La frénésie d’acquisitions chinoises en Europe s’est dégonflée. En 2020, les entreprises chinoises n’ont investi que 6,5 milliards d’euros en Europe, selon l’institut Merics, un centre de recherche basé en Allemagne. C’est 45 % de moins qu’un an plus auparavant. La chute est encore plus spectaculaire comparée au pic historique de 44 milliards d’euros d’investissement de 2016. La baisse concerne surtout les rachats d’entreprises, alors que les investissements des groupes chinois dans de nouveaux sites « greenfield » en Europe se sont maintenus et représentent 20 % des opérations.
Au premier trimestre 2021, les opérations chinoises effectives en Europe sont au plus bas niveau depuis dix ans tandis que les fusions-acquisitions sont repartis sur les chapeaux de roues début 2021 dans le monde.

La pandémie est loin d’être la seule responsable. Une partie de l’explication réside dans la stratégie chinoise. Après avoir laissésse multiplier les achats tout azimut, dans le sport, l’hôtellerie et le luxe, Pékin tient désormais la bride serrée à ses grands groupes privés et a renforcé ses contrôles sur les sorties de capitaux. Le reflux tient aussi au durcissement du ton côté européen. Ces derniers mois, l’exemple est venu de l’Italie, longtemps bien disposée à l’égard de Pékin. En mars, le gouvernement de Mario Draghi a bloqué le rachat du fabricant de semi-conducteurs LPE, dans la banlieue milanaise, par Shenzhen investment holdings, au nom de la sécurité nationale. Rome comme Paris ont aussi fait part de leurs doutes sérieux autour du rachat du fabricant de bus Iveco par FAW group avant que ce dernier ne renonce à son offre.
Montée en puissance du contrôle des investissements
En Allemagne, où le rachat de la pépite technologie Kuka avait provoqué un électrochoc en 2016, le gouvernement fédéral est intervenu pour faire capoter l’acquisition d’ISMT spécialisé dans les circuits de haute fréquence et systèmes de communication. Depuis octobre 2020, l’Union européenne s’est dotée d’un mécanisme de contrôle des investissements étrangers, qui permet aux capitales de croiser leurs informations sur les opérations potentiellement sensibles. La crise du Covid a aussi incité les Etats-membres à renforcer leur surveillance au niveau national pour éviter que leurs fleurons fragilisés par le choc économique ne soient la cible de raids étrangers. C’est ce qu’a fait la France, en élargissant son droit de véto aux rachats de biotech, mais aussi l’Allemagne qui prévoit de passer de 11 à 27 le nombre de secteurs concernés par son contrôle des investissements. Cela qui n’a pas empêché en 2020 l’allemand Vossloh ni le français Asteelflash de passer sous pavillon chinois.
Le marché européen devrait devenir encore plus difficile à naviguer pour les entreprises chinoises à l’avenir si la Commission va au bout de sa proposition de restreindre l’accès au marché européen aux entreprises subventionnées. Elle proposait de contrôler toutes les acquisitions d’entreprises au-delà d’un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros, lorsque l’acquéreur avait reçu des subventions de la part d’un Etat étranger faussant la concurrence.



