Plus petites, plus durables, plus ouvertes sur la ville... Les usines doivent se réinventer

Pour répondre aux enjeux environnementaux, attirer les talents et être acceptés des riverains, les sites industriels doivent devenir plus esthétiques et plus durables. Et se renouveler parfois complètement.

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Atelier Fendi Toscane
Dans les ateliers de Fendi en Toscane.

L'imaginaire de l’usine a longtemps été colonisé par une haute cheminée surmontant un bâti de briques à la toiture en dents de scie. Il a désormais versé vers le parallélépipède opaque, impersonnel, gourmand en énergie et en espace. Pourtant, pour réindustrialiser la France, difficile de faire l’économie d’une réflexion sur l’attractivité des sites de production et sur leur insertion dans le territoire.

Impossible, d’abord, de construire une usine sans la penser durable. Pour son site d’assemblage de systèmes de stockage énergétique, le fondateur d’Entech, Christopher Franquet, voulait créer un bâtiment passif en énergie, en utilisant le moins de ressources possible. «C’est une démarche que vous devez avoir dès le départ, car il faut agir sur l’architecture du bâtiment, l’isolation, l’étanchéité… et tout prévoir en amont», prévient le PDG, qui a ouvert son site fin 2021 dans la zone industrielle de Quimper (Finistère).

Conçue avec une base rectangulaire pour éviter les ponts thermiques, l’usine d’Entech présente une ossature bois, des composants biosourcés et un grand châssis vitré doté de stores et de brise-soleil pour apporter lumière et calories l’hiver et fraîcheur l’été. Côté production, la contrainte du pont roulant a été isolée dans une zone haute de 8 mètres, qui ne sert qu’au stockage et à la manutention. Sauf quand elle est transformée en terrain de badminton par les salariés sur la pause déjeuner ! En parallèle, Entech a installé 485 kilowattheures de panneaux solaires en toiture et sur les ombrières du parking. De quoi produire plus d’énergie que l’usine n’en consomme afin de revendre le surplus aux industriels voisins, en circuit court.

Entech aurait préféré rénover un bâtiment existant, une démarche plus frugale en foncier et en matériaux. Sauf qu’il n’a pas trouvé la perle rare à Quimper, dont il ne voulait pas s’éloigner. Il faut dire que remettre l’usine en ville est loin d’être facile ! Adaptation de la production à des espaces plus confinés et acceptation sociale doivent être prises en compte. Car rien ne se fera sans la volonté des villes et la permission des habitants. «Depuis les années 1950, les lieux de production ont été exclus des villes en raison d’une logique de valorisation du foncier qui favorise la création de logements et de bureaux, retrace Damien Antoni, architecte associé au cabinet Syvil, spécialisé sur la ville productive. Leur faire une place dans la ville demande une politique volontariste.»

Rapprocher le producteur du consommateur

Les motivations sont plurielles : créer de la mixité sociale en mélangeant cols bleus et cols blancs, rapprocher le producteur du consommateur, rendre les usines plus attractives pour des cadres aimantés par le dynamisme des métropoles… Cela demande de repenser les lieux de production. « S’insérer en ville oblige les producteurs à innover sur le foncier, en arrêtant de dérouler leur production sur 10 000 mètres carrés pour se penser en multi-sites, par exemple », pointe Damien Antoni. La verticalisation, à travers ce qu’on appelle les hôtels productifs, est aussi une piste explorée, en particulier par la mairie de Paris. «Il s’agit d’immeubles collectifs dans lesquels vont travailler plusieurs producteurs», illustre Damien Antoni, citant l’hôtel industriel Métropole 19, dans lequel le fabricant de remorques à assistance électrique K-Ryole a installé ses dernières étapes de fabrication.

Pour certaines entreprises, investir ces bâtiments à étages est aussi l’occasion d’innover dans la fabrication. «Pour toutes les industries où il y a du mélange de matières, comme la parfumerie ou les brasseries, jouer sur la gravité dans sa fabrication a un réel intérêt », rappelle Damien Antoni. Les industriels peuvent enfin repenser leur lien avec l’espace public, notamment pour mieux se faire accepter. L’architecte évoque une usine de céramique américaine, à San Francisco, qui vend une partie de sa production sur place, dans un café avec vue sur les salles de fabrication. Un moyen de reconnecter producteurs et consommateurs. Et ainsi répondre à de nouvelles aspirations. 

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