Une fois de plus, les PFAS font parler d'eux. Les ONG France Nature Environnement, Générations Futures et l’Association citoyenne et laïque des consommateurs ont déposé plainte le 10 juillet contre l’entreprise Seb, et en particulier sa marque Tefal, pour «pratiques commerciales trompeuses». Les requérants estiment que le groupe «omet de mentionner le risque de rejets dans l’environnement de substances en raison de l’utilisation de polytétrafluoroethylène (PTFE), tout au long du cycle de vie des produits ainsi que les risques sur la santé lors de l’utilisation des poêles de la marque», peut-on lire sur un communiqué commun.
Un polymère dangereux, selon les ONG
Cette plainte intervient quelques mois après la promulgation de la loi PFAS, en février 2025, qui interdit la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise en marché de ces «polluants éternels» dans des produits cosmétiques, les textiles d’habillement et le fart des skis. La loi épargne ainsi les ustensiles de cuisine, suite à un important mouvement de contestation porté notamment par le groupe Seb et ses salariés. Ceux-ci avançaient l’argument que si les PFAS venaient à être interdits, 3000 postes seraient menacés.
Mais pour les ONG, les conséquences de la présence des PFAS dans les poêles Tefal pourraient être graves pour les consommateurs. «À différentes étapes de son cycle de vie, lors de sa production, sa destruction ou du recyclage par exemple, le PTFE peut générer des PFAS problématiques. Il en va de même lors de son utilisation, de sorte que l’innocuité des produits n’est pas démontrée», est-il indiqué dans le communiqué.
Les ONG s’appuient sur une étude coréenne parue en novembre 2023 qui «met en évidence que les microparticules de PTFE génèrent des effets nocifs sur la santé tels que des inflammations». Elles s’appuient aussi sur une étude de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui indique que des traces de PFOA, une molécule cancérogène pour l’humain de la même famille, peuvent être relarguées lors d’un usage d’ustensiles en PTFE.
Le groupe Seb se défend
Le groupe spécialiste de l’équipement domestique a rétorqué, dans un communiqué que L’Usine Nouvelle a pu consulter. «Le groupe rappelle que «les autorités sanitaires – ministère de la Santé (juin 2024), EFSA, FDA, ainsi que les agences de santé du Canada et de l’Australie – ont depuis des décennies confirmé la sécurité du PTFE, notamment en contact alimentaire», peut-on y lire.
Le groupe met lui aussi en avant l’étude effectuée par l’EFSA, mais n’arrive pas à la même conclusion : «Bien qu’une migration vers la nourriture soit possible, la quantité serait minime, de l’ordre du µg/kg, un niveau bien inférieur au bruit de fond dans les denrées alimentaires (principale source d’exposition au PFAS)», est-il indiqué dans le communiqué. L’étude citée a été réalisée dans des conditions de températures «normales de cuisson», entre 179 et 233 °C.
D’autres études et avis d’autorités avancés par Seb confirment ce constat, mais le groupe présente aussi des avis de la Food & Drug Administration (FDA) américaine relatifs à l’usage du PTFE dans les implants médicaux, et non pas à son usage en cuisine à haute température. Une autre étude coréenne, également citée, «a de nouveau démontré l’innocuité du PTFE en ingestion. Aucun effet toxique n’a été relevé chez des souris ayant ingéré des fragments de PTFE. De plus, aucune présence dans le sang n’a été relevée après l’administration de PTFE». Mais dans cette étude, les dits fragments de PTFE n'ont été chauffés qu'à 50°C.
Enfin, le groupe ne mentionne pas le cas des poêles abîmées, surchauffées, ou encore leur fin de vie – les PFAS étant résistants à la température, nécessitant plus de 1300°C pour être complètement décomposés, alors que l’incinération des ordures ménagères se fait en général à 850 °C. L’entreprise a toutefois lancé une vaste opération de collecte de ses poêles en février 2025, dans le but de les recycler.
L’issue de la plainte des ONG envers Seb est donc tout sauf certaine, compte tenu de la faible littérature scientifique existante. «Nous sommes sereins et déterminés, prévient la direction du groupe. Nous entendons défendre nos produits, notre expertise et nos emplois.»



