[L'instant tech] Le plan d'Enchanted Tools, la start-up d'un ancien d’Aldebaran pour révolutionner la robotique humanoïde

Après avoir levé 15 millions d’euros, la jeune pousse Enchanted Tools prévoit de présenter son premier prototype de robot humanoïde fin 2022. L’équipe de cinquante personnes conçoit un automate au design léché, avec comme objectif de réenchanter la robotique et de la rendre à la fois utile et captivante pour ses utilisateurs.

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Robot Aldebaran Pepper
Le robot d'Enchanted Tools ne devrait pas ressembler à Pepper, qui fut longtemps le visage d'Aldebaran. Mais la jeune pousse de Jérôme Monceaux profitera de l'expérience acquise lors de cette première aventure.

«En moins de 12 mois, nous avons conçu et monté un robot humanoïde qui sera livré à la fin de l’année et pour l’instant, nous n’avons pas un seul jour de retard», se félicite Jérôme Monceaux. Depuis un peu moins d’un an, l’entrepreneur – ancien directeur créatif des applications et usages chez Aldebaran, il a ensuite cofondé Spoon, une start-up qui développe des outils logiciels pour «rendre les robots plus humains» – est à la tête d’Enchanted Tools.

Cette entreprise, fondée en octobre 2021, a pour objectif de relancer la robotique humanoïde française. Elle mise pour cela sur un concept original, qui devrait allier un «character design» inventif (terme anglais qui englobe les notions d'apparence, mais aussi de comportement et d'histoire), dont le dessin se situera «entre l’heroic fantasy et les légendes bretonnes», et l’automatisation de tâches à faible valeur ajoutée. Enchanted Tools, qui a levé 15 millions d’euros en février 2022 auprès d’investisseurs privés et emploie une cinquantaine de personnes, doit présenter un premier prototype d’ici à la fin de l’année.

Un personnage entre le dessin animé et le robot

Annonce à la rentrée 2021. Prototypes prévus un an plus tard… La similarité des agendas d’Enchanted Tool et de Tesla – qui doit présenter un prototype de son robot humanoïde Optimus le 30 septembre – est une «bonne coïncidence, qui prouve que l’intérêt de la robotique humanoïde commence à être admis», considère Jérôme Monceaux. Mais au-delà, l’ancien d’Aldebaran, qui a pu apprendre de l’expérience des robots humanoïdes Nao et Pepper, assume la confrontation directe avec le modèle porté par Elon Musk.

«Elon Musk est un ingénieur qui fait un robot: celui-ci est noir et blanc, son nom est une référence militaire, et sa forme promet comme un remplacement de la présence humaine. Ce sont des erreurs fondamentales!», appuie l’entrepreneur en défense de son projet. Lui prévoit de faire «un personnage d’animation interactif et robotique, entre le dessin animé et le robot et présent dans la réalité comme dans nos téléphones».

MirokaiEnchanted Tools
Mirokai Mirokai

Les premiers brouillons d'Enchanted Tools montrent des inspirations animales, loin des formes classiques de la robotique. Crédit photo: Enchanted Tools

Un modèle aux antipodes de celui du fondateur de Tesla, ou du corpulent robot Atlas de Boston Dynamics. Si le design du robot d’Enchanted Tools n’est pas encore dévoilé, certains dessins préparatoires laissent entrevoir un personnage attachant, semblant tout droit sorti d’un univers d’heroic-fantasy comme celui du film Avatar. Si Nao et Pepper avaient déjà des prénoms identifiés et des bouilles enfantines, Enchanted Tools prévoit d’aller un cran plus loin.

«Dès le début du projet, nous sommes allés voir des professionnels du cinéma d’animation dans l’objectif de faire du character design, en construisant un personnage qui n’est pas humain et son univers… décrit Jérôme Monceaux. Il a des oreilles de 20 centimètres, par exemple!»

Automatiser des tâches de manutention simples

Jérôme Monceaux se défend pour autant de faire un simple gadget, qui ne plairait qu’aux petits et grands enfants. La première société qu’il a créée, Spoon, désormais partenaire d’Enchanted Tools, est spécialiste des personnages numériques interactifs afin de «rendre les robots plus humains», c’est-à-dire de les faire réagir de manière la plus naturelle possible. Un créneau repris par Enchanted Tools, et que l’entrepreneur juge crucial pour «ne pas refaire les grandes erreurs du passé» et se distinguer des robots froids, auxquels «personne ne s’attache».

Bien sûr, le robot sera d’abord un outil. Pensé en premier lieu pour les hôpitaux, les lieux de gériatrie ou les restaurants, il pourra se déplacer de manière autonome et effectuer des tâches de manutention simple. Pour transporter de petits objets, comme des plateaux, sans poser de risque pour leur entourage. «Il y a des tonnes de petits services qui peuvent être réalisés», explique Jérôme Monceaux, qui pointe que l’automatisation de tâches répétitives et à faible valeur ajoutée peut aussi aider à redorer l’image de certains métiers. Enchanted Tools travaille sur le sujet avec le Broca Living Lab, un laboratoire hébergé par l'hôpital Broca, à Paris, spécialisé dans la gérontechnologie.

Mais l’outil, de par son design et son comportement, ne s’arrêtera pas à sa fonction. Au contraire, le robot aura une histoire et des références culturelles propres, imaginées par Enchanted Tools, afin de favoriser l’attachement des utilisateurs. Une manière de favoriser l’acceptation des robots qui évolueront aux côtés de l’homme, ainsi que «la récurrence de l’intérêt des utilisateurs», anticipe Jérôme Monceaux.

Apporter du merveilleux

A cet argument commercial s’ajoute un double aspect pratique: la forme humanoïde est adaptée aux environnements humains et pourrait aussi aider les utilisateurs à interagir sans gêne avec leur robot. «Il est difficile de dire à un robot qui ressemble à une boîte de conserve, ou même simplement fonctionnel, d’aller dans une direction ou de se déplacer pour dégager le passage, décrit Jérôme Monceaux. Ce sera plus simple avec notre robot, dont il suffit de voir qu’il a tourné la tête pour savoir ce qu’il voit et évaluer son attention.»

Des avantages pratiques, teintés d’argumentations philosophiques, reconnaît l’entrepreneur. «Il ne s’agit pas de faire passer la pilule [de l’automatisation], mais de se reconnecter à une dimension artistique: l’idée est de ne pas proposer des machines qui glacent et mécanisent le monde, mais plutôt d’apporter du merveilleux, argumente-t-il. En faisant ça, l’idée est aussi de questionner notre relation aux machines.»

Interaction, saisie, navigation au coeur des défis

Pour l’instant, Enchanted Tools garde un voile sur les technologies qu’il développe. Mais son robot devrait jouer la carte de la simplicité sur trois plans, liste Jérôme Monceaux. Premier axe: « L’interaction naturelle. Il sera possible de lui parler pour lui donner des instructions», prévoit l’entrepreneur. Un travail qui pourra s’appuyer sur les progrès de la reconnaissance et de la synthèse vocale, mais aussi sur l’expertise des équipes d’animation d’Enchanted Tools, qui adaptent le caractère et les réponses du robot à ses possibilités techniques. 

Le deuxième axe porte sur la saisie. Au lieu de chercher une saisie universelle, mais «qui ne marcherait que 60% du temps», le robot d’Enchanted Tools ne pourra saisir que certains objets bien définis. De quoi promettre un système robuste, capable de récupérer 97% des objets qui lui sont demandés, prévoit la start-up. Troisième axe: la navigation, avec le projet de ne pas construire un robot bipède pour éviter de se compliquer la tâche avec des problèmes d’équilibre et de coordination.

Enchanted Tools a aussi établi plusieurs partenariats, par exemple avec Spoon sur l’interaction ou avec les start-up roboticiennes Pollen Robotics et Orthopus pour l’architecture mécanique, ou encore le studio Kickmaker pour avancer au plus vite. La start-up prévoit maintenant une levée de fonds d’industrialisation, afin de pouvoir produire «une centaine de milliers de robots», chiffre Jérôme Monceaux. Le lieu de production, en France ou à l'international, n’est pas encore déterminé.

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