interrogées affirment que leur climat social actuel est correct...

L’ambiance générale mesurée la semaine passée est en effet meilleure qu’elle n’était il y a quinze jours et le climat social est plus favorable. Aujourd’hui, 30 % des salariés des ETI sont en télétravail. Il y a même, je pense, une certaine fierté de la part des salariés de ces entreprises à continuer à travailler et à participer ainsi à une sorte d’"effort de guerre". D’ailleurs, une majorité des ETI ont participé à l’effort national sur les équipements médicaux puisque 53 % d’entre elles ont déclaré avoir fait don de tels équipements principalement à des structures de soins.

Les préfectures avaient demandé aux entreprises de faire l’inventaire de ces équipements afin de pouvoir en disposer de façon prioritaire. Cependant il faut rappeler que lorsque l’on demande à une entreprise de redémarrer mais que celle-ci a donné tous les équipements de protection dont elle disposait à l’Etat, la situation vis-à-vis de nos salariés peut devenir compliquée. Dans cet esprit de solidarité qui doit prévaloir aujourd’hui, beaucoup d’ETI ont également transformé leur outil de production pour assurer le conditionnement de gel hydroalcoolique ou encore produire des masques.

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