Aussi sociable que le robot d’accueil Pepper, mais plus fonctionnel afin de s’imposer dans les bars et restaurants. Voici comment l’on pourrait résumer la nature de Plato, dernier né de la pépite française Aldebaran, dévoilé lundi 7 novembre. Doté d’un corps cylindrique creux, au sein duquel sont positionnés trois plateaux, et surmonté d’un écran interactif, ce robot mobile collaboratif – ou «cobiot», selon le néologisme inventé par Aldebaran pour souligner sa capacité à se déplacer dans des environnements humains – vise comme principal marché les restaurants.
Il doit pouvoir y déplacer des plats et boissons et y officier comme «compagnon des serveurs, capable de bénéficier de leur capacité d’anticipation et de leur expérience», souligne le directeur général d’Aldebaran, Xavier Lacherade. Une tâche pour laquelle l’entreprise parisienne, dont l’allemand United Robotics Group avait annoncé le rachat en avril 2022, a développé diverses briques technologiques.
Interaction flexible entre homme et machine
«Plato n’a pas pour objectif de remplacer l’être humain», insiste Xavier Lacherade. Pensé en priorité pour les restaurants dotés de nombreuses tables ou les cantines d’entreprises, son objectif est davantage de décharger les serveurs de certaines tâches de manutention des cuisines aux clients, tout en restant à leurs ordres.
«Notre première problématique était liée à la capacité de l'être humain à interagir aisément et en temps réel avec le robot: c’est indispensable pour élargir l’empreinte de l’automatisation sur des tâches difficiles à prévoir et à anticiper», explique le directeur général d’Aldebaran. Pour interagir avec Plato, les serveurs peuvent utiliser l’écran qui le surmonte, mais aussi le commander à distance via une tablette ou une commande vocale, y compris à travers un casque audio. De quoi permettre de lui donner une quinzaine d’ordres pour lui indiquer, par exemple, d’aller à une table, ou d’interrompre sa tâche pour répondre à une urgence. Et ce, «sans expertise technique particulière», assure Xavier Lacherade.
Morphologie adaptée
Pour que Plato évolue sans risque dans l’agitation typique des restaurants, où se côtoient plats brûlants et discussions endiablées, les ingénieurs d’Aldebaran ont surtout peaufiné la sécurité. Avec 1,10 mètre de hauteur pour 50 kilos, Plato peut se faufiler dans des couloirs exigus et y faire demi-tour… Mais il reste assez lourd pour être dangereux. L’entreprise en a donc optimisé les formes pour limiter les dommages causés par d’éventuels chocs. Et a doté son robot de deux processeurs distincts (produits par Qualcomm et dotés d’une architecture Arm), dont l’un est intégralement dédié à la sécurité et contrôle la vitesse, les trajectoires en temps réel et les arrêts d’urgence.
Pour s’informer sur son environnement, Plato utilise des algorithmes de localisation et déplacement en temps réel (slam), et est doté de trois caméras 3D et d’un lidar. De quoi en faire «le premier robot serveur qui répond aux standards de la directive machine et à la norme iso 13482», garantit Xavier Lacherade. Compatible avec la présence de l’être humain, le robot dispose même d’un mode «cocktail» lui permettant d’avancer dans une foule dense. Là où la plupart des robots mobiles existants s'arrêtent dès qu'une personne passe à proximité.
Au moment où d’autres sociétés, comme les start-up chinoises Keenon Robotics et Pudu Robotics, investissent le créneau du service en restauration, Aldebaran vante l’interactivité et la facilité d’emploi de Plato. Par exemple, «il suffit de pousser Plato dans un environnement pour qu’il le cartographie, ce qui permet de bénéficier l’expertise de la personne qui le pousse et qui note, en même temps, les points d’intérêt. Ensuite, ce dernier adapte sans problème sa trajectoire à une chaise déplacée ou à tout autre obstacle, et peut être reprogrammé facilement», se félicite le dirigeant de l'entreprise.
Produit en France
Reste à convaincre des clients ouvrir leur bourse pour acquérir ce serveur d’un nouveau genre – dont le prix conseillé est de 18 500 euros, mais qui sera aussi loué. Aldebaran assemble pour l’instant ses automates sur une ligne pilote installée à Paris. L’entreprise prévoit son industrialisation dès la fin 2022, au sein de l’usine normande du géant de l’électronique français Asteelflash – probablement l'usine implantée non loin de Rouen (Seine-Maritime) à Déville-lès-Rouen. Aldebaran prévoit de pouvoir produire 250 machines par mois, et compte sur son nouveau robot pour atteindre la rentabilité en 2024.
L’entreprise française, qui avait fait parlé d’elle à la suite d’une restructuration et d’un plan social d’ampleur en 2021, emploie aujourd’hui 180 personnes. Si Plato devrait devenir son nouveau visage, elle n’abandonne pas ses autres projets. Le robot Pepper, dont la production est toujours arrêtée, est toujours disponible à la vente grâce aux stocks existants tandis que le petit robot humanoïde Nao, prisé des écoles de robotique, continue d’être produit à Suzhou en Chine.
Dans le futur, la start-up prévoit de combiner son expertise (dans l’expressivité, l’interaction et la mobilité des robots) avec celle d’une autre filiale de United Robotics Groupe, Rethink Robotics, qui développe un bras cobotique innovant. De quoi laisser entrevoir des assistants mobiles capables de prendre et déplacer des objets au sein des foules, et d’ouvrir encore davantage l’éventail des tâches automatisables.



