Pour le confinement saison 3, des entreprises mieux préparées mais des inquiétudes renouvelées

Après le confinement « dur » de mars 2020 qui a plongé les entreprises dans la sidération, le confinement « soft » d’octobre, les « mesures de freinages territorialisées » de mars 2021... il faut maintenant affronter le confinement strict d’avril. Pour la restauration, l’événementiel, et certains commerces déjà fermés, la situation n'est pas nouvelle. Mais pour tous les autres secteurs, la donne change. Des dirigeants de PMI et d’ETI témoignent.

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©Redex
Spécialiste de la mécanique de précision, Redex s’attend à une baisse de la productivité de 5 à 10% sur le mois d’avril.

Au lendemain de l’annonce par le président de la République d’un troisième confinement, les entreprises étaient encore un peu dans l’expectative. Les mesures ont un goût de revenez-y, et si certains sujets sont rodés d’autres promettent leur lot de difficultés. « La fermeture des écoles va peut-être perturber l'organisation mais on ne connaît pas encore l'ampleur de ces changements. Nous avons demandé à nos manager d'être attentifs aux situations familiales et de les gérer avec un triptyque congés, renforcement du télétravail quand c'est possible et en dernier recours le chômage partiel », explique Bernard Reybier, le PDG du groupe Fermob qui fabrique du mobilier de jardin dans l’Ain.

Les entreprises doivent affronter la fermeture des crèches, écoles, collèges pour trois à quatre semaines qui met en jeu la disponibilité du personnel. Un certain nombre d’industriels devront aussi gérer la fermeture des commerces non essentiels sur l’ensemble du territoire qui sont… parfois essentiels pour leurs débouchés ou entraîneront des perturbations de la logistique. Enfin, le télétravail systématisé et les restrictions de déplacement devraient continuer d’affecter les relations commerciales. Le tout avec des troupes qui fatiguent. 

Réorganisation des collectifs de travail

Lors du premier confinement, au-delà de la mise en place d’un protocole sanitaire totalement inédit, les fermetures d’écoles avaient été l’un des sujets de préoccupation. Chez Catoire-semi, une PME d’outillage de 80 salariés à Martizay (Indre) avec un part importante du personnel en production, l’absentéisme avait grimpé au printemps 2020 jusqu’à 40 %. Aujourd’hui Bruno Grandjean, le PDG de l’entreprise de machine outils Redex estime que « la fermeture des écoles va beaucoup peser et risque d'avoir un fort impact sur notre organisation parce que ce sont des congés non planifiés. Et même si on maîtrise le télétravail et le protocole sanitaire, ce sera une baisse de productivité, qui arrive au mauvais moment. Nous avons une réunion avec les ressources humaines demain sur le sujet.» Au global, Redex s’attend à une baisse de la productivité de 5 à 10% sur le mois d’avril.

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Gaël Levy, le directeur industriel de Biosynex, PME alsacienne de tests médicaux de 200 salariés s’inquiète moins car il a compté peu de personnel de production pure qui aient dû s’absenter lors des précédentes fermetures d’écoles. Le plus gros challenge à l’époque concernait l’adaptation au télétravail. « Il a fallu mettre en place un VPN (virtual private network), acheter des PC portables et surtout modifier la redirection des appels téléphoniques. La reprogrammation était nécessaire car sinon les appels se perdaient et cela a représenté un vrai travail. Aujourd’hui, le système fonctionne bien. » Si la technique est réglée, des questions vont se reposer, liées à la typologie familiale et au cadre de vie de chacun. En mars 2020, certains collaborateurs des services support de Biosynex ont dû gérer « le conjoint aussi en télétravail et les enfants à côté qui pleurent. Ils doivent donc s’adapter pour travailler tôt le matin, pas entre midi et deux, et plutôt le soir». Donc rebelote. Redex, qui s’avoue "pas très fan" du télétravail envisage désormais de le doubler sur la période. L’ETI de pesage industriel Precia Molen de 1 300 salariés dont 750 en France (Ardèche) envisage aussi de renforcer le télétravail, au-delà du 40 % qui était en vigueur et prévoit des mesures de chômage partiel pour certains employés avec des enfants en âge scolaire.

La logistique tiendra-t-elle ? 

Une fois que la production est réalisée, encore faut-il livrer et commercialiser les produits. La résistance de la chaîne logistique fait un peu peur à certains industriels. Biosynex livre des hôpitaux, des laboratoires et des pharmacies mais par effet ricochet, il craint l’impact de la fermeture des magasins « Au cours des deux derniers confinements où les magasins étaient fermés, les livraisons en BtoC ont explosé et pour un transporteur livrer un colis à un particulier est dix fois plus compliqué que pour une entreprise. Donc ils perdaient beaucoup de temps et du coup, les colis BtoB ont pris un retard phénoménal. J’ai peur que nous revivions un peu cette période, le volume BtoC va de nouveau augmenter et ce sera forcément au détriment de la fluidité du BtoB » s’alarme Gaël Levy.

Pour Fermob, la fermeture des magasins sur l’ensemble du territoire est encore un point d’interrogation. Bernard Reybier estime que «cela va forcément perturber et gêner»  avec un bon espoir tout de même : l’un de ses réseaux de distribution, les jardineries, reste ouvert. Il se rassure aussi avec l’expérience des fermetures de magasins en Allemagne. « Chacun de nos distributeurs a son site internet et le clic and collect marche bien ». Pour conclure, il estime que la durée du confinement est clé. « Si la fermeture ne dure que quatre semaines, ça devrait aller, huit semaines c'est très embêtant et douze on court à la catastrophe, surtout pendant la haute-saison."  

Relations commerciales en pointillé

Pour ce qui est des relations commerciales, c’est la poursuite des relations par Zoom qui se profile. Redex avait déjà beaucoup de difficultés de déplacement en Europe, comme aux Etats-Unis et en Chine « où des quarantaines aller-retour font perdre beaucoup de temps. On va rentrer un peu moins de commandes car on est moins sur le terrain », confie Bruno Grandjean. Mais depuis un an, certains ont amélioré leur dispositif commercial. Fermob a ainsi beaucoup investi sur la présentation en virtuel de ses produits auprès des distributeurs, avec par exemple un stand physique où sont incrustés digitalement les produits pour une  exposition attractive, même à distance.   

Le moral des troupes à gérer

Reste à gérer le moral des troupes. « Il n'y a pas de baisse de moral mais une fatigue et un stress exacerbés et beaucoup de temps perdu. Ça commence à user tout le monde : ressources humaines, encadrement comme salariés connaissent ce phénomène d'usure, ça devient très compliqué. L'activité commençait à redémarrer, ça nous coupe les pattes», témoigne avec franchise Bruno Grandjean. D’autres sont plus nuancés comme Anne-Sophie Panseri, la dirigeante de Maviflex, PME de 150 salariés spécialiste des portes industrielles à Décines (Rhône). « Le confinement proposé avec l’autorisation de sortie à l’extérieur change pas mal les choses par rapport à un confinement sous clé à domicile. Il permet de relâcher la pression avec des activités extérieures. Après, tout le monde en a assez et souhaite retrouver une vie sociale normale mais nous subissons ce que tout le monde subit.» L'ambiance dépend aussi de la situation de l’entreprise. « Il y a chez nous une certaine sérénité car on a la chance d'être un secteur qui se porte correctement sur le plan économique et on a bien conscience de la chance que l'on a », confie Bernard Reybier de Fermob qui surfe sur les envies de déco et d’aménagement de la maison avec une croissance à deux chiffres en ce moment.

Anne-Sophie Bellaiche, Roman Epitropakis et Hubert Mary

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