Tout un symbole. Alors que le gouvernement français a présenté jeudi 8 février des mesures d’adaptation au réchauffement climatique, notamment à destination des entreprises, l’observatoire climatique européen Copernicus communiquait dans le même temps de bien tristes nouvelles sur la hausse des températures mondiales.
Avec un mercure affichant 13,14°C en moyenne autour du globe le mois dernier, janvier 2024 a été le plus chaud mois de janvier jamais enregistré. C’est aussi le huitième mois d’affilée à atteindre un record de chaleur. Surtout, la température moyenne sur les douze derniers mois s’est élevée à un niveau record, au-dessus de 1,5°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle 1850-1900, même si cela ne signifie pas encore que le monde franchira ce seuil à plus long terme.
Un lancement en mars pour les plus gros projets
Bruno Le Maire ne s’y est pas trompé. «Le réchauffement climatique est déjà là», a déclaré le ministre de l’Économie à l’occasion d’une réunion avec des organisations syndicales, patronales et des représentations du monde économique consacrée à l’adaptation. «Le réchauffement climatique et les désastres qui s’ensuivent sont notre quotidien», donc «il faut anticiper [ce sujet de l’adaptation, ndlr] pour protéger», a-t-il ajouté.
Pour financer des mesures d’adaptation par les entreprises, le gouvernement compte sur des prêts verts garantis par l’Etat avec un montant total de deux milliards d’euros. «Si le prêt [demandé par l’entreprise] est supérieur à 200 000 euros, je vous demande de vous adresser à Bpifrance à partir de mars 2024. Les plus petites entreprises qui investissent moins, sous 200 000 euros, pourront voir cela avec leur agence bancaire à partir de juillet 2024», a indiqué Bruno Le Maire.
Pour l'adaptation, mais pas seulement...
Selon Bercy, ces prêts verts pourront servir à l’adaptation – en finançant par exemple un circuit de réutilisation de l’eau, une meilleure isolation d’un bâtiment ou encore un système de détection des feux de forêts environnants – mais aussi à l’atténuation du changement climatique. Le montant de prêt garanti sera de deux millions d’euros au maximum pour une entreprise, sauf pour une entreprise industrielle qui pourra obtenir jusqu’à 2,5 millions d’euros. Les sociétés «devront justifier de la nature du projet auprès de leur partenaire bancaire qui aura la responsabilité de valider leur projet», précise Bercy.
Contacté par L'Usine Nouvelle, Bpifrance explique que ce dispositif ne remplacera pas le prêt vert, un produit déjà distribué par la banque publique. Sans garantie, ce prêt est octroyé sur une durée de 10 ans au maximum pour un montant allant jusqu’à cinq millions d’euros. Il doit obligatoirement être associé à un prêt bancaire du même montant. «La garantie verte et le prêt vert sont deux produits différents et complémentaires», assure-t-on chez Bpifrance.
Des plans détaillés réclamés aux entreprises publiques
La nouvelle garantie publique a été intégrée dans le budget 2024 dans le cadre de la dotation de l’Etat à Bpifrance. De fait, Bruno Le Maire refuse d’alourdir le poids de la dépense publique pour l’adaptation. «L’heure est à l’économie de la dépense publique. Inutile de venir toquer à la porte du ministère des Finances, elle est fermée. Je suis dans mon bureau pour faire des économies, pour réduire la dépense publique et accélérer de désendettement, certainement pas pour ouvrir en grand la pompe à subventions», a martelé le ministre.
Au-delà de la question du financement, le baron de Bercy a enjoint l’ensemble des grandes entreprises publiques, à l’instar de la SNCF, d’EDF et de RTE, à lui fournir d’ici fin 2024 un plan détaillé sur la stratégie d’adaptation de leur activité au réchauffement climatique. Il a également annoncé la fin des investissements dans l’immobilier public – rénovation comprise – qui ne répondent pas à l’obligation d’adaptation au changement climatique. «Nos compatriotes ne comprennent pas que le train qu’ils prennent au mois de juillet ne fonctionne plus à cause d’une distorsion des rails due à la chaleur. Ils ne comprendraient pas des problèmes d’alimentation électrique en raison d’une ligne à haute tension qui ne résisterait pas à un épisode climatique, ni que leur vie devienne invivable sur leur lieu de travail parce qu’une entreprise ou une administration n’a pas fait le nécessaire pour s’adapter au réchauffement climatique», a énuméré Bruno Le Maire.
Pour le ministre, les grandes entreprises publiques doivent faire figure d’exemples pour les autres, de la TPE au grand groupe. Il les incite à regarder les investissements nécessaires à leur adaptation, sans «besoin de forcer» des entreprises selon lui «parfaitement conscientes de la nécessité de s’adapter au changement climatique». Sans donner de solution à ce stade, le gouvernement a enfin mentionné la question de l’adaptation des horaires de travail comme un sujet de discussions dans le cadre de ses échanges avec les partenaires sociaux.



