En matière de pratiques managériales, la France souffre de la comparaison avec ses voisins européens. C’est ce qui ressort d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) rendu public en mars. A partir d'une analyse d’études et de nombreux entretiens réalisés auprès d’entreprises, partenaires sociaux et experts, l’organisme, dont l'une des missions est le conseil aux pouvoirs publics, rapporte que la France se trouve «dans une position peu flatteuse» par rapport aux pays où les auteurs de son étude se sont déplacés, l’Allemagne, l’Italie, la Suède et l’Irlande.
L’Igas s’est concentrée en particulier sur l’automobile, le numérique, l’assurance et l’hôtellerie-restauration pour faire ses entretiens, mais la portée de son rapport va bien au-delà de ces secteurs.
L'industrie doit faire son introspection
Premier grief : les pratiques des managers tricolores apparaissent comme «très verticales et hiérarchiques». Or les principes majeurs d’un management de qualité sont le fort degré de participation des salariés, qui se mesure à la latitude qui leur est laissée dans l'exécution de leurs tâches et à leur participation aux décisions de l’entreprise, l’autonomie soutenue par la hiérarchie et la reconnaissance du travail accompli. Or, la proportion d’organisations françaises caractérisées par une faible autonomie des travailleurs est supérieure de 6,5 points à la moyenne européenne, selon une enquête de 2021 de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.
Les organisations qui cumulent une faible autonomie et une faible participation des travailleurs apparaissent bien plus présentes en France qu’en Allemagne, avec un écart de 10 points en défaveur de l’Hexagone. Dans son livre «Réindustrialiser, le défi d’une génération» paru en septembre dernier, le professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) Olivier Lluansi estime que l’industrie est loin d’être exempte d’une nécessaire introspection sur ce sujet. «Son mode de management très vertical se heurte aux attentes majoritaires d'un management plus horizontal, avec une grande importance accordée au travail en équipe, à l'autonomie et à la responsabilisation», écrit-il.

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Mieux former les managers de demain
L’Igas souligne par ailleurs que la reconnaissance du travail des salariés est insuffisante en France. Les auteurs du rapport attribuent l’écart par rapport aux autres pays dans ce domaine à des différences sur le recours au droit à l’erreur, l’encouragement de la prise d’initiatives individuelle ou les retours d’expérience, plutôt qu’aux grilles de rémunération. Dans l'ensemble, cette réalité des relations de travail est paradoxale, car la France possède le dispositif public le plus complet pour influencer indirectement les pratiques managériales, avec par exemple l’obligation pour certains employeurs d’engager des négociations sur la qualité de vie et les conditions de travail (QVCT), indique l’Igas. Mais le dialogue social semble y avoir un impact limité sur les pratiques managériales par rapport aux pays à forte tradition de dialogue social, comme la Suède et l’Allemagne.
Pour changer la donne, l’Igas formule plusieurs recommandations. Dans les formations dispensées en école de management, il faudrait intégrer plus systématiquement la promotion d'un management capable de détecter les signaux faibles des situations de risques psychosociaux, et de renforcer la participation des salariés aux décisions sur leur travail.
Elle propose également d’inscrire les pratiques managériales dans le dialogue social obligatoire sur la QVCT, ou encore, de façon plus disruptive, d’étendre les pouvoirs du comité social et économique (CSE), sur le modèle des conseils d’établissement allemands ou Betriebsräte. Il s’agirait de passer d’un modèle où les élus du CSE donnent un avis sur une politique décidée par l’employeur, à un modèle où les représentants des salariés partageraient cette responsabilité. De quoi constituer «une réforme majeure du dialogue social en France», concèdent les auteurs.



