Pourquoi le Giec veut que les investissements dans l’atténuation du changement climatique changent d’échelle

Dans ses travaux publiés lundi 4 avril, le Giec invite à multiplier de trois à six les flux financiers destinés à atténuer les émissions de gaz à effet de serre en vue de lutter efficacement contre le réchauffement climatique. De quoi renforcer le besoin de coopération internationale en matière de financement.

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Parc éolien Sain-Nazaire
Dans les scénarios limitant le réchauffement à 1,5°C, les investissements annuels dans le renouvelable hors biomasse devraient tripler par rapport à la décennie précédente.

C’est l’idée forte du volet sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dévoilé lundi 4 avril par le Giec, dans le cadre de son sixième rapport d’évaluation. Le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat estime que le pic des émissions mondiales doit avoir lieu en 2025 pour contenir le réchauffement climatique sous les 2°C. Pour ce faire, les investissements consacrés chaque année à l’atténuation doivent être multipliés par un facteur de trois à six jusqu’à 2030, souligne le rapport.

« Ces résultats, qui montrent des écarts toujours significatifs et des progrès limités sur les dernières années, semblent contredire dans une certaine mesure l’augmentation massive des engagements pris par les institutions financières », écrivent ses auteurs. « Il faut bien noter que ce facteur de trois à six s’applique à l’échelle mondiale. Ce n’est pas vraiment une surprise, car il faut transformer l’économie à grands coups d’investissements dans de nouvelles usines, dans la mobilité et l’énergie bas carbone, ou encore l’agriculture », commente Benoît Leguet, le directeur général du laboratoire d’idées I4CE (Institut de l’économie pour le climat), auprès de L’Usine Nouvelle.

Efforts importants dans les pays en développement

L’effort à fournir est bien différent en fonction des régions du monde. Il atteint 5 à 10% du PIB pour les pays en développement, contre 2 à 4% pour les pays développés, avec de très fortes accélérations nécessaires en Afrique et au sud de l’Asie. Les flux financiers orientés vers l’atténuation doivent ainsi a minima quadrupler, et au plus être multipliés par huit, dans les pays en développement. Ils doivent entre doubler et quintupler dans les pays développés, et doubler voire tripler en Europe. Reste que « l’écart d’investissement n’est pas dû à un manque de fonds au niveau mondial », précise le Giec.

Dans le résumé technique d’environ 140 pages qui accompagne le rapport, les experts constatent un décalage entre la grande disponibilité du capital dans les pays développés et les émissions futures attendues dans les pays en développement. « Cela souligne le besoin de reconnaître la valeur sociale claire et positive du financement transfrontalier de l’atténuation à l’échelle mondiale », écrivent-ils. Pour accélérer la coopération internationale, le Giec propose un soutien public des pays développés vers les pays en développement, allant au-delà de 100 milliards de dollars par an. En 2009, les pays développés avaient pris déjà pris l’engagement de fournir aux pays en développement 100 milliards de dollars privés et publics par an d’ici à 2020. Mais ce montant ne devrait être atteint qu’en 2023.

« Même en France, il y a un déficit d'investissement »

« Tous les pays n’ont pas le même degré d’avancement dans la transition écologique. Mais même dans un pays développé comme la France, il y a un déficit d’investissement bas carbone », insiste Benoît Leguet. Dans un rapport récent, I4CE chiffrait à environ 15 milliards d’euros par an les investissements publics et privés supplémentaires devant être effectués dès à présent et jusqu’en 2023 pour respecter la stratégie nationale bas carbone. Ce sera ensuite de l’ordre de 25 milliards par an jusqu’en 2028 (soit environ 1% du PIB). « C’est un minimum, car ces chiffres ne prennent pas en compte l’industrie, l’agriculture, le nucléaire ou encore l’adaptation au changement climatique, ni les nouveaux objectifs européens de réduction des émissions de 55% », prévient son directeur général.

Pour réorienter les flux financiers vers le climat, le Giec estime dans son rapport technique que l’intervention du politique reste centrale pour réduire l’incertitude. « Il y a actuellement un déficit de projets, car il manque une vision claire des gouvernements », appuie Benoît Leguet. Pour lui, la remise de 15 centimes hors taxes sur le litre de carburant accordée par le gouvernement français début avril en est un bon exemple. « Cette mesure est nécessaire. Elle est aussi temporaire et réversible, et c'est heureux. Mais il ne faudrait plus que l’on prenne ce type de mesures d’urgence dans le futur, d’où le besoin de planifier la transition », estime-t-il. Selon le rapport technique du Giec, le manque de cohérence dans les politiques, par exemple en matière de subventions des énergies fossiles, est justement de nature à freiner l’effort d’atténuation.

Besoins de financement triplés dans le renouvelable

Dans son rapport, le Giec présente par ailleurs une analyse du financement, sur la période 2023-2032, des secteurs fournissant de l’électricité en fonction de différents scénarios de hausses de température. Dans les scénarios limitant le réchauffement sous 1,5°C, les investissements dans les renouvelables hors biomasse (photovoltaïque, éolien, énergie hydroélectrique, géothermie…) atteignent plus d’un trillion (mille milliards) de dollars de 2015 par an dans le monde en 2030. Cela représente une multiplication par trois par rapport aux investissements dans ce secteur sur la dernière décennie (entre 250 et 300 milliards de dollars par an).

A l’inverse, selon les experts, la capture et le stockage de CO2 et le nucléaire ne seront pas majeurs concernant les besoins d’investissement jusqu’en 2030, étant donné les délais afférents à ces technologies et le manque de réserve significative de projets.

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