Faute de repreneur, la fonderie Alvance Aluminium Poitou risque la fermeture

En redressement judiciaire, la fonderie Alvance Aluminium Poitou n’a toujours pas trouvé de repreneur à Ingrandes-sur-Vienne. L’État continue de chercher une solution pour ce site qui illustre malgré lui le marasme des sous-traitants français du secteur automobile.

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Fonderie du Poitou AAlvance Aluminium Poitou AFP USAGE UNIQUE
La fonderie Alvance Aluminium Poitou illustre à elle seule les difficultés des sous-traitants automobiles français.

Malgré plusieurs mois de recherche, aucun repreneur ne s’est positionné pour sauver la fonderie Alvance Aluminium Poitou d’Ingrandes-sur-Vienne (Vienne). Mercredi 26 janvier, une nouvelle réunion s'en tenue entre les syndicats, les pouvoirs publics et Renault. L’espoir d’une reconversion reste mince pour cette usine de 320 salariés spécialisée dans les culasses pour moteurs thermiques.

« Nous savions depuis le début que ce serait une situation compliquée », confiait le 20 janvier le ministère de l’Économie. En 2019, le site avait déjà échappé à la fermeture grâce à Liberty House. La filiale de GFG Alliance avait alors repris le site à Saint-Jean Industries.

Des années de sous-investissement

L’usine est placée en redressement judiciaire depuis avril 2021. Le tribunal de commerce avait repoussé la date limite du dépôt des offres au 10 janvier 2022. Mandaté pour élaborer un plan de retournement et trouver un repreneur, Roland Berger avait observé des marques d’intérêt chez des groupes chinois et indiens. Aucune de ces pistes ne s’est concrétisée.

Contrairement aux fonderies de fonte, les fonderies d’aluminium peuvent se positionner sur les pièces de véhicules électriques. Une telle reconversion nécessite toutefois des moyens, et le ministère de l’Économie déplore des années de sous-investissement à Ingrandes-sur-Vienne. « Le besoin de financement lié au projet industriel est évalué à environ 22 millions d’euros », chiffre le ministère de l’Économie. Sur cette somme, l’État consent à apporter au moins 5 millions d’euros de subventions et 5 millions d’euros de prêts. « Ce n’est pas tellement le financement qui fait défaut. C’est plutôt d’avoir un industriel qui décide de s’engager dans un tel projet compte tenu des risques et de la situation du secteur automobile », déplore-t-on à Bercy.

Les salariés bloquent les livraisons à Renault

Les syndicats demandent une nationalisation temporaire du site pour mener à bien cette reconversion. « Nous comptons sur l’État pour qu’il investisse directement dans l’outil de travail », explique à L’Usine Nouvelle Jean-Philippe Juin, délégué syndical de la CGT sur le site. Mais la piste d’une mise sous tutelle semble écartée par le gouvernement.

Si la production se poursuit dans la fonderie, les salariés bloquent le magasin d’expédition depuis le 11 janvier pour faire pression sur l’unique client de l’usine : Renault. «Le blocage les oblige à venir discuter avec nous», fait valoir Jean-Philippe Juin. Pour le délégué syndical, les difficultés des sous-traitants automobiles s’expliquent davantage par des années de délocalisation plutôt que par la transition électrique.

«Renault qui a encore des culasses à produire jusqu’en 2025 dans cette fonderie, a déjà commencé à délocaliser une partie de sa production en Turquie», dénonce dans un communiqué la CGT.  «Renault se désengage complètement des fonderies françaises, renchérit Jean-Philippe Juin. Les investissements en France sur les métiers d’avenir ne sont pas d’actualité.»

Le syndicaliste critique également l’abandon de GFG Alliance, maison mère d’Alvance. «L’empire GFG Alliance est une coquille vide. C’est un chasseur de primes», tance Jean-Philippe Juin. En mars 2021, les difficultés financières du conglomérat du magnat indien Sanjeev Gupta avaient défrayé la chronique.

Des défis industriels derrière la reconversion

Selon les syndicats, la réunion du 26 janvier aurait permis d’obtenir des engagements un peu un plus poussés de la part de Renault. Le constructeur se serait engagé par écrit à soutenir les volumes jusqu'en février 2023, si aucun repreneur ne se manifeste à cette date, et jusqu'en 2025 si un repreneur s'engage d'ici là. Par ailleurs, il soutiendrait également la trésorie à hauteur de 500 000 euros par mois jusqu'en février 2023.

De son côté, le ministère de l’Économie se dit déterminé à poursuivre les recherches de repreneurs. Une source proche du dossier se montre toutefois pessimiste. «Les entreprises européennes connaissent cette fonderie. Elles ne sont pas intéressées. Les chances pour que quelqu’un se manifeste maintenant sont malheureusement très faibles», déclare cette source à L’Usine Nouvelle.

Cette même source explique les défis industriels derrière une éventuelle reconversion. Alvance Aluminium Poitou est spécialisée dans la fonderie basse pression. Or, «les pièces dont on a besoin pour la majorité des moteurs électriques utilisent une technologie de fonderie haute pression. C’est un piston qui envoie de l’aluminium liquide sous très haute pression à 200-300 bars avec des presses de 1000 à 4000 tonnes, développe-t-elle. En France, il n’existe aucune presse de 4000 tonnes. Cela coûte au bas mot 5 à 12 millions d’euros et il faut des ouvriers extrêmement qualifiés. Ensuite, il faut du temps pour maîtriser les procédés de fabrication. Même en achetant une presse aujourd’hui, il faudrait attendre 2026-2027 pour voir sortir les premières séries.»

Alvance Aluminium Poitou, qui réalisait près de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires au meilleur de son activité, symbolise les difficultés des sous-traitants automobiles. Situé dans la même commune, Alvance Fonderie Poitou (ou Fonderie du Poitou Fonte) avait fermé en juillet 2021. Confrontés à la crise des matières premières, certains petits équipementiers se retrouvent en plus exposés à la disparition des moteurs thermiques. Le gouvernement avait présenté un plan de soutien en décembre 2021 pour ces acteurs mais il ne fait guère de doute que la transition électrique à marche forcée se traduira par la disparition de milliers d’emploi en France.

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