Pour la Cour des comptes, le message vaut aussi bien en matière d’ajustement budgétaire que d’adaptation de l’économie et de la société au changement climatique : procrastiner face aux défis à relever aura pour effet de faire grimper la facture. «Le changement climatique est inéluctable. Il faut s’adapter dès maintenant et se préparer à une hausse plus brutale qu’attendue», pointe Pierre Moscovici, le premier président de la Cour des comptes, lors de la remise de son rapport annuel consacré cette année aux politiques d’adaptation du territoire à des températures supérieures de 4 degrés à l’horizon 2100 sur le territoire.
A lire la somme de plus de 700 pages, les efforts sont encore loin d’être suffisants. Jusqu'à récemment, l'Etat s'est surtout concentré sur ses objectifs de réduction des émissions à l'origine du dérèglement climatique. Pour les politiques, le chantier est d’autant plus difficile à appréhender que «le chiffrage du coût de l’adaptation est quasiment impossible aujourd’hui, il faut procéder secteur par secteur», résume Pierre Moscovici.
Dans les seize domaines étudiés en détail par la Cour des comptes, des marges de progrès importantes vont devoir être réalisées pour adapter les activités et les infrastructures au réchauffement des températures, mais aussi à la montée du niveau des mers ou l’augmentation des fréquences des catastrophes naturelles. De quoi aiguiller le gouvernement, qui a promis de rendre d'ici à l'été son nouveau plan d'adaptation.
Manque de planification dans les infrastructures ferroviaires
Pour l'instant, dans la plupart des secteurs, «l’Etat ne joue pas assez son rôle de stratège pour fixer les priorités pour atteindre ces grands objectifs», tacle le magistrat financier. Cela vaut, par exemple, pour les infrastructures ferroviaires. Environ 20% des retards sont déjà provoqués par des intempéries, souligne le rapport annuel de la Cour des comptes. A la fin du siècle, cette proportion devrait être multipliée par 8 à 11. Ce qui se répercutera sur les coûts d’exploitation à venir de SNCF Réseau. Mais jusqu’à présent, «il n’existe pas de plan d’investissement afin d’améliorer la résilience des infrastructures», pointe le rapport, en critiquant des ajustements à la marge et a posteriori. Même si la rénovation des infrastructures augmente leur résilience, celle-ci n’est pas forcément calibrée pour résister aux évènements les plus extrêmes. La faute notamment à l’absence d’organisation spécifique chargée d’une stratégie d’adaptation chez les opérateurs. Des choix de tracés pour les nouvelles lignes ferroviaires n’ont pas été examinés en prenant en compte les risques d’inondation pour cause de hausse du niveau de la mer.

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Pour planifier, «il faut améliorer les données dont on dispose», insiste encore Pierre Moscovici. Deux tiers des bâtiments de l’Etat ne sont pas répertoriés, alors même que l’adaptation du parc immobilier public est «un angle mort» quasiment pas pris en compte.
De façon plus générale, adapter le territoire va demander des moyens supplémentaires. Incontestablement, «il faut faire plus pour l’adaptation», résume Pierre Moscovici. Ce qui nécessite d'autant plus de dégager des marges budgétaires, alors que la Cour juge dans le même temps indispensable une baisse de 50 milliards d'euros des dépenses publiques d'ici 2027.
Mieux evaluer les dépenses nécessaires pour adapter la production électrique
La Cour des comptes recommande à l’Etat de mieux évaluer la facture globale de l’adaptation au changement climatique. Par exemple pour les investissements nécessaires pour les 18 centrales nucléaires d’EDF. La baisse des débits d’eau pourrait conduire à une multiplication par trois ou quatre des taux d’indisponibilité des centrales d’ici 2050, selon les informations transmises par EDF, qui a validé son plan Adapt en 2023. Des investissements permettraient de réduire les risques. Des tours aéroréfrigérantes installées sur les centrales actuelles en circuit ouvert réduiraient les températures des rejets dans les rivières, par exemple. Mais l’investissement a été chiffré à 500 millions d’euros par tour, dans les études préliminaires menées par EDF pour trois sites jusqu'à présent. «Si nécessaire», la capacité d’entreposage des effluents liquides avant rejet devrait être adaptée, plaide la Cour des comptes.
Dans le choix de localisation des futurs EPR, la prise en compte n'est pas non plus encore suffisante, selon la Cour des comptes. A Gravelines, les futurs réacteurs seront situés un mètre au-dessus du niveau d’élévation des mers en 2100 selon le scénario du GIEC le plus extrême. Mais cette précaution serait pourtant insuffisante en cas de fonte accélérée des calottes glaciaires, «événement à faible probabilité, mais à fort impact dont le Haut conseil pour le climat estime prudent de tenir compte pour les installations sensibles de long terme», pointe le rapport de l'institution financière.
Mobiliser mieux la recherche et la finance durable
En période de disette budgétaire, l'Etat va devoir surtout dépenser efficacement, en évitant le financement de mesures de court terme comme le déploiement de canons à neige dans des stations de montagne ou en soutenant l’irrigation des cultures céréalières. Par ailleurs, «cette adaptation peut ne pas nécessairement passer par de nouvelles dépenses publiques. D’autres leviers existent pour pousser les entreprises et les ménages à changer leurs comportements», relève encore Pierre Moscovici.
Parmi ceux-ci, la Cour des comptes estime qu’il faut davantage mobiliser la finance durable, alors qu’elle ne représente encore que 5% du financement aux entreprises, avec un impact très limité en matière d'adaptation. De la même manière, la Cour appelle à renforcer le soutien à la recherche publique en matière d’adaptation, sur laquelle la France est beaucoup moins en pointe que sur les sciences climatiques. Or «la recherche a un rôle essentiel, alors que les pouvoirs publics sont démunis pour trouver les meilleures solutions», plaide l’institution financière. Sans compter qu'il faudra convaincre les citoyens du bien-fondé des efforts à faire...



