Entretien

"Moins les industriels ont de références, plus ils vont pouvoir occuper leurs usines et rendre la chaîne logistique efficace", selon le BCG

Après avoir analysé les comportements des consommateurs en Chine et en Italie, le cabinet de conseil BCG tire les premières conclusions de l'épidémie de Covid-19 pour les acteurs de la chaîne alimentaire. Au programme : réduction des approvisionnements, boom du e-commerce et modification des emballages. Julien Dangles, directeur associé du BCG, revient pour L'Usine Nouvelle sur ces conclusions.

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Julien Dangles, Directeur Associé au BCG

Vous avez étudié les comportements de consommation en Chine et en Italie pendant les premiers jours de l’épidémie, que pouvez vous en déduire?

Julien Dangles.- On peut anticiper trois phases. La première, dans laquelle nous sommes actuellement en France, est la phase d’emballement. C’est une phase de stockage qui se traduit par des taux de croissance très élevés, de 10 à 15% sur l’ensemble des catégories de bien de consommation courante (et avec des taux encore plus élevés dans certaines catégories : santé, propreté, produits congelés et les biens essentiels alimentaires à date de conservation longue).

Après deux ou trois semaines, nous passons à une deuxième étape appelée "phase d’adaptation". Nos comportements de consommation et d’achat vont continuer de se traduire par une hausse de 10-15% par rapport à la normale, mais nous observons un retour à un assortiment plus varié avec notamment les produits frais qui deviennent centraux. Ce qui évoluera le plus fortement dans cette phase ce sont nos comportements d’achat. Que ce soit en Chine ou en Italie, nous observons dans cette phase une hausse importante du e-commerce de l’ordre de 40 à 60 %, et jusqu’à 70-100 % en livraison à domicile.

Enfin, la phase 3 correspond à celle de la fin du confinement. Nous l’avons surnommé “phase de nouvelle normalité” car nous avons observé que certains comportements développés pendant la phase d’adaptation perdurent au-delà du confinement, c’est notamment le cas sur le recours au e-commerce. Lors de cette dernière étape, nous observons aussi une forte hausse de la consommation de produits dits festifs comme la bière, les spiritueux etc… 

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Quelles sont les adaptations nécessaires ?

Pendant la première phase, tous les maillons de la chaîne alimentaire, les agriculteurs, les industriels ou les distributeurs doivent agir pour raccourcir les assortiments et optimiser la production.

Cela va permettre de simplifier la livraison et de fluidifier la logistique. Moins les industriels portent de références, plus ils vont pouvoir occuper leurs usines et donc rendre la chaîne logistique efficace.

Lors de la phase 2, le boom du e-commerce va entraîner une adaptation en terme de packaging. Les industriels vont devoir réfléchir ou - pour ceux qui en possèdent déjà - augmenter le recours aux emballages plus résistants, qui se transportent plus facilement. Ils vont également devoir se pencher sur la question commerciale et marketing. Puisque les canaux de distribution vont fortement évoluer, ils auront également à charge de repenser le parcours du consommateur. Il est enfin possible que l’on voit émerger, de manière temporaire, de nouvelles références “spécial crise”.

Tous les industriels ont-ils la même capacité d’adaptation face à la crise ?

Les industriels qui maîtrisent leur chaîne de valeur et leur outil de production à l’image de la plupart des grands industriels pourront modifier et faire évoluer leur production. Dans les dernières années, nous avons vu émerger de nombreuses nouvelles marques qui ne possèdent pas toujours de site de production en propre. Ces nouveaux venus risquent de rencontrer plus de difficultés pour s’adapter.

Comment vont s’adapter les nouveaux modes de consommation comme le bio à cette crise ?

La principale question pour le bio est déjà celle de l’approvisionnement. Aujourd’hui, en France, la limite à la croissance du “sans pesticide” est le manque de champs, d’élevages convertis au bio… D’une certaine manière, le bio est déjà à sa capacité maximale aujourd’hui, on peut donc s’attendre à ce qu’il ne puisse pas être en mesure d’absorber la demande supplémentaire. 

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