Rentré début novembre de l’épreuve de maintenance aéronautique de la compétition internationale des métiers Worldskills, passée à Cardiff, en Grande-Bretagne, Valentin Borkowski, 21 ans, a encore du mal à atterrir. «C’est difficile de revenir à la vraie vie après un investissement total de plus d’un an», raconte le jeune homme, blazer bleu marine et médaille de bronze autour du cou. Titulaire d’un bac pro "maintenance aéronautique" et d’une mention complémentaire de spécialisation, il s’est entraîné pendant un an pour les cinq épreuves de la compétition, de 4 heures chacune, avec l’aide du candidat de 2019, et l’accompagnement de tout un staff d’experts et coach.
Derrière chaque jeune sélectionné pour les épreuves internationales, qui se tiennent tous les deux ans, Worldskills mobilise pendant un an dix à quinze personnes, experts, coach, profs, salariés des entreprises partenaires. Philippe Thinard, professeur de maintenance aéronautique au lycée professionnel du Grésivaudan, à Meylan (Isère), est en charge de l’entraînement du candidat de maintenance aéronautique. «Il s’entraîne dans un centre d’excellence, et complète sa formation chez nos partenaires industriels», raconte-t-il. Chez Airbus Atlantic, il peut travailler sur les composites, chez Safran Helicopter Engines, sur les moteurs, à l’Airbus Helicopters Training Academy France, sur les hélicoptères… Des partenaires importants, qui offrent du temps, du matériel, des infrastructures.
Valentin Borkowski et Philippe Thinard étaient tous les deux présents mardi 13 décembre, dans les locaux parisiens du Medef.
Trouver une soixantaine de jeunes pour 2024
L’organisation patronale organisait une mobilisation générale autour de la prochaine édition, qui se tiendra en France, à Lyon, en septembre 2024. Objectif : que la France présente des candidats talentueux dans la soixantaine de métiers de la compétition. La sélection démarre fin mars 2023, quand toutes les régions auront fini leurs épreuves et pourront envoyer leurs champions concourir à l’édition nationale de Worldskills. La finale nationale se déroulera en septembre 2023, les médailles d’or nationales de chaque métier constitueront l’équipe de France pour 2024.
Sur la soixantaine d’épreuves représentées dans la compétition, 21 relèvent des métiers industriels : chaudronnerie, fraisage, soudage, tournage, intégrateur robotique, réfrigération technique ; 7 concernent l’automobile ; une poignée touche au numérique (cyber sécurité, web technologies, cloud computing…). «Nos métiers ont besoin d’attractivité, on ne peut pas passer à côté d’un événement qui les valorise autant», argumente Bruno Voland, patron de TRA-C, PME de la métallurgie, président de l’UIMM Lyon-Rhône et vice-président de Worldskills France. Les anciens compétiteurs courent les collèges et les salons, des bus entiers de jeunes viennent voir les épreuves nationales et internationales, découvrant des métiers qu’ils ne connaissent pas. Emmanuel Macron a demandé à la France d’atteindre la cinquième place… Un challenge relevé dès 2022, puisque la France a terminé la compétition à cette place, avec 39 médailles, sa meilleure performance depuis qu’elle participe à cette olympiade des métiers.
Contribution des entreprises
L’organisation d’un tel événement nécessite le soutien des entreprises. D’abord pour qu’elles mettent à disposition de l’organisation des experts métiers, des coachs, des jurés, des chefs d’atelier. Du bénévolat, qui occupe un expert deux à trois semaines par an, sans compter les soirées et week-end, précise celui de l’épreuve "production industrielle", ancienne médaille d’argent Worldskills. Il vient de racheter sa PME toulousaine de 28 salariés, les candidats peuvent venir s’y entraîner. Information pratique importante, donnée à tous dans l’amphithéâtre du Medef, pour rassurer les employeurs : grâce à une convention de mécénat de compétences signée avec Worldskills, l’entreprise bénéficie d’une prise en charge à 60% du salaire versé durant cette mise à disposition de son salarié. Idem pour l’achat du matériel utile aux candidats.
Les entreprises doivent aussi jouer le jeu et laisser leur salarié, s’il est candidat, s’entraîner. Ici aussi, le salaire du jeune – il faut avoir moins de 23 ans, 26 ans pour certaines épreuves - est remboursé par Worldskills à l’entreprise. On compte aussi sur les sponsors pour offrir des outils.
Une édition 2024 soucieuse de RSE
Deux défis attendent l’organisation française. Primo, mobiliser les fédérations à la traîne, qui n’envoient pas assez de candidats. Si le bâtiment et la métallurgie sont traditionnellement en pointe, avec le secteur de l’hôtellerie-restauration, les métiers du numérique restent peu mobilisés par leur fédération. Secundo, «arrêter la course au gigantisme et revenir à une organisation plus raisonnable, dans l’esprit du compagnonnage», précise Max Roche, président du comité d’organisation de Worldskills 2024, ancien directeur général d’Eiffage.
L’édition 2019, à Kazan en Fédération de Russie, avait donné lieu à une débauche de matériel, cérémonie, participants. Certains participants dénonçaient une inégalité de traitement entre candidats, ceux de la Chine bénéficiant par exemple d’un financement considérable. L’édition de 2022 aurait dû se tenir à Shanghai, si le Covid n’était pas passé par là, et s’annonçait tout aussi géante.
«Nous portons l’idée d’un nouveau modèle de compétition, plus égalitaire et respectueux de l’environnement», poursuit Max Roche. Les épreuves pourraient inclure des objectif RSE, avec des points attribués aux candidats qui utilisent certains matériaux, produisent moins de déchets, réduisent la taille donc le poids des outils à transporter en avion… L’édition française de 2024 essayera également de mobiliser les pays africains. Très peu présents dans les épreuves officielles, ils pourraient être appelés à participer autrement à cette réunion mondiale des métiers.



