L'Usine Nouvelle – Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’autonomie des salariés ?
Pascal Lokiec – Les enquêtes montrent que 72 % des jeunes sont attirés par le travail indépendant, ce que confirment mes échanges avec mes étudiants. Mais ils n’ont pas toujours conscience des difficultés de ce statut, ni des avantages qu’apporte le salariat, sur lequel s’est bâti notre système de protection sociale. Le salariat les repousse en raison du lien de subordination qui le définit et semble ne laisser place à aucune autonomie. Pour qu’il reste attractif, il faut y introduire de l’autonomie.
Certains salariés en ont trop, d’autres pas assez, dites-vous…
Parfois, l’autonomie est mal configurée. Elle semble sans contraintes alors qu’elle en crée de nouvelles. Les cadres en forfaits jours ont beaucoup de liberté, mais celle-ci s’accompagne d’un travail sur objectifs, redoutable, surtout quand ces objectifs sont difficilement atteignables. Quant aux télétravailleurs, ils n’ont parfois aucune autonomie, mais des horaires contraints et une surveillance accrue.

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Les métiers de la «deuxième ligne» ou des ouvriers de production, peu autonomes, le seront de moins en moins avec la robotisation. Dans les entrepôts, les ouvriers obéissent de plus en plus à la voix de robots, sans la moindre possibilité d’échanger sur l’ordre donné ! Ceux de production subissent les nouvelles technologies de surveillance, comme les télétravailleurs. Il faut absolument trouver des espaces d’autonomie à ces métiers aussi. Les jeunes ouvriers en ont autant envie que les jeunes cadres ! L’industrie qui s’interroge sur son attractivité ferait bien de ne pas négliger ces très fortes attentes.
Le lien de subordination repose le pouvoir de direction, de contrôle, de sanction. Faut-il y renoncer ?
Ce triptyque est effrayant car il ne laisse aucune place à l’autonomie. Pour que l’autonomie dans le salariat se développe, il faut sortir de cette idée de subordination. Le logiciel du salariat n’a pas assez évolué.
Comment offrir plus d’autonomie ?
Il faut d’abord s’attaquer aux conditions de travail : horaires et lieu. En droit français, l’approche du pouvoir est très verticale : l’employeur décide, le salarié peut contester. Il faudrait inverser cette logique, donner au salarié une capacité de décision sur ses conditions de travail, avec la possibilité pour l’employeur de refuser. Les Anglais le font, avec le flexible work. Un deuxième volet concerne le travail. Les salariés à qui l’on fixe des objectifs doivent participer à leur définition, c’est la seule façon de leur donner envie de travailler. Enfin, l’autonomie c’est aussi les associer à la détermination de la stratégie de l’entreprise, car leur travail va être organisé pour y répondre.
Quel est l’intérêt de l’employeur ?
Il y gagne des salariés plus motivés, qui peuvent mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle et sont plus innovants. De nombreuses enquêtes le montrent. L’entreprise deviendra plus attractive, notamment pour les jeunes. Beaucoup n’hésitent plus à accepter une baisse de salaire pour partir chez un employeur qui leur propose plus d’autonomie. #

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3737 - Décembre 2024



