Pollen Robotics, (vice) championne de la télémanipulation à distance, lève 2,4 millions d'euros

Après avoir remporté la deuxième place du grand défi international de télémanipulation, Ana Avatar Xprize, fin 2022, la pépite bordelaise (Gironde) Pollen Robotics a annoncé le 30 juin une levée de fonds de 2,4 millions d'euros. De quoi mettre sur les rails l'industrialisation de la deuxième version de son robot, Reachy.

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Pollen Robot
Manipulé par un opérateur doté d'un casque de réalité virtuelle, le robot Pollen Robotics et sa marinière ont passé toutes les épreuves de déplacement et de manipulation de l'Avatar Ana XPrize.

Une victoire après l'autre. Après avoir acquis, en novembre 2022, une reconnaissance internationale en obtenant la deuxième place lors du grand défi international Ana Avatar XPrize, la start-up Bordelaise Pollen Robotics a bouclé le 30 juin une levée de fonds de 2,4 millions d'euros. Ces fonds, obtenus auprès d'un investisseur privé, de deux banques et de Bpifrance, s'ajoutent aux 2 millions d'euros gagné lors du concours. De quoi lancer l'industrialisation de Reachy, le robot de télémanipulation que la start-up développe depuis 2016. Retour sur le parcours de la jeune pousse lors de son aventure américaine. 

«Nous sommes arrivés au concours avec le premier prototype de notre robot deuxième génération, que nous avions fini d’assembler une semaine avant. Nous avons tout donné pour être prêts à temps et il a très bien fonctionné.» Le cofondateur et PDG de la pépite bordelaise (Gironde) Pollen Robotics, Matthieu Lapeyre, avait le sourire suite à sa quasi victoire, en novembre 2022.

Simplifier l’action à distance

Co-organisé par la fondation Xprize (qui s’est notamment fait connaître en administrant le grand défi de retrait atmosphérique du carbone lancé par d’Elon Musk en 2021), le grand défi Ana – du nom de la compagnie aérienne japonaise All Nippon Airways qui le parraine – a duré quatre ans. Lors de sa finale, qui s’est tenue aux Etats-Unis les 4 et 5 novembre 2022, 17 participants présentaient autant d’«avatars» dédiés à la télémanipulation. Des systèmes d’interaction robotique à distance qui doivent permettre à l'Homme d'opérer dans des environnements hostiles et peu accessibles, et qui seront indispensables à une éventuelle conquête spatiale, projettent les organisateurs.

Dans un premier temps, les cibles du défi étaient un peu moins ambitieuses. Chaque robot devait réaliser 10 tâches, au cours d’un enchaînement de plus en plus difficile. Après quelques tâches de déplacement, d’écoute et de vision, permettant de démontrer les capacités de téléprésence du robot, ce dernier devait pouvoir se déplacer, ouvrir une porte via un interrupteur et la franchir.

Ensuite, «l’un des défis était d’utiliser des systèmes haptiques pour permettre à l’opérateur d’identifier, parmi des cylindres, lequel était le plus lourd. Il fallait aussi utiliser une perceuse pour démonter le boulon d’une porte», narre Matthieu Lapeyre. La dernière étape, la plus complexe, imposait au robot de saisir différents cailloux dissimulés pour identifier, par le seul toucher, le plus rugueux d’entre eux. Difficulté supplémentaire : «Le robot était téléopéré par un juge, après une formation de seulement 45 minutes, il se devait donc d’être simple à prendre en main», souligne Matthieu Lapeyre.

Une solution de téléprésence abordable

Reachy, le robot au torse humanoïde que développe Pollen Robotics, a obtenu la note maximale en complétant le parcours en dix minutes, contre un peu moins de six pour le vainqueur, le laboratoire de l’université de Bonn Nimbro, en Allemagne. «Mais nous étions la seule équipe à avoir un avatar aussi peu cher : la seule main utilisée par le gagnant coûtait deux fois le prix de notre système», vante Matthieu Lapeyre.

Pour pouvoir espérer commercialiser son robot autour de «30 à 40 000 euros», Pollen Robotics a multiplié les solutions innovantes. En partie imprimé en 3D, l'automate se veut tout d’abord «très léger et réactif». Pollen a pour cela mis au point une solution d’actionnement dite parallèle, déportant les moteurs vers la base, permettant de limiter le poids du robot… comme le prix des composants qu’il utilise.

Pour obtenir un retour haptique, la start-up a utilisé un petit exosquelette au niveau du coude de l’opérateur (coiffé d’un casque de réalité virtuelle Oculus, disponible dans le commerce), permettant de «simuler le poids porté par le robot, connu grâce à des capteurs de force», explique Matthieu Lapeyre. La rugosité, elle, est connue par «de petits microphones rajoutés au bout des doigts, qui enregistrent une vibration et la restituent vers l’opérateur quand un objet rugueux est caressé».

Une industrialisation prévue en 2023

Autant d’améliorations intégrées à la deuxième version de Reachy, que Pollen souhaite maintenant industrialiser. Alors que le premier robot de la start-up, présenté au CES en 2020 et intégralement open source, était principalement vendu à des laboratoires travaillant sur le prototypage d’applications robotiques interactives, le second a été «reconçu de la tête au pied pour être déployé et utilisé dans le monde réel», explique le PDG, qui a mené un doctorat sur les systèmes robotiques à l'Inria avant de fonder sa start-up.

La start-up, qui emploie 15 personnes, va désormais se lancer dans l'industrialisation de son produit et prévoit de développer une nouvelle version de son robot en 2024. De quoi participer à renforcer la dynamique de la robotique interactive, faite pour évoluer dans le monde réel et à laquelle plusieurs start-up, comme Enchanted Tool, qui collabore avec Pollen Robotics, ou Aldebaran, s’attaquent aujourd’hui.

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