Dans la course mondiale aux petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR), où Russes et Chinois caracolent en tête chez eux, suivis par les américains GE-Hitachi, Nuscale et Terra Power, l’Europe semblait en retard. EDF, avec Nuward, et le britannique Rolls Royce ne sont qu’à des stades précoces du design de leur projet de SMR. Le salut pourrait venir d'un Italien... basé au Royaume-Uni... mais qui mise aussi sur la France.
En septembre 2021, lorsque l’entrepreneur Stefano Buono, qui a vendu 4 milliards d’euros sa start-up française de médecine nucléaire AAA à Novartis, et l’expert mondial en réacteur nucléaire à neutrons rapides refroidis au plomb Luciano Cinotti, trouvent des investisseurs, italiens majoritairement, pour financer leur SMR à neutrons rapides refroidis au plomb, c’est à Londres qu’ils partent créer Newcleo. «On a évalué en Europe quel territoire avait une politique nucléaire définie et acceptée», a expliqué Stefano Buono à L’Usine Nouvelle. Autre critère décisif, son SMR refroidi au plomb liquide autorise l’utilisation du Mox (mélange d'oxydes issu du traitement du combustible usé des centrales nucléaires, à base d'uranium et de plutonium). «Or l’Angleterre dispose d’un stock de 140 tonnes de plutonium».
L’annonce un mois plus tard du programme France 2030 par Emmanuel Macron, avec 1 milliard d’euros consacré au développement de SMR, dont 500 millions d'euros pour des start-up, change néanmoins la donne. «Cela nous a poussés à nous dire que nous n’allions pas uniquement faire de la recherche en France, où il y a des compétences sur les matériaux notamment, mais aussi y construire le premier prototype de notre SMR et la première usine de combustible », explique Stefano Buono.
Recherche terrain sur un site nucléaire en vallée du Rhône
Dans son plan stratégique, Newcleo annonce vouloir construire un prototype non nucléaire de 10 MW thermique pour tester les équipements et les matériaux pour 2026, la construction d’un mini SMR de 30 MWe pour 2030 et d’un petit SMR de 200 MWe pour 2032. En parallèle, la start-up investira directement dans une usine MOX pour alimenter les réacteurs dans les pays développés. Si le prototype non nucléaire sera en Italie, et le premier petit SMR de 200 MW construit au Royaume-Uni, Newcleo annonce mettre 3 milliards d’euros en France sous forme d'investissements industriels, de dépenses de R&D et d’ingénierie, «dont 1,2 milliard pour son premier mini SMR à neutrons rapides refroidis au plomb et 1,8 milliard pour une première ligne de production de combustible Mox», détaille Stefano Buono. Et tout est prêt.

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«On a terminé le design du réacteur. On a validé tous les choix techniques protégés par 17 brevets. On a un projet qui nous permet de dialoguer avec l’Autorité de sûreté française», assure le dirigeant de la start-up. Un dossier de financement est déjà sur les bureaux de Bpifrance. Reste à trouver le terrain. «On essaye de s’installer dans la vallée du Rhône. C’est notre objectif. Mais cela dépendra de la localisation d’un terrain. Dans tous les cas, il faudra qu’il soit dans un site nucléaire, pour avoir tout de suite la licence. Sinon on ne pourrait pas terminer le réacteur opérationnel pour 2030».
Newcleo candidat a l'appel à projets de France 2030
La start-up compte déjà 150 collaborateurs, dont 70 en France à Lyon, en grande partie venus du CEA. Les autres sont répartis entre Londres, Manchester, Turin, Bologne et Brasimone. Ils devraient être une centaine de plus d’ici à fin 2023. Cette implantation française a permis à l'entreprise de répondre à l’appel à projets réacteurs nucléaires innovants de France 2030. Si Newcleo a déjà levé 400 millions d’euros et a entamé en mars 2023 un nouveau tour de table de 1 milliard, «on a besoin de l’argent de France 2030, mais on a surtout besoin du système français et des entreprises françaises. Être lauréat de France 2030, nous donnerait la crédibilité», explique Stefano Buono.
Selon lui, le CEA, qui pourtant pousse de son côté cinq start-up nucléaires concurrentes de Newcleo, n’aidera que les lauréats de France 2030. Sans attendre, pour sécuriser sa chaîne logistique, Newcleo discute déjà avec une vingtaine d’entreprises françaises, dont Orano, Framatome et même EDF, dont il aimerait pouvoir brûler le stock de combustible de Superphenix, la tentative de réacteur à neutrons rapides refroidis au sodium d’EDF. «On n’est pas en compétition les uns avec les autres. L’Europe doit multiplier par trois sa production électrique. Le marché est énorme», explique le dirigeant de Newcleo. Son SMR, qui promet de fermer enfin le cycle de combustible, ne ferait donc pas d’ombre au projet Nuward d’EDF. Newcleo promet la création de 500 emplois en France.



