"Le confinement a entraîné une sorte d’inversion de la hiérarchie sociale. Les professions qui se sont retrouvées en première ligne sont celles qui, avant la crise, se sentaient déconsidérées, non seulement d’un point de vue salarial, mais aussi symboliquement, dans la valeur que la société leur accordait.
Ces professions, applaudies tous les soirs, vivraient très mal, après la crise, un mouvement de balancier qui, après un regain de reconnaissance, les ramènerait à la situation d’avant. Il incombera aux entreprises de répondre à leurs attentes. Par une revalorisation salariale, mais pas uniquement. Ces personnes revendiquent également plus d’autonomie, une reconnaissance symbolique. Comme toujours, des entreprises montreront l’exemple et en entraîneront d’autres dans une dynamique positive. Mais certaines traîneront des pieds, ce qui suscitera de fortes tensions sociales. Je n’exclus pas la possibilité, si le dialogue social dans l’entreprise se passe mal, que le sujet ne se déporte dans la sphère politique, ce qui n’est pas la meilleure manière de le traiter.
D’autant plus que se posera la question de la répartition des efforts à consentir pour rembourser la dette. Les “premiers de tranchée”, qui ont des revendications légitimes, mais aussi les autres Français, qui ne se sentent pas responsables d’une crise qu’ils ont subie, ne comprendront pas qu’on leur demande des sacrifices. Je crains que, comme lors de la crise des Gilets jaunes, leur demande politique forte ne trouve pas de réponse dans l’offre politique actuelle. Les revendications sortiraient alors des institutions traditionnelles, ce qui provoquerait un nouveau blocage. On peut essayer de l’éviter. Cela dépendra de ce qui se passera en entreprise. Dans notre culture égalitaire, il est dérangeant de s’en remettre à des progrès à plusieurs vitesses. Mais compte tenu de la façon dont se passe le dialogue social national, compte tenu de la faiblesse des oppositions, il est difficile de voir une nouvelle offre émerger. Mais tout est possible, la période est si incertaine..."



