Nouvelles bisbilles entre le gouvernement et le BTP sur la gestion de l'après-crise

Face à la chute drastique de l’activité, le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures en faveur des entreprises du BTP. Insuffisant, estiment les organisations professionnelles, qui appellent aussi à stimuler la commande publique.

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La prise en charge des surcoûts liés à la protection des salariés fait partie des points d'achoppement.

Bataille autour de la reprise du bâtiment et des travaux publics. "Le gouvernement avait annoncé qu’un plan de soutien du BTP serait dévoilé à l’occasion du troisième projet de loi de finances rectificative pour 2020. Force est de constater qu’il n’en est rien… ou presque", regrette la Fédération française du bâtiment. L’impact des mesures annoncées ne permettra de compenser qu’une petite partie des surcoûts supportés par les entreprises en matière de santé, estime l’organisation professionnelle.

Des conditions d'accès aux aides trop restrictives, selon la FFB

Beaucoup d’entreprises n’auraient pas subi de chute d’activité supérieure à 50 % sur la période du 1er  février au 31 mai 2020. C’est pourtant l’une des conditions posées par le gouvernement dans le cadre d’une nouvelle salve de mesures d’aides annoncées cette semaine.

Constatant que l’activité du BTP a chuté de 88 % en avril, un repli similaire à celui de l’hôtellerie-restauration malgré l’absence de fermeture administrative, il propose aux entreprises éligibles de bénéficier de remises de charges sociales jusqu’à 50 % sur leurs échéances des mois de mars à mai, ainsi qu’un un plan d’apurement de leurs charges sociales reportées depuis mars sur une durée pouvant aller jusqu’à 36 mois. Un comité de suivi est créé pour "objectiver" les surcoûts liés aux pertes de rendement sur les chantiers, compte tenu de l’application des règles de sécurité sanitaire.

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Le gouvernement annonce aussi encourager les maîtres d’ouvrage publics à faire usage des dispositions permettant d’augmenter les avances aux entreprises titulaires de marchés publics au-delà de 60% sans obligation de garantie à première demande. Le Premier ministre a adressé une instruction aux maîtres d’ouvrage de l’Etat, pour leur demander de négocier avec les entreprises du BTP la prise en charge d’une partie des surcoûts directs liés à l’arrêt des chantiers et aux mesures sanitaires. Les préfets devront, eux, promouvoir des chartes définissant une approche solidaire des surcoûts entre les entreprises du BTP, les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvre.

Du flou sur les carnets de commande

Dans le bâtiment, plus de 85 % des chantiers auraient repris, estime le gouvernement. Interrogé mercredi 11 juin par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, Martin Bouygues, PDG du groupe Bouygues (37,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019, 130 500 collaborateurs dans 92 pays) a estimé que la France est le pays où le ralentissement de l’activité a été "le plus fort et le plus long". Tous métiers confondus (construction, télécoms, médias), les résultats du groupe au premier trimestre font apparaître une baisse du chiffre d’affaires de 750 millions d’euros, dont 600 millions d’euros en France. "Cela représente nettement plus que les 60 % que pèse la France dans notre chiffre d’affaires global", a souligné Martin Bouygues, imputant la majeure partie de cette chute (700 millions d’euros) au pôle construction (bâtiment, routes, promotion immobilière).

En France, sur les seuls travaux publics, le chiffre d’affaires enregistré par les entreprises du secteur pour le mois de mai représente 68 % de celui du mois de mai 2019. A fin mai, 1 % des entreprises de travaux publics (TP) étaient en non-activité, contre 17% à fin avril, d’après une enquête flash réalisée par la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) auprès de ses adhérents.

"Les difficultés concernant la baisse de la productivité des salariés et les difficultés de trésorerie semblent se desserrer légèrement, même si plus d’un quart des entreprises les considèrent toujours comme importantes", indique-t-elle. La première inquiétude des entreprises porte sur la faiblesse des appels d’offres, avec 75% des entreprises se déclarant préoccupées. A l’issue de l’année 2020, le chiffre d’affaires des entreprises de TP pourrait perdre 20 % en moyenne.

Des pistes de relance

Dans ce contexte post-crise, chaque corps de métier avance ses pions. Ainsi, la filière béton appelle à lancer un programme de rénovation-reconstruction des immeubles insalubres, d’étendre et de rénover les établissements de service public (hôpitaux, bâtiments administratifs…), d’investir dans les voies navigables et le réseau ferroviaire et de mettre en place une fiscalité incitative en faveur de l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Les clauses s’appliquant aux bâtiments et routes pourraient contenir des garanties relatives à leur déconstruction.

Pour l’heure, "on est rentré dans de nombreuses procédures sanitaires qui évidemment ont un effet sur la productivité", estime Martin Bouygues, dont le groupe a commandé 45 millions de masques par l’intermédiaire de ses filiales en Asie. Il a également rappelé qu’un grand nombre de métiers ne peuvent s’exercer en télétravail.

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