Depuis le 16 mars, plusieurs alertes sont remontées auprès du ministère des Finances sur la tendance de certaines grandes entreprises à se constituer une trésorerie de précaution sur le dos de leurs petits fournisseurs, en allongeant leurs délais de paiement. Pour le médiateur des entreprises Pierre Pélouzet, cette attitude relève de la même démarche irrationnelle que les particuliers qui stockent des pâtes.
"Le gouvernement et la BCE mettent toute en œuvre pour assurer de la liquidité aux entreprises, il y en aura et ce n’est pas dans le crédit fournisseur qu’il faut aller la chercher", assure-t-il. Par ailleurs, le médiateur relève que la "solidarité économique va être primordiale dans les jours et les semaines qui viennent, en particulier pour les PME" et que les grandes entreprises doivent jouer leur part pour contenir les effets de la crise Covid-19.
Un comité de crise

- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
- 1.1711+0.22
10 Avril 2026
Dollar Us (USD) - quotidien$ USD/€
- 7.9967+0.13
10 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
Le médiateur a rappelé que de même que les grandes entreprises développent des plans de continuité pour assurer leur production, elles doivent faire de même pour payer leurs fournisseurs. "Ne pas les payer, c’est se mettre en risque de les perdre et par ailleurs détruire durablement le tissu économique". Le crédit inter-entreprises représente en France environ 700 milliards d’euros et il est apparu tentant à certains de tirer sur la corde pour grossir un peu la part de ce financement. Mais alors que le gouvernement a déjà mis en œuvres de nombreuses mesures (chômage partiel, report des charges fiscales et sociales…) pour éviter les sorties d’argent, il entend aussi aider les PME à le faire rentrer.
C’est l’objectif de la création lundi 23 mars d’un comité de crise sur les délais de paiement. Il réunit la Médiation des entreprises présidée par Pierre Pélouzet, la Médiation du crédit, l’Afep, la CPME, le Medef, l’U2P, les chambres de commerce et de métiers et la DGCCRF. Son rôle est d’analyser l’ampleur du problème et de ramener dans le droit chemin les grandes entreprises non coopératives. Le comité n’a pas de pouvoir de sanction, sa stratégie "pour mettre fin à des pratiques anormales est d’utiliser les pairs de l’Afep, du Medef, pour rencontrer les directeurs financiers en leur expliquant que ce n’est pas comme ça qu’ils doivent sécuriser la trésorerie."
Nervosité sur les paiements
La médiation des entreprises fait part d’une montée en flèche de ses saisines avec plus d’une centaine en quelques jours, contre une centaine par mois en temps normal. L’idée est aussi de mettre en avant les entreprises qui développent des bonnes pratiques. Certaines comme Jouve, dirigé par Thibaut de Lanxade ou l’Oréal ont même annoncé qu’elles raccourciraient les délais de paiement de certains de leurs fournisseurs.
La start-up de recouvrement de créances Rubypayeur fait état d’une inquiétude croissante des fournisseurs. Très sollicitée, l'activité de la jeune société a multiplié par trois de son activité depuis 15 jours. "Par ailleurs, alors que nos clients attendent en général 60 jours après la date de paiement pour lancer une procédure de recouvrement, ils ont réduit ce délai à 10 jours désormais", témoigne le dirigeant de Rubypayeur, Alexandre Bardin.



