Le tribunal de Commerce de Paris doit prononcer aujourd'hui la liquidation définitive et la fermeture de la fonderie Aluminium Poitou d’Ingrandes-sur-Vienne (Vienne), faute de repreneur et de nouvelle commande pour assurer l'avenir du site. La dernière coulée d'aluminium, prévue le 30 juin, n'avait même pas pu avoir lieu en raison d'une panne de machine. Les 290 salariés vont perdre leur emploi sans même avoir vu couler l'aluminium une dernière fois dans les moules de culasses de Renault.
Cette fermeture intervient alors qu'en 2020, le repreneur Alvance affirmait encore que la fonderie aluminium avait de l'avenir et pourrait même absorber une partie des effectifs (promis à un PSE de même ampleur) de la fonderie de fonte voisine, promise à la fermeture. Aluminium Poitou n'aura finalement survécu qu'un an à son usine soeur dans la fonte, qui produisait aussi pour Renault des carters diesel.
Espoirs douchés par Renault en avril
Le 7 avril, les salariés de l’usine avaient relancé une grève dans l'espoir d'obtenir un meilleur accompagnement de l’État et de Renault, l’unique client du site. L’hypothèse d’une reprise restait mince pour ce site spécialisé dans les culasses pour moteurs thermiques. Les derniers engagements de Renault portaient sur un volume de 100 000 culasses. Chez les syndicats, on estime que cela donnait de la visibilité au site jusqu’au 30 juin. Un sursis de courte durée. Encore en janvier, il était question que Renault soutienne la fonderie jusqu’en février 2023, quand bien même il n’y aurait aucun repreneur.
« L’engagement écrit de Renault ne tient plus, regrettait alors Jean-Philippe Juin, délégué syndical de la CGT sur le site. Il y a le contexte économique actuel, la guerre en Ukraine, les pénuries de composants électroniques… Renault souhaite faire des économies et ils considèrent qu’ils n’auront plus besoin de nous. »
Aucune solution de reprise
Aucune solution de reprise n’a été trouvée malgré les recherches de l’État. Le groupe italien RJ et le sous-traitant français Sifa Technologies ont montré des marques d’intérêt, mais la situation de l’usine reste critique à cause de sa dépendance à son unique client. « Ils ne peuvent pas reprendre si Renault ne maintient pas des volumes », reconnaissant en avril Jean-Philippe Juin.
La fonderie viennoise symbolise les nombreux maux des sous-traitants automobiles français : sous-investissement des maisons-mères, manque de diversification, portefeuille de clients trop fermé… Des symptômes auxquels il faut ajouter l’explosion des coûts des matières premières et de l’énergie. Le péril d’Alvance Aluminium Poitou n’est pas un cas isolé. À Viviez (Aveyron), la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM) risque également la fermeture. Le 5 avril, la justice a ordonné l’expulsion de salariés qui occupent l’usine depuis novembre 2021.
avec Myrtille Delamarche



