De nombreux candidats, dont le président sortant Emmanuel Macron, proposent de décaler l’âge d’ouverture des droits à la retraite, quand d’autres, comme Jean-Luc Mélenchon, veulent à l’inverse revenir à 60 ans. Derrière ce débat, la vraie question est de savoir si un allongement de la durée du travail a un impact sur la santé. C’est la question que se posent régulièrement les chercheurs et qui est abordée par divers aspects : l’état de santé auto-déclarée, la santé physique, la dépression, les fonctions cognitives et les comportements liés à la santé (obésité, consommation d’alcool et de tabac...). Les multiples études existantes ne dégagent pas vraiment de consensus, hormis une dégradation des fonctions cognitives et une amélioration à la retraite de l'état de santé auto-déclaré.
10% de chaque génération
Pour en avoir le cœur net, l’un des spécialistes français de la retraite, Antoine Bozio (Paris school of economics), et deux chercheuses Clémentine Garrouste et Elsa Perdrix (Université Paris-Dauphine) ont décidé d’étudier l’impact de l’allongement du départ à la retraite sur la dégradation ultime de la santé, non contestable : la mort. L’équipe s’est appuyée sur la réforme des retraites de 1993, qui a allongé progressivement la durée de cotisation de 37,5 ans à 40 ans pour partir à taux plein. C’est la première réforme qui a conduit à repousser l’âge de départ à la retraite. Cette réforme n'a pas touché les individus aux carrières longues, ni ceux pouvant bénéficier d'une pension d'invalidité. Les chercheurs ont étudié le cas de personnes nées entre 1933 et 1943, avec des cohortes de 450 000 à 650 000 personnes par an à partir de données de la Caisse d’assurance-vieillesse.
La réforme a affecté l’âge de départ dans toutes les générations, fortement sur les plus jeunes et d’une manière moindre pour les plus âgées, mais de manière différente pour des personnes nées la même année selon qu’elles avaient, ou non, la durée de cotisation requise. A partir des statistiques de l’Insee, les chercheurs ont ensuite étudié la probabilité de décès dans trois échantillons. Celle d’un décès entre 72 et 79 ans pour ceux nés de 1933 à 1938, celle de 65 et 72 ans pour ceux nés de 1938 à 1943, et entre 61 et 65 ans pour des individus nés de 1942 à 1943. Leur étude montre que l’allongement d’un an de la demande de retraite n’a aucun impact sur le taux de mortalité entre 61 et 79 ans. Et ce, aussi bien sur les hommes que sur les femmes.
Cet enseignement est-il transposable à une réforme qui repousserait l’âge pour tous ? Pas forcément, car lors de la réforme de 1993, les individus qui ont décalé leur âge de départ pour bénéficier du taux plein représentait environ 10% de chaque génération. Des individus caractérisés en général par des carrières plus courtes, du fait d’études plus longues, et jouissant probablement d’un meilleur état de santé.



