Sous les voûtes noircies de l’usine sidérurgique d’Industeel, au Creusot (Saône-et-Loire), les fours de préchauffage sont silencieux, à l’arrêt. À côté, un petit groupe d’ouvriers s’affaire autour d’un gigantesque laminoir, d’où sortiront des tôles d’acier de plusieurs centimètres d’épaisseur. Alors que cette filiale d’ArcelorMittal est en sous-régime à cause de la crise sanitaire, le poste de contrôle permet de se figurer son activité normale. Depuis cet habitacle exigu qui surplombe la première halle de l’usine, deux opérateurs contrôlent l’activité de huit fours de réchauffage. D’imposantes structures à sol mobile qui portent lentement les lingots de métal à 1 200 °C avant le laminage.
« Cette étape consomme énormément de gaz naturel, explique Frédéric Geffraye, le responsable énergie du site. Avec Metron, nous avons pu réduire la consommation de 12 % et économiser 250 000 euros. » Depuis 2018, le sidérurgiste travaille avec cette jeune pousse parisienne, spécialiste de l’intelligence artificielle pour l’efficacité énergétique de l’industrie. Grâce à la récupération et au traitement automatique de données de chauffe, comme le poids et l’épaisseur des tôles, la température et la quantité de gaz injecté, la start-up a créé un jumeau numérique des fours de préchauffage. De quoi suivre leur activité et repérer toute dérive pour la corriger. Par exemple lorsque « les tôles se cognent et peuvent endommager les fours et diminuer leur efficacité », décrit Frédéric Geffraye.
Parmi les machines et les tôles entassées au sein de l’usine, qui date de 1836, difficile de repérer Metron. Mais des indices existent, comme ce capteur blanc qui orne le compteur d’un four électrique destiné à chauffer les tôles, que de larges ponts roulants à ventouses déplacent dans l’usine. «Auparavant, nous utilisions des compteurs électromécaniques, témoigne Frédéric Geffraye. Les nouveaux compteurs, sans fil et fonctionnant sur batterie, permettent de connecter des machines qui n’ont pas accès au réseau informatique.» Il faut se pencher sur les écrans des gestionnaires d’ArcelorMittal, dans les bureaux adjacents, pour visualiser la consommation. Réduite en courbes et graphiques générés automatiquement par Metron, depuis la consommation globale de l’usine jusqu’à celle de différentes machines.
La consommation en graphiques
« Industeel est un cas d’école. C’est un site complexe, qui consomme beaucoup d’énergie et produit des données hétérogènes », explique Vincent Sciandra, le fondateur et PDG de Metron. Pour optimiser ses algorithmes d’IA, la start-up utilise à la fois ses propres bases de connaissance sur les technologies industrielles et les données réelles de l’usine. Elle a pu récupérer un an d’historique afin d‘entraîner ses modèles. De quoi indiquer les dérives. Charge aux industriels d’en comprendre les causes ensuite, pour gagner en moyenne quelques pourcents d’efficacité énergétique chaque année, chiffre Frédéric Geffraye. Une position porteuse.
La start-up, qui propose son offre en tant que service (SaaS), emploie 140 personnes et effectue 80 % de son chiffre d’affaires à l’international. Elle travaille notamment avec Dalkia et Danone et vise 8 millions d’euros de commandes supplémentaires dans les deux ans à venir. D’autant que, face à la crise sanitaire, Metron peut aider à absorber le choc. « Une usine sidérurgique n’est pas faite pour tourner à 60 %, souligne Frédéric Geffraye. Nous profitons des données apportées pour optimiser les phases de production et d’arrêt et pour diminuer notre talon énergétique. » L’industrie verte a parfois la chance d’être aussi moins coûteuse.



