«L’acceptabilité sociale» : le principe est sacré dans l'industrie automobile. Cet élément de langage est employé par plusieurs constructeurs pour avertir contre une fin trop rapide des moteurs thermiques : les voitures électriques coûteraient trop cher et ne susciteraient pas encore assez de demande. Dans un rapport publié lundi 15 novembre, Transport & Environment prend le contre-pied de cet argument.
Pour l’ONG, il faut déployer en masse les véhicules électriques dès maintenant pour atteindre plus rapidement une parité de prix avec les voitures thermiques. En commençant par les entreprises, ce qui nourrira le marché de l'occasion pour les particuliers. «Il y a un marché qui existe pour les véhicules électriques, notamment dans les flottes», argumente Diane Strauss, directrice de l’antenne française de Transport & Environment. «Notre objectif est d’électrifier les flottes en priorité parce qu’elles donnent des voitures électriques peu chères aux ménages sur le marché de l’occasion assez rapidement», encourage-t-elle.
L'hybride rechargeable éclipse le pur électrique
Or, dans son rapport annuel sur le secteur automobile, l’ONG estime que les véhicules hybrides rechargeables prennent la place, en quelque sorte, des véhicules 100% électriques, dans les flottes d'entreprises. «En France, il y a un retard sur l’électrification des flottes, dû notamment à une appétence pour l’hybride rechargeable qui permet de ne rien changer», accuse la directrice. Surtout, les hybrides rechargeables auront par définition une seconde vie plus brève sur le marché de l'occasion, car ils pourraient être bannis à moyen terme des grandes agglomérations. «Nous mettons des voitures sur le marché qui ne vont plus être en capacité de rentrer dans les centres-villes et qui vont se retrouver sur le marché de l’occasion. C’est dramatique pour les ménages», s’inquiète Diane Strauss.
L’espoir d’une «voiture électrique démocratique»
L’électrification du marché de l'occasion est d’autant plus importante que l’automobile semble se transformer en filière de luxe. En 2020, l’âge moyen d’achat d'une voiture neuve en France s’élevait à plus de 55 ans, pour un prix d'achat moyen dépassant les 25 000 euros. Renault espère aller à contre-courant avec sa future R5, qu’il présente comme une «voiture électrique démocratique» (fabriquée en France et vendue autour de 20 000 euros hors bonus), mais qui n'arrivera pas sur le marché de l'occasion avant 2025, au plus tôt. En attendant, la Tesla Model 3 (prix d'appel : 43 000 euros) a détrôné la Renault Zoé comme premier modèle du marché du véhicule électrique en France au premier semestre 2021.
«Cette constatation semble anecdotique, mais elle révèle une stagnation de la marque française qui avait été la pionnière dans la voiture électrique du XXIe siècle», observe la société d’analyse Inovev. «Dans les conditions actuelles du marché des véhicules électriques, les primo-acheteurs s’orientent vers la catégorie supérieure, celle du segment D, alors que le segment B, en dehors des véhicules de sociétés ou second véhicule du foyer, n’arrive pas encore à toucher un grand nombre de clients, conséquence d’un prix d’accès trop élevé pour ce segment», ajoute le cabinet. Et le problème est loin de s’arranger avec les pénuries qui vont tirer les prix à la hausse. Le rétrofit de véhicules thermiques bon marché, s'il décolle enfin, pourrait fournir une alternative aux ménages peu fortunés.



