Etude

Les sous-traitants français risquent d’être les oubliés de l’électrification de l'automobile

Dans une étude, la Plateforme automobile (PFA) et AlixPartners documentent l’impact de la transition électrique sur les fournisseurs français. Les pertes d’emploi semblent inéluctables, même si des pistes de diversification existent.

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Usine Pernat SMJ, decolletage industriel de pieces mecaniques de precision
Le décolletage fait partie des métiers à risque dans la filière automobile française.

Difficile d’ignorer le péril que courent les sous-traitants automobiles français. L’automne a état le théâtre de plusieurs fermetures, comme la fonderie Sam à Viviez (Aveyron) et le site Benteler de Migennes (Yonne). Une longue crise s’annonce avec l’accélération de la transition électrique. Mardi 14 décembre, la Plateforme automobile (PFA) et le cabinet AlixPartners ont publié une étude sur l’impact du plan climat européen sur la filière automobile française.

L’étude met en balance plusieurs scénarios*. Quelles que soient les hypothèses retenues, un constat reste. « La filière automobile française perdrait 15% à 30% de ses effectifs de production dans la transition électrique », notent les auteurs. Soit une perte de 46 000 à 87 000 emplois. Le scénario de référence chiffre l’impact à 52 000 emplois : 32 000 chez les constructeurs et les équipementiers de rang 1, et 20 000 chez leurs sous-traitants.

Dans le même temps, la transition électrique pourrait s’accompagner de 8 000 à 11 000 créations d’emplois. Mais ces créations restent conditionnées à des « actions d’accompagnement ». « Les 52 000 pertes d’emplois nous semblent à peu près inévitables. Les 11 000 créations d’emplois ne sont pas gagnées », résume Marc Mortureux, directeur général de la PFA.

Certaines filières très exposées

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La PFA s’inquiète particulièrement pour des sous-filières exposées au déclin des moteurs thermiques : décolletage, emboutissage, fonderies fonte, traitement des métaux… Ces métiers dépendent beaucoup de l’automobile. En 2019, le secteur représentait 51,5% du chiffre d’affaires des acteurs français du décolletage. Une dépendance qui expose d’autant plus ces entreprises aux effets de la transition électrique.

Le groupe motopropulseur représente toutefois un gros réservoir de valeur dans le véhicule électrique. Il totalise en moyenne 45% de la valeur totale entre la batterie, la motorisation et l’électronique de puissance. Les sous-traitants pourront-ils capter une partie de ces activités ? La PFA et AlixPartners restent sceptiques. Les auteurs de l'étude remarquent une forte tendance à l’internalisation du groupe motopropulseur électrique. « Plus de 70% de sa production semble fermée aux fournisseurs actuels de la filière française », estiment-ils. Et pour cause : les constructeurs français ont multiplié les coentreprises pour fabriquer les cellules des batteries tout en internalisant la production du moteur.

« Il y a un assez large consensus des constructeurs sur leur volonté de réinternaliser une part importante de la chaîne de valeur. Les constructeurs qui s’en tirent le mieux sont ceux qui sont assez intégrés », observe Marc Mortureux. « Un moteur électrique est beaucoup plus simple a priori qu’un moteur thermique. Cela étant, les constructeurs y voient une compétence critique », renchérit Alexandre Marian, directeur général au sein de l’équipe automobile du bureau parisien d’AlixPartners.

Des risques de délocalisation

D’ici à 2030, la part des composants présents dans les véhicules réalisée en interne devrait augmenter fortement. « Dans tous les scénarios, le contenu véhicule accessible aux fournisseurs français actuels baisserait de 11% », lit-on dans le rapport. En parallèle, l’étude relève des risques de délocalisation. « Plus la transition électrique va vite, plus le risque d’externaliser la production de composants hors de France est important, notamment vers des pays à bas coûts », ajoute Alexandre Marian.

Malgré ces sombres perspectives, la PFA et AlixPartners notent le potentiel de la diversification. L’étude insiste sur trois domaines : l’électrochimie des cellules de batterie, les piles à combustible et les bornes de recharge. « Le gros enjeu va être là. Sommes-nous capables de reconstituer des écosystèmes avec d’autres acteurs et d’autres secteurs industriels ? Sur la filière automobile, malheureusement quoiqu’on fasse la fin progressive du moteur thermique se traduira nécessairement par une réduction d’emplois », expose Marc Mortureux.

Face à la série noire de défaillances dans le secteur automobile, le gouvernement prépare de nouvelles mesures de soutien. Jeudi 16 décembre, le ministère de l’Économie devrait annoncer la mise en place d’un fonds de modernisation et de diversification destiné aux sous-traitants automobiles.

*Méthodologie : L’étude comporte divers scénarios qui dépendent du rythme d’électrification et des gains de productivité recherchés par les industriels. Le scénario de référence présenté dans l’article est en ligne avec le paquet Fit for 55 de la Commission européenne. Le scénario de référence prend en compte un mix de 49% de voitures électriques dans les ventes de véhicules particuliers et utilitaires légers dans l’Union européenne en 2030. Toujours dans ce scénario de référence, les hybrides rechargeables représenteraient 21% des ventes, pour 9% d'hybrides simples et 21% de véhicules thermiques.

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