D’abord les vaccins, bientôt le gaz ? Les 27 Etats membres de l’Union européenne (UE) sont de plus en plus convaincus que « l’union fait la force ». Fin mars le Conseil européen, qui regroupe les dirigeants des pays européens, en a fait une démonstration claire en annonçant vouloir « collaborer à l'achat commun volontaire de gaz, de gaz naturel liquéfié (GNL) et d'hydrogène, en faisant un usage optimal du poids politique et commercial collectif de l'UE et de ses Etats membres pour modérer les prix lors des négociations ».
Peser sur les prix
Il s’agirait donc de s’approvisionner en gaz à 27 - et non individuellement - pour peser davantage sur le marché. « Avec une approche groupée, nous aurons une capacité bien supérieure à fixer les prix », veut croire le président français Emmanuel Macron. L’objectif de l’UE est de réduire ses achats de gaz russe de deux-tiers dès cette année. A l’issue du Conseil européen, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, Allemande elle aussi, s’est félicitée : « Nous allons désormais utiliser notre pouvoir de négociation collectif au lieu de faire de la surenchère et de faire monter les prix, nous allons tirer notre épingle du jeu».
Selon des sources concordantes, le caractère « volontaire » du mécanisme a été décisif pour qu’il puisse être accepté. Des versions précédentes des conclusions n’incluaient pas cet adjectif, et afin qu’un consensus soit trouvé dans l’enceinte du Conseil européen, il a fallu y recourir pour satisfaire l’ensemble des Etats. L’Allemagne, par exemple, n’était pas convaincue. « Bien sûr, ce n’est pas toujours facile car il y a des acteurs du secteur privé qui, normalement, font ce travail et veulent continuer à le faire », n’a pas caché le chancelier Olaf Scholz. La mutualisation de l’achat de vaccins anti-Covid-19 était, elle, une obligation.

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Au sein des institutions, les Européens restent optimistes, confiants et fidèles à un objectif que tous martèlent : « Éviter les actions non coordonnées » - comme celles qui ont écorné l’image de l’Europe au début de la pandémie de Covid-19, quand les Etats se sont livrés à une véritable « guerre des masques » chirurgicaux. Or le ministre fédéral allemand de l’Economie et de la protection du climat, issu du parti écologiste outre-Rhin, s’est déjà rendu au Qatar et dans les Emirats arabes unis pour pouvoir importer du gaz liquide en provenance de ces deux pays… Pour Simone Tagliapietra du think-tank bruxellois Bruegel, « une ruée non coordonnée vers le gaz » ne profiterait en effet qu’ « aux producteurs de gaz ».
Une plateforme ouverte au delà des Etats de l'Union
Il reviendra à l’institution de négocier ces contrats gaziers. Mais comment ? Pour l’instant, mystère… « On réfléchit beaucoup à comment mettre tout cela en musique, mais il est encore trop tôt pour décrire comment cette « task-force » fonctionnera », admet une source au sein de l’exécutif européen, qui promet des détails d’ici à la fin mai.
L’institution a toutefois déjà semé quelques indices. Ainsi, dans sa communication intitulée « REPowerEU », publiée le 8 mars, la Commission dévoilait les grandes lignes de ce nouvel outil et estimait qu’une « plateforme européenne commune pour la contractualisation de l’approvisionnement en gaz, fondée sur des négociations bilatérales avec les principaux producteurs de gaz, contribuerait à la diversification et à une gestion intelligente des risques, garantissant ainsi la sécurité de l’approvisionnement à des conditions favorables pour tous les acheteurs dans l’ensemble de l’UE ».
Puis, le 23 mars, elle précisait : « La « task-force » serait soutenue par des représentants des Etats membres au sein d'un comité directeur. Une équipe conjointe de négociation dirigée par la Commission mènerait des pourparlers avec les fournisseurs de gaz et préparerait également le terrain en vue de futurs partenariats avec les principaux fournisseurs dans le domaine de l'énergie, lesquels ne seront pas limités au GNL et au gaz. » « La plateforme d'achat commun sera également ouverte aux pays des Balkans occidentaux et aux trois pays du Partenariat oriental associés [Ukraine, Géorgie et Moldavie, ndlr.] », ont précisé les chefs d’Etat et de gouvernement dans leurs conclusions. « Mais on en est encore loin, très loin », nuance Thierry Bros, expert en énergie et professeur à Sciences Po Paris, qui tranche : « Acheter des vaccins, ce n’était pas si compliqué que cela, alors que pour négocier des contrats gaziers, il faut avoir de véritables compétences, dont la Commission ne dispose pas."
Stockage et métaux
En parallèle, la Commission a mis sur la table une proposition en vue de garantir un niveau minimum de stockage de gaz en Europe - qui, lui, serait obligatoire (si les négociations entre les Etats membres et le Parlement européen parviennent à leur terme). D’autant qu’il n’y a pas que la dépendance au gaz russe qui inquiète l’institution. Il en va de même pour les terres rares ou les substances actives des produits pharmaceutiques.
Les équipes du commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton sont mobilisées pour cartographier les dépendances de l’UE révélées par la guerre en Ukraine. Sur leur carte, toute une partie de l’Europe est en rouge vif, pour montrer que pour les importations de nickel en Allemagne, d’acier au Danemark, de cadmium en République tchèque, de potasse en Pologne ou d’aluminium en Bulgarie, les Européens dépendent beaucoup trop de la Russie. Pour toutes ces matières premières, l’Europe n’exclut pas les achats en commun en vue d’assurer son autonomie stratégique.
Ariane Tyché, correspondante à Bruxelles



