C’est la bonne surprise du mois de mars : le régime général des retraites, celui des salariés du privé, frôle l’équilibre, avec un déficit de 2,6 milliards d’euros (sur 250 milliards d’euros de dépenses annuelles) en 2021, au lieu des 5,8 milliards d’euros de déficit attendu. Encore plus étonnant, les retraites complémentaires des salariés (Agirc-Arrco) affichent un excédent en 2021, de 2,6 milliards d’euros.
En 2020, ce régime était en déficit de 4,1 milliards d’euros. La forte reprise économique de 2021 et la baisse du chômage qui l’accompagne expliquent pour l’essentiel ces bons chiffres. De quoi alimenter le débat entre candidats à la présidentielle, sur les efforts à fournir pour des retraites à l’équilibre. Alors que le quinquennat qui se termine sera un des rares à ne pas avoir conclu de réforme des retraites - celle lancée par Emmanuel Macron ayant été engloutie par la vague du Covid -, tous les candidats font des propositions de réforme.
1. L’âge légal de départ, cœur du réacteur
Emmanuel Macron, opposé en 2017 à une modification de l’âge légal de départ à la retraite, en est désormais convaincu : il faudra le relever. « Les conditions macroéconomiques ne sont pas les mêmes, et je tire les enseignements de ce qui n’a pas été compris », a-t-il déclaré le 17 mars, lors de la présentation de son programme à la presse. Dès novembre, il indiquait vouloir que les Français travaillent plus, mais on s’attendait à ce qu’il propose un départ à 64 ans. Ce sera 65 ans. Un âge que défendait depuis le début de sa campagne Valérie Pécresse, qui a immédiatement accusé le candidat Macron de plagiat.

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Décembre 2025
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La candidate LR propose d’aller plus vite que ce qu’envisage Emmanuel Macron, puisqu'elle entend relever l’âge de départ de cinq mois chaque année, alors que ce serait quatre mois avec Emmanuel Macron. A ce rythme, la retraite à 65 ans s’imposerait en 2032 à la génération née en 1969, surtout si la réforme est votée dès la fin de l’été, comme le souhaite Emmanuel Macron. Avec Valérie Pécresse, les 65 ans seraient en place dès 2030. Eric Zemmour propose de son côté un report de l’âge légal à 64 ans.
A l’inverse, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel veulent abaisser l’âge légal de départ à 60 ans. Avec 40 annuités pour les deux premiers, 37,5 pour Roussel, au lieu de 43 pour les générations nées à partir de 1973. Avec une nuance pour Marine Le Pen, qui a modifié sa proposition depuis les élections précédentes : le départ à 60 ans serait réservé à ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans, les autres partiraient à 61 ou 62 ans selon leur durée de cotisation. Age légal à 60 ans pour Nathalie Arthaud (avec 37,5 années) et Philippe Poutou, également. Anne Hidalgo et Yannick Jadot maintiennent quant à eux l'âge de départ à 62 ans.
2. Des exceptions pour les métiers pénibles
Tous les candidats de gauche (Roussel, Jadot, Hidalgo…) proposent de rétablir les quatre facteurs de pénibilité qu’Emmanuel Macron a supprimés à son arrivée en 2017 : port de charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques, agents chimiques dangereux, sur les dix qui alimentaient le compte pénibilité. Or, ce compte permet de partir plus tôt à la retraite.
Emmanuel Macron promet une « mobilisation » pour prévenir l’usure professionnelle, mais n’envisage pas de rétablir ces facteurs de pénibilité. Il propose un départ à 62 ans aux personnes exposées à la pénibilité, qui ont connu des carrières longues ou sont en situation d’invalidité (contre 60 ans en général aujourd’hui). Valérie Pécresse promet que les personnes touchées par « l’usure au travail » ne seront pas concernées par le passage de l’âge légal à 65 ans. Philippe Poutou avancerait la retraite à 55 ans pour ceux qui ont occupé des métiers pénibles.
3. L’avenir des régimes spéciaux
Emmanuel Macron veut supprimer les régimes spéciaux d’EDF et de la RATP pour les nouveaux entrants dans ces entreprises, comme il l’a fait pour la SNCF. Et ne renonce pas à un « régime universel », pour les générations futures également, parce que c’est plus « simple ». Sans revenir à l’idée d’un régime unique, il souhaite en conserver trois (fonctionnaires, salariés du privés, indépendants). Les autres candidats s’expriment peu sur le sujet, même si l’on sait que la suppression des régimes spéciaux fait aussi partie des objectifs du parti Les Républicains.
4. Des pensions à augmenter
Emmanuel Macron propose une pension minimale de 1 100 euros (comme président, il proposait 1 000 euros) pour les carrières complètes, Anne Hidalgo et Fabien Roussel, de 1 200 euros nets, Valérie Pécresse à la hauteur du Smic (1 270 euros nets début 2022). Jean-Luc Mélenchon vise aussi le Smic, mais il l’aura revalorisé à 1 400 euros nets. Nathalie Arthaud porterait cette pension minimale à 2 000 euros nets. Elle est actuellement d’environ 700 euros pour une carrière complète.
Jean-Luc Mélenchon est le seul à proposer de calculer le montant d’une retraite en revalorisant les salaires perçus depuis le début de la carrière, en utilisant non pas la hausse des prix, comme cela se pratique depuis 1987, mais la hausse des salaires - ceux-ci progressant plus vite que les prix. Ce changement du mode de calcul entraîne, depuis la fin des années 80, une baisse du pouvoir d’achat des retraités relativement à celui des salariés, qui améliore l'équilibre budgétaire des régimes de retraite.
Autre piste de revalorisation des pensions : les indexer sur le niveau de l’inflation, comme le proposent plusieurs candidats, dont Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan. Légalement obligatoire, cette indexation des pensions sur l’inflation a connu de multiples entorses depuis une dizaine d’années. Pour cette raison, entre 2011 et 2021, les retraités ont perdu en pouvoir d’achat, affirme un rapport parlementaire. Eric Zemmour et Valérie Pécresse veulent augmenter les pensions de réversion versées aux conjoints survivants, pour qu’elles atteignent 75% de la pension du conjoint décédé, contre 54% aujourd’hui.
5. Augmenter les ressources issues des cotisations
Jean-Luc Mélenchon est le seul à proposer une augmentation des cotisations vieillesse, de 0,25 point par an durant le quinquennat, et d'instaurer une sur-cotisation pour les salaires supérieurs à 3 400 euros. Il propose de soumettre à cotisation des revenus qui n'y sont pas soumis actuellement, ceux de la participation, de l'intéressement, de l'épargne salariale, et des stock-options. Fabien Roussel veut « une prise en charge des cotisations pour les périodes de non-travail » (chômage, formation, congé parental, maladie…), sans détailler d’où viendrait cet argent. Le candidat communiste et Jean-Luc Mélenchon comptent sur les rattrapages salariaux des femmes pour augmenter les recettes des régimes de retraite.



