La voiture électrique, un privilège de riche ? Sur le marché de l’occasion, les solutions zéro émission demeurent minoritaires. Et l’achat d’une voiture neuve reste un investissement onéreux, bonus écologique ou pas. Pour encourager la transition électrique tout en levant la barrière du prix, deux candidats à l’élection présidentielle proposent une mesure similaire : subventionner des offres de leasing automobile pour aider les foyers modestes à rouler dans un véhicule 100% électrique.
La candidate socialiste, Anne Hidalgo, a été la première à évoquer un dispositif de « leasing social ». L’équipe d’Emmanuel Macron (La République en marche) a présenté son projet plus en détail : il s’agirait de proposer 100 000 véhicules électriques en 2023 pour moins de 100 euros par mois grâce aux aides de l’État et en faisant appel à des partenaires privés. Chez les experts, on juge ce modèle intéressant même si des défis existent sur le modèle économique.
Le mode de financement préféré des automobilistes
Le leasing - on parle aussi de LOA (location avec option d'achat) - est un modèle de financement déjà bien rôdé en France. Selon le cabinet Eurogroup Consulting, il représentait la première source de financement automobile en France en 2018, loin devant les dispositifs classiques de crédit (voir graphique ci-dessous).
Eurogroup Consulting Les modes de financement automobile dans les principaux marchés européens, entre véhicules neufs (VN) et véhicules d'occasion (VO). Crédit : Eurogroup Consulting
Comme dans le modèle de la location longue durée (LLD), le leasing consiste à payer des mensualités pour utiliser un véhicule. Mais contrairement à la LLD, le leasing laisse la possibilité d’acquérir la voiture à la fin du contrat. « Cela permet au consommateur d’utiliser le véhicule, sans pour autant s’engager dans l’achat », résume le ministère de l’Économie dans un article qui recense les avantages et les inconvénients du modèle. « Le leasing ne nécessite pas d’avoir un apport de départ », ajoute le gouvernement.
Certaines entreprises trouvent des offres originales pour séduire les sceptiques de la mobilité électrique. « Pour la LOA d’un véhicule 100% électrique, certains acteurs proposent de prêter un véhicule thermique pour les départs en vacances ou les longs trajets », observe Eurogroup Consulting.
Compléter l’arsenal d’aides pour le véhicule électrique
Concrètement, les dispositifs proposés par Emmanuel Macron et Anne Hidalgo permettraient de réduire le montant des mensualités pour les voitures électriques grâce à des subventions. La proposition d’Emmanuel Macron chiffre des mensualités à 100 euros alors que les offres traditionnelles non subventionnées s’élèvent souvent à plusieurs centaines d’euros par mois.
« Cela pourrait être une façon de débloquer le marché du véhicule électrique », estime Arthur Jouannic, directeur France de Delta-EE, un cabinet spécialisé dans les questions liées à la transition énergétique. « Une voiture électrique coûte environ 60% de plus qu’une voiture thermique. Or, les foyers à plus faibles revenus n’ont pas forcément l’option de faire un prêt sur une très longue durée », souligne l’expert.
Chargée de représenter la filière de la mobilité électrique, l’association Avere-France estime que le leasing social pourrait compléter les autres mesures incitatives comme la prime à la conversion et les aides pour l’installation de bornes de recharge. « On commence à avoir un panel de propositions et de dispositifs qui vont permettre d’accompagner la massification du véhicule électrique », observe Cécile Goubet, déléguée générale de l’Avere-France.
De nouveaux modèles économiques autour du leasing
De façon plus intrigante, le leasing des véhicules électriques pourrait ouvrir la voie à de nouveaux modèles économiques. « Les acteurs de l’écosystème pourraient s’associer pour proposer une offre unique au consommateur », anticipe Arthur Jouannic. Cette offre complète pourrait inclure le prix de l’énergie pour recharger la voiture à domicile, un abonnement à un réseau de bornes ou encore le coût du stationnement en parking… « Beaucoup d’offres potentielles s’ajoutent au leasing », souligne l’expert.
Avant-gardiste sur ces sujets, Tesla est déjà bien positionné avec ses connecteurs muraux et son propre réseau de bornes. Quid des autres constructeurs automobiles ? « La priorité majeure des constructeurs de voitures électriques est de vendre des voitures. On n’est pas encore sur un marché de masse », estime Arthur Jouannic.
En France, des acteurs de l’énergie s’activent déjà sur le marché de la location longue durée, à l’instar d’EDF à travers sa marque « Izi by EDF ». Chez TotalEnergies, on souligne aussi les défis liés à ce type de modèles. « La part de l’énergie sur trois ans est très faible par rapport à la valeur d’une voiture. C’est plus une thématique pour les gros loueurs voire les constructeurs eux-mêmes. Ces modèles demandent de bien maîtriser les structures de coûts et d’usage. Les acteurs qui vont proposer ce type d’offres vont porter un risque », développe Pierre Clasquin, vice-président de la division borne de recharge de TotalEnergies.



