[Présidentielle 2022] Voiture électrique, prix du carburant… Les propositions des candidats sur l’automobile

Les représentants de la filière automobile ont auditionné les candidats à l’élection présidentielle de 2022. À moins de 30 jours du scrutin, les « bagnolards » et les défenseurs des transports en commun se sont succédé au pupitre pour livrer leur vision de la mobilité.

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Anne Hidalgo, candidate presidentielle 2022 au rendez-vous de la plateforme automobile
Peu de candidats se sont déplacés en personne face à la filière automobile. Seuls Anne Hidalgo et Jean Lassalle ne s'étaient pas fait représenter.

Certains candidats ont donné des preuves d’amour, d’autres ont fait preuve d’amour vache ! Lundi 14 mars, la filière automobile a auditionné neufs prétendants (ou leurs représentants) à l’élection présidentielle de 2022. À moins de 30 jours du scrutin, les « bagnolards » et les défenseurs des transports en commun se sont succédé au pupitre pour livrer leur vision de la mobilité.

À l’exception d’Anne Hidalgo (Parti socialiste) et Jean Lassalle (Résistons !), aucun candidat n’a fait le déplacement en personne. De quoi offusquer certains membres du public… Il faut dire que les entreprises automobiles, frappées par une multitude de crises, sont un peu sur les nerfs. De leur côté, les partis politiques ont particulièrement insisté sur le prix du carburant, la transition électrique et les nouvelles mobilités.

À quand la fin des véhicules thermiques ?

C’était la question incontournable du jour : quelle position la France doit-elle défendre aux négociations sur le plan européen Fit for 55 ? Présenté en juillet 2021, ce projet de la Commission européenne pourrait aboutir à la fin de la vente des véhicules thermiques neufs dès 2035, y compris pour les hybrides.

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« C’est une folie », a jugé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, au nom du président-candidat Emmanuel Macron. Le gouvernement avait déjà annoncé son intention de défendre les hybrides rechargeables. Parmi ses nouvelles propositions, le gouvernement en place s’est dit « ouvert à une clause de rendez-vous en 2028 par exemple » pour réexaminer l’avancée du plan.

À droite, tout le monde semblait d’accord pour tenter de repousser l’échéance. Plusieurs des orateurs se sont empressé de rappeler la volte-face de l’Allemagne sur la fin des moteurs thermiques. « Il s’agit d’une opportunité offerte par l’Union européenne aux marques chinoises d’importer leurs véhicules », a alerté Sébastien Pilard, représentant d’Eric Zemmour (Reconquête). Xavier Bertrand, porte-parole de Valérie Pécresse, a aussi évoqué les incertitudes liées à la guerre en Ukraine : « Il suffit de regarder l’explosion du prix du nickel. Un certain nombre d’équilibres technologiques et économiques seront à revoir très vite. En 2035, vous ne pouvez pas faire l’impasse sur l’hybride, hybride tout court ou hybride rechargeable. »

Sans surprise, les partis de gauche veulent embrasser plus rapidement la transition électrique. La candidate socialiste Anne Hidalgo veut « tout faire » pour tenir l’objectif de 2035. « Il faut sortir des véhicules thermiques d’ici à 2030 », a lancé de son côté Karima Delli, la porte-voix de Yannick Jadot (Europe Ecologie Les Verts).

Opération séduction des automobilistes

Les candidats semblent avoir bien digéré les revendications des gilets jaunes. Plus que d’industrie automobile, il était souvent question des automobilistes. « L’électrification ne doit pas créer un nouveau séparatisme social », a prévenu Eric Coquerel, représentant de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), tout en invitant « à diminuer le recours à la voiture individuelle ». Les auditions ont donné lieu à un pêle-mêle de propositions pour « faciliter » la vie des conducteurs, notamment à l’extrême droite. Reconquête veut supprimer le permis à point et - tout comme le Rassemblement national -  les zones à faibles émissions (les ZFE, certes difficiles à mettre en oeuvre). « Il s'agit d’un péage qui ne dit pas son nom », a jugé Sébastien Pilard (Reconquête).

Le prix des carburants enflamme les candidats

Impossible aussi de ne pas évoquer l’explosion des prix à la pompe… Face à cette flambée spectaculaire, le gouvernement a annoncé un coup de pouce supplémentaire : 15 centimes de remise par litre sur tous les carburants à partir du 1er avril et pour quatre mois. Une mesure jugée trop timide par plusieurs candidats… Le candidat communiste Fabien Roussel veut bloquer le prix du litre à 1,7 euro, tandis qu’à l’extrême droite Eric Zemmour propose un plafond de 1,8 euro. « Le carburant est considéré comme une ressource fiscale par l’État », a dénoncé Jean-Philippe Tanguy, représentant de Marine Le Pen. La candidate du Rassemblement national propose de baisser la TVA de 20% à 5,5% sur les carburants.

« Ces solutions de facilité n’en sont pas. Soit elles ruinent les finances publiques, soit elles mettent les pompes à sec », a vivement critiqué Bruno Le Maire (La République en marche). Selon le ministre de l’Économie, 10 centimes de remise sur le carburant coûtent à l’État 5 milliards d’euros. « La meilleure chose à faire pour l’industrie automobile, c’est mettre l’argent sur l’innovation », a-t-il encouragé, faisant écho aux mots d'Emmanuel Macron sur le plateau de TF1

La baisse des impôts de production divise

Et l’industrie dans tout cela ? Plusieurs candidats ont recyclé leur programme économique sans vraiment aborder les difficultés concrètes des sous-traitants automobiles. Le mot d’ordre pas toujours clair du jour : « accompagner » les entreprises. EELV compte par exemple organiser des « assises de la transformation de l’industrie automobile » dans les Hauts-de-France en avril. « Je propose une grande odyssée industrielle sur la question des mobilités », a lancé de son côté la candidate socialiste Anne Hidalgo.

Fins connaisseurs du secteur automobile, Bruno Le Maire et Xavier Bertrand ont pu se démarquer sur ces sujets. Le gouvernement en place promet d’aller plus loin sur l’allègement des impôts de production (une mesure également encouragée par Les Républicains et Reconquête). « Tous nos calendriers de baisse des impôts ont été tenus », s’est défendu le ministre de l’Économie.

La France Insoumise s’oppose à une telle mesure. « Nous ne pensons pas que la solution soit de baisser sans arrêt les recettes de l’État », justifie Eric Coquerel, qui estime que cette mesure bénéficie surtout aux grandes entreprises. À noter : l’élu insoumis fut l’un des seuls à évoquer la délocalisation. « Il doit y avoir une responsabilité des donneurs d’ordre », a exigé le député.

Automobile contre nouvelles mobilités ?

Partisans d’une transition électrique rapide, les candidats de gauche n’ont pas hésité à bousculer l’auditoire. « La France n’est plus dans les leaders de l’industrie automobile », a regretté Karima Delli (EELV). Une remarque qui a fait sourciller plusieurs représentants de la filière. Le camp écologiste identifie du potentiel sur la filière vélo et, de façon un peu plus osée, sur le marché du rétrofit. « Il y a une capacité de report modal, particulièrement en ville mais aussi pour des trajets courts dans toutes les zones, y compris rurales. Les vélos à assistance électrique, c’est compétitif », a développé Jacques Baudrier au nom de Fabien Roussel (Parti communiste français).

Au final, deux camps se sont affrontés face à la filière automobile : les partisans de l’intermodalité face aux grands défenseurs du véhicule individuel. « Qu’on arrête avec l’auto-bashing, a lancé Bruno Le Maire (LREM). Le véhicule personnel reste un outil de liberté. » À droite, Xavier Bertrand s’est lancé dans une diatribe contre « l’idéologie de ceux qui n’aiment pas la voiture ». « Continuez à fabriquer du diesel et de l’essence parce que nous en avons besoin », a invité Jean Lassalle (Résistons !), qui avait à coeur de faire entendre les problématiques du monde rural.

Les candidats de gauche ont tenté de se démarquer sur la question de l’accessibilité des transports. « L’écologie populaire que nous préconisons ne peut pas être de punir les catégories populaires d’être obligées d’utiliser encore des véhicules individuels du fait du manque de transports en commun », a expliqué Eric Coquerel. « Nous ne sommes pas des anti-bagnoles ! Nous sommes pour un autre usage de la voiture », a tenté de clarifier Karima Delli en défendant « un nouveau service public de la mobilité ».

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