Pourquoi les groupes chinois ne rachètent plus d'entreprises mais construisent des usines en Europe

Les acquisitions de sociétés européennes par des groupes chinois sont tombées au plus bas depuis dix ans en 2022. En revanche, les investissements des constructeurs automobiles et fabricants de batteries chinois pour construire des usines sur le Vieux Continent bondissent.

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Workers at the Envision AESC Cell manufaucturing area for electric batteries produced for the Nissan Leaf car, situated right next to Nissan Sunderlan
Les fabricants chinois de batteries électriques, comme Envision, multiplient les projets d'usines en Europe.

Fini le temps où les investisseurs chinois rachetaient à tour de bras des entreprises européennes. Désormais ils y construisent des usines. Pour la première fois l’an dernier, les investissements des groupes chinois dans des projets d'implantations greenfield (à partir de rien) en Europe ont dépassé en valeur les acquisitions de sociétés européennes. Sur les 7,9 milliards d’euros d’investissements chinois en 2022 sur le Vieux Continent, ils ont représenté 4,5 milliards d’euros, d’après le décompte réalisé par l’institut Merics et Rhodium dans une étude publiée début mai. Dans leur méthodologie, ceux-ci ne comptabilisent que les investissements réalisés chaque année et non les montants des projets annoncés.

Omniprésence des batteries électriques

Ces nouvelles usines chinoises se concentrent presque exclusivement dans un secteur, celui des batteries pour véhicules électriques. En août dernier, le géant du secteur CATL a notifié la construction de la plus grande usine de batteries d’Europe, en Hongrie, pour 7,3 milliards d’euros. Le groupe a déjà inauguré en janvier une première usine européenne, en Allemagne. Ce projet s’ajoute à celui d’Envision, qui doit démarrer sa production fin 2024 dans les Hauts-de-France et de Svolt en Allemagne. C'est aussi pour produire des composants de batteries qu'Orano et XTC prévoient d'investir 1,5 milliard d'euros à Dunkerque dans leur coentreprise présentée le 12 mai. Au total depuis 2018, 17,5 milliards d’euros ont été investis dans la production de batteries en Europe par des groupes chinois, champions du secteur. Ceux-ci devraient capter 20 % de la production continentale en 2030. Début mai, c’était au tour de EVE Power d’annoncer à son tour une future usine, en Hongrie à nouveau.

A rebours de cette ruée vers les gigafactories, les opérations d’acquisitions par des capitaux chinois connaissent une baisse à un niveau sans précédent, dix fois plus faible qu’à leur pic de 2016, qui dépassait alors les 40 milliards d’euros. Les pays européens sont devenus peu scrupuleux sur le contrôle des investissements dans les secteurs sensibles, comme les ports ou les infrastructures énergétiques sur leur sol, en particulier lorsque ceux-ci proviennent de Pékin ou Shanghai.

Un durcissement des contrôles 

Depuis deux ans, l’Union européenne s’est dotée d’un dispositif de filtrage des investissements étrangers et se montre plus vigilante vis-à-vis des entreprises subventionnées par des Etats. Ces derniers mois, plusieurs opérations ont été bloquées par les autorités, comme le rachat dans les semi-conducteurs d’Elmos en Allemagne et de Pulsic en Grande-Bretagne. « La chute des rachats chinois a commencé avant le durcissement des contrôles européens », tempère Agatha Kratz, directrice en charge de la Chine chez Rhodium. Depuis 2017, Pékin a complexifié ses conditions de sortie des capitaux. Et la volonté des autorités d’assainir le système financier a restreint pour les groupes les plus endettés, souvent étatiques, l'accès à de nouveaux crédits pour leurs emplettes à l’étranger.

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A priori, les implantations de nouvelles usines posent moins de cas de conscience aux gouvernements. D’autant que dans les batteries, ce sont les groupes asiatiques qui détiennent les savoir-faire. « Cela fait de l’emploi, mais pas de la résilience européenne », nuance toutefois Agatha Kratz. Pour les industriels chinois, l’enjeu est de se localiser à proximité de leurs marchés. Car les batteries ne sont pas des produits si standardisés. Les fabricants ont besoin d’être proches des constructeurs automobiles et veulent rogner sur les coûts de transports.

Contrôler les investissements sortants ?

Le mouvement n’est pas fini. En dehors des batteries électriques, les groupes chinois cherchent à renforcer leurs positions sur le marché européen dans toutes les technologies vertes, où ils ont des positions dominantes, d’autant que les Etats-Unis se referment. Le constructeur de véhicules électriques BYD met en balance plusieurs sites d’implantation pour l’ouverture de sa future usine en Europe. Dans les technologies de panneaux solaires, GCL Technology hésite encore entre l’Europe et le Moyen-Orient. « Ce sont des technologies qu’ils maitrisent et s'implanter en Europe leur permettra de contourner des barrières à l’entrée qui sont en train d’être mises en place », reprend la directrice. Comme la taxe carbone aux frontières qui renchérira le prix de l’acier ou du ciment produits dans des pays à mix énergétiques plus carbonés. Ou comme le bonus écologique conditionné à l’empreinte carbone des batteries et des véhicules électriques annoncé le 11 mai par Emmanuel Macron…

Pour acquérir de la technologie, la Chine trouve par ailleurs plus efficace de recourir à d’autres méthodes que les rachats de pépites technologiques. « Elle compte plus sur l’investissement entrant des groupes occidentaux en Chine pour ses besoins technologiques » estime Agatha Kratz. Présents en Chine, Airbus ou BMW localisent une partie de leur R&D, font travailler des fournisseurs locaux et recrutent des salariés locaux, qui pourront ensuite exporter leurs savoir-faire. « Il était important de renforcer les outils de contrôle des investissements. Mais le débat va probablement devoir s’ouvrir désormais sur les investissements sortants », pointe la chercheuse. C’est justement ce à quoi s’attellent les Etats-Unis. Joe Biden pourrait valider avant la fin du mois des règles restreignant les possibilités d’investissements en Chine pour les groupes américains.

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