Le prédécesseur d’Iter a tenu ses promesses. Début février, le réacteur Jet (Joint european torus), opéré à Culham, au Royaume-Uni, par le consortium Eurofusion, a annoncé avoir enregistré une production de 59 mégajoules d’énergie de fusion au cours d’une réaction de cinq secondes. Du point de vue énergétique, cette valeur équivaut à la combustion de 1 kilo de gaz. Pas grand-chose, d’autant qu’il a fallu injecter davantage d’énergie dans le réacteur pour lancer la réaction. Du point de vue scientifique, en revanche, c’est un record historique. Deux fois plus élevé que l’ancien record de puissance de la fusion nucléaire, détenu par Jet depuis… 1997.
La raison de cette performance ? Les grandes dimensions et les caractéristiques techniques du tokamak, inauguré en 1984, en font le seul capable de travailler avec un mix de deux isotopes de l’hydrogène, dit deutérium-tritium (D-T), là où les autres réacteurs de recherche dans le monde se cantonnent au seul deutérium. Plus lourd, rare et radioactif, le tritium apporte énormément d’énergie au plasma, facilitant les réactions de fusion qui apparaissent à des niveaux de température très élevés. Mais il est complexe à manipuler.
Pour conserver un plasma de plusieurs secondes et pouvoir battre son record, Jet a tiré parti des derniers outils de modélisation en physique des plasmas, mais aussi d’une transformation radicale de son tokamak. Autrefois en carbone, ce dernier a été couvert de protections en béryllium et en tungstène pour supporter la chaleur sans absorber de tritium. Une architecture proche de celle du futur réacteur Iter, qui se développe à Cadarache (Bouches-du-Rhône). De quoi paver la voie de ce projet international, dont l’objectif est de générer d’ici à 2035 un plasma de fusion dégageant plus d’énergie qu’il n’en consomme.

Vous lisez un article du magazine 3705 d'avril 2022



