Ukraine, Nouvelle-Calédonie, Brésil… Bruxelles dévoile 13 projets de minerais «stratégiques»

En présentant une liste de 13 projets de minerais jugés critiques hors de son territoire continental, l'Union européenne commence à mettre sur pied les plans figurant dans son «Critical Raw Materials Act», sa boussole pour réduire ses dépendances en minerais critiques. Suffisant pour remettre en cause la mainmise chinoise ? Décryptage. 

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Nickel Indonésie Weda Bay
Les 13 projets stratégiques visés par l'Union européenne comprennent le nickel calédonnien.

Des projets destinés au traitement du nickel en Nouvelle-Calédonie et du cobalt au Brésil, d’autres voués à extraire du graphite en Ukraine, du lithium en Serbie, ou du tungstène au Royaume-Uni… La Commission européenne a publié mercredi 4 juin une liste de 13 projets au sein de pays tiers (ou des outre-mer) classés comme «stratégiques», et que l'Union entend privilégier afin de diversifier ses approvisionnements en minerais critiques.

Les lauréats ont été sélectionnés à l’aune d’une série de critères inscrits dans le règlement européen sur les matériaux critiques (le «Critical Raw Materials Act») adopté à Bruxelles en avril 2024 : leur faisabilité technique, leur contribution à la «sécurité économique», leur soutenabilité environnementale ou encore la valeur ajoutée créée dans l’économie du pays en question. La plupart desdits projets concernent des matériaux essentiels à la filière des batteries et des voitures électriques (lithium, nickel, cobalt, manganèse et graphite, entre autres).

Concrètement, les 13 élus – qui s’ajoutent à une liste de 47 projets semblables dévoilés le 26 mars dernier, ceux-là basés sur le territoire continental de l’UE – bénéficieront de procédures accélérées d’octroi de permis ainsi que d’un accès facilité aux financements.

Quatre ans de concentration en Chine

Alors que l’ampleur de l’argent public européen mobilisé n’est à ce stade pas communiquée, la Commission européenne se veut résolument optimiste. Mercredi, son vice-président exécutif chargé des dossiers industriels, Stéphane Séjourné, a indiqué que «d’autres appels à candidatures suivront dans les prochaines semaines» et a assuré que l’UE «parviendrait probablement» à atteindre les ambitieux objectifs de «réduction des dépendances» qu’elle s’est fixée pour 2030.

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D’ici cinq ans, les Vingt-Sept sont ainsi censés extraire au moins 10% des minerais qu’ils consomment (alors que la consommation va exploser dans les prochaines années), en transformer au moins 40%, et, plus globalement, ne pas dépendre à plus de 65% d’un seul fournisseur extérieur…

Jusque-là, il ne semblait pas franchement que l’Europe en prenait la direction. Un rapport publié le 21 mai par l’Agence internationale de l'énergie (AIE) déplorait au contraire la trop faible croissance des investissements dans ce type de projets en 2024, et s’inquiétait d’un renforcement ces quatre dernières années de la concentration chez un seul pays-fournisseur, la plupart du temps la Chine, à chaque étape des chaînes de valeur (extraction, transformation, recyclage).

«Une forte concentration du marché augmente la vulnérabilité aux chocs d'offre qui peuvent provenir de conditions météorologiques extrêmes, de défaillances techniques ou de perturbations commerciales», explique ce document. Et l’AIE de s’alarmer des différentes mesures de contrôles des exportations de terres rares récemment instituées par Pékin, et qui suscitent les craintes de l’industrie automobile du Vieux Continent.

Un (petit) pas dans la bonne direction

«Ces annonces de la Commission constituent un pas dans la bonne direction, mais risquent fort d’être insuffisantes face à la mainmise chinoise», pose Thibaud Voïta, conseiller Énergie à l’Institut Jacques Delors et directeur de master à l’EM Lyon. «D’abord, les quantités dont il est question avec ces projets ne sont pas assez importantes ; on ne sait d’ailleurs pas comment les différents pays membres, a fortiori ceux comptant des industries automobiles, parviendront à se répartir les approvisionnements en cas de goulets d’étranglement», analyse cet expert de politique énergétique.

Thibaud Voïta pointe en outre la faible position de l’Europe dans le reste de la chaîne de valeur des batteries, «le manque d’avancée en matière de recyclage sur le territoire européen», ou encore le peu de place accordé «au levier de la sobriété» dans les plans de l’UE.

Clément Solal et Alexandre Gilles-Chomel, à Bruxelles 

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