Enquête

Malgré plusieurs fermetures d'usines en France, Michelin évite les friches industrielles

Clermont-Ferrand, Joué-lès-Tours, La Roche-sur-Yon et bientôt Cholet et Vannes... À chaque fois que l'un de ses sites industriels ferme dans l'Hexagone, Michelin met en place un plan de transformation pour éviter de laisser une friche non valorisée. En Auvergne, la mythique usine de Cataroux en est l'exemple type.

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Les pistes de Cataroux, sur lesquelles était testée la résistance des pneus, ont été fermées en 2001.

Depuis quelques semaines, les pelleteuses ont entamé un ballet fracassant sur le site mythique de l'ancienne usine Cataroux de Michelin. Au début des années 1980, le tout-puissant manufacturier employait en son fief historique de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) quelque 30 000 salariés, dont une majorité de cols-bleus. Aujourd'hui, ce chiffre est tombé sous la barre symbolique des 10000, principalement des cols blancs. La mondialisation est passée par là, avec son cortège de restructurations et de plans sociaux, laissant derrière elle des bâtiments fantômes et des dizaines de milliers de mètres carrés à l'abandon.

«On aurait pu faire un grand programme immobilier, tout vendre et gagner beaucoup d’argent, mais Cataroux, c’est le cœur de l’histoire de Michelin et de Clermont. C’est ici que sont nés le pneu Radial et la célèbre Micheline. Nous avons choisi d’en faire un lieu d’intérêt général», explique Florent Menegaux, le président du groupe. Au chapitre des grands projets figure la reconversion des célèbres pistes Michelin, ancien centre d’essai à la verticale fermé depuis plusieurs décennies. Cette friche centenaire de 10 hectares, en plein cœur de Clermont-Ferrand, va laisser place d’ici à 2028 à un projet d’urbanisme XXL qui mobilisera 300 millions d’euros d’investissements.

Les start-up remplacent les cols bleus

Plusieurs autres bâtiments désaffectés du vaste site de Cataroux ont déjà trouvé un nouveau destin. Le Hall 32, ancienne usine de pneumatiques, est devenu un centre de formation multidisciplinaire destiné à l’industrie. Juste côté, des bâtiments impressionnants sortent de terre pour constituer le Pôle d’innovation collaboratif (PIC), un espace de 18 000 m² dédié aux acteurs de l’innovation qui ouvrira ses portes en décembre 2025. Il pourra accueillir à terme jusqu’à 2500 personnes par jour. «Le PIC sera l’un des plus grands e spaces de coliving et de coworking en Europe», précise Michelin. À quelques mètres delà, a pris place le Centre des matériaux durables (CMD) destiné à soutenir des start-up comme Carbios, spécialiste du développement de matériaux innovants. «Il existe ici un écosystème unique, porté à la fois par de l’ingénierie et du soutien matériel», s’enthousiasme Emmanuel Ladent, le directeur général de Carbios et… ancien cadre de Michelin. 

La start-up Bobine, qui a conçu une technologique innovante de recyclage chimique des plastiques, a, elle aussi, trouvé asile au cœur de l’ancienne friche. L’arrivée du CMD constitue une formidable opportunité. «Démarrer une machine pilote est très compliqué, ce que nous propose Michelin est unique en France», se réjouit son dirigeant, Vincent Simonneau. Un constat partagé parla start-up clermontoise Capillum, à l’origine de la première filière de recyclage de cheveux au monde, à Cataroux également. «Nous sommes au cœur du réacteur. C’est là qu’est née l’aventure des frères Michelin il y a plus de cent ans. Il y a de bonnes ondes!», s’amusent ses jeunes cofondateurs. Depuis son ouverture en 2021, le CMD a permis de créer 170 emplois. Avec l’extension de 6000 m² inaugurée en octobre, le site triplera ses capacités d’accueil pour atteindre un effectif de 600 personnes et héberger une vingtaine de «projets à impact positif dans le domaine des matériaux recyclables ou renouvelables».

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Plusieurs partenariats financiers

Avec l’arrêt annoncé pour 2026 de ses sites de Vannes (Morbihan) et Cholet (Maine-et-Loire), Michelin aura fermé six usines en vingt ans… Désormais, dans ses aventures de reconversion, le groupe n’est plus le seul maître à bord. Un autre modèle économique s’est imposé : des partenaires privés et les collectivités sont priés de mettre la main au porte-monnaie. Le Crédit agricole Centre France, la Banque des territoires, la Caisse d’épargne Auvergne Limousin, la CCI Puy-de-Dôme et Clermont Auvergne Métropole sont devenus des partenaires fidèles, selon un schéma reproductible sur d’autres friches. Sur le site fermé en 2019 de La Roche-sur-Yon (Vendée), 20 hectares sont en cours de réaménagement. «Nous avons créé une SAS réunissant à parts égales Michelin, la Banque des territoires et la société d’économie mixte Oryon, chacun à h auteur de 6 millions d’euros, en plus d’un emprunt. Avec un budget de 40 millions d’euros, nous nous sommes fixé l’objectif de créer un site dédié aux énergies vertes et aux mobilités propres», décrypte Philippe Jusserand, le directeur de la Banque des territoires des Pays de la Loire.

«Quand nous avons appris la fermeture de l’usine en 2019, nous étions sonnés, reconnaît Françoise Raynaud, la présidente d’Oryon et vice-présidente de l’agglomération de La Roche-sur-Yon. Nous n’étions pas inquiets pour l’emploi, car dès la semaine qui a suivi l’annonce, de nombreuses entreprises appelaient pour embaucher les anciens salariés. Aujourd’hui, ils ont tous retrouvé un travail. En revanche, nous avons imposé à Michelin de créer ici un site autour des mobilités durables. Cela a pris du temps, mais nous avons appris à nous connaître et à travailler ensemble.»

L’expérience des revitalisations précédentes montre que les créations d’emplois dépassent le nombre de ceux touchés par les fermetures, assure la direction du groupe. À Joué-lès-Tours (en Indre-et Loire, fermé en 2013), 1054 emplois ont été créés en quatre ans pour 706 supprimés. À La Roche-sur-Yon, 635 créés pour 163 supprimés. Ce chiffre pourrait s’élever à 825 prochainement. Reste à savoir si la formule fonctionnera aussi bien pour les sites de Cholet et de Vannes. Cette fois, 1254 salariés sont concernés. Michelin a annoncé une provision de 330 millions d’euros pour les accompagner. Bibendum le sait, il est attendu au tournant.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3738 - Janvier 2025

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