La fin d'année 2024 a été marquée par une kyrielle d'annonces de fermetures de sites en France. Et malgré la promesse d'un plan d'urgence européen, le Clean industrial act, la situation de certains secteurs de l'industrie fait craindre que le mouvement ne s'arrête pas là. Pour autant, de La Suze-sur-Sarthe (Sarthe), où était implanté Valeo, à Cholet (Maine-et-Loire), fief pendant cinquante-quatre ans de Michelin, en passant par Fontaine-le-Bourg (Seine-Maritime), qui comptait une petite équipe de l'électricien Legrand, certains territoires doivent-ils se résoudre au grand silence de friches à jamais désertées par toute activité ?
Ce n'est pas l'avis de Marc Ferracci, qui venait d'être nommé ministre de l'Industrie, lorsqu'il affirmait en novembre à L'Usine Nouvelle qu' «un site qui ferme, c'est souvent attractif pour des investisseurs. Il y a du raccordement électrique, des infrastructures routières, un certain nombre de choses qui présentent de l'intérêt pour ceux qui voudraient s'installer». C'est aussi l'expérience de Guillaume Gady, spécialiste du développement économique des territoires et directeur général d'Ancoris : «Le premier déterminant d'un industriel pour s'implanter, c'est le foncier disponible.» Sur les 300 à 500 projets d'implantation que son entreprise détecte chaque année, un tiers requiert du foncier libre et deux tiers des bâtiments existants.
Des infrastructures pour attirer les industriels
Disposer d'une solution d'accueil adaptée est la première condition pour revitaliser un territoire en difficulté. Et les métropoles ne sont pas les plus attractives. Selon Guillaume Gady, les trois quarts des projets industriels envisagent de s'installer dans des zones rurales ou des villes de taille moyenne, car «les lieux où des entreprises étaient installées sont peu à peu colonisés par du logement et des questions d'acceptabilité se posent». Un constat confirmé parle rapport sur l'attractivité d'EY, qui chiffre qu'en 2023, 71% des emplois «apportés »parles projets d'investissements manufacturiers étrangers ont été créés dans des établissements publics de coopération intercommunale labellisés Territoires d'industrie; un dispositif qui vise des territoires ruraux, des espaces périurbains et des villes moyennes. Les collectivités doivent donc recenser terrains et bâtis, les acquérir éventuellement, les aménager parfois, comme le montrent les exemples que nos correspondants en région mettent en lumière dans ce dossier. «Dès qu'une usine ferme, nous sommes dans la boucle. S'il n'y a pas de repreneur, nous allons la visiter pour la qualifier et l'enregistrer dans notre base de données », affirme Martine Abrahamse-Pleux, la directrice générale de l'agence économique de Bourgogne-Franche-Comté.
La qualité des infrastructures de transport, d'énergie et de services à l'environnement fait aussi l'attractivité d'un site. La société agroalimentaire Vicky Foods, qui ouvrira sa première usine en France à Chalon-sur Saône (Saône-et-Loire) dans les prochains mois, souhaitait une situation sur l'axe de l'autoroute A6. «La Bourgogne-Franche-Comté était dès lors en concurrence avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et le nord de l'Espagne, mais nous l'avons finalement remporté », se réjouit la directrice générale. Longtemps, l'axe logistique français se résumait à la dorsale Lille-Paris-Lyon-Marseille, «mais aujourd'hui, l'Arc atlantique est très prisé, ce qui redonne de l'attractivité à des villes comme Poitiers ou Angoulême», précise Guillaume Gady. Un axe qui se poursuit jusqu'à Bordeaux, desservi depuis 2017 par une ligne TGV. C'est dans sa banlieue, à Pessac, que s'est installée en 2023 la jeune société Tehtris. Cette start-up de cybersécurité et ses 300 salariés ont pris place sur un ancien site de Thales.

- 1.1684-0.23
13 Avril 2026
Dollar Us (USD) - quotidien$ USD/€
- 7.9827-0.18
13 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
Avec l'électrification des process la disponibilité des électrons devient primordiale. Dans la zone industrialo-portuaire de Dunkerque (Nord), RTE qui prévoit une consommation électrique de 3500 MW à l'horizon 2030, ne procède pas par raccordements successifs. Il a construit un système multiprise qui permet d'assurer la disponibilité de l'énergie au furet à mesure de l'arrivée des projets. L'autre grande région portuaire du pays, Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), qui dispute à Dunkerque l'ambition de devenir le territoire de l'industrie décarbonée du futur, réclame des infrastructures pour ne passe laisser distancer. «Nous avons 31 projets, cumulant 20 milliards d'euros d'investissement, qui pourraient créer 10 000 emplois. Mais il nous faut absolument une ligne à haute tension de 400 000 volts », analyse Pascal Kuhn, le président de l'UIMM Méditerranée, directeur du site Airbus Helicopters de Marignane et ambassadeur de l'association Provence Fabrique des possibles.
Capter des compétences
Pour attirer des projets, il faut aussi assurer les compétences. La Banque des territoires a soutenu la création d'antennes du Conservatoire national des arts et métiers dans des villes moyennes. Son patron, Olivier Sichel, le reconnaît : «En ce moment, c'est difficile, mais nous sommes dans la persévérance. L'industrie est une affaire de temps long.» La ville de Cherbourg (Manche) a quant à elle dragué un groupe d'écoles d'ingénieurs. Opération réussie : l'Ecam ouvrira ses portes à la rentrée prochaine dans des locaux provisoires, la construction du bâtiment étant portée parla Région. Dans la péninsule du Cotentin, les jeunes partent souvent étudier ailleurs, où ils sont ensuite recrutés pour leur premier job. La Manche a donc lancé une stratégie originale pour récupérer ses «expatriés». «Quelque 70 %d'entre eux aimeraient revenir vivre ici. Notre campagne de communication positionnée dans la presse locale, au moment des vacances lorsqu'ils reviennent dans leur famille, montre les b elles carrières qu'ils peuvent accomplir dans la région », explique Paul-Vincent Marchand, le directeur de l'agence d'attractivité Attitude Manche.
La Bourgogne-Franche-Comté vend, elle, sa culture industrielle. «Certes, l'industrie automobile va mal, mais cela libère de la main-d'œuvre », relativise Martine Abrahamse-Pleux, qui se félicite de l'émergence d'un écosystème hydrogène en Nord Franche-Comté. La région est celle qui compte le plus fort taux d'emplois industriels de France (17%), à égalité avec les Pays-de-la-Loire. Depuis deux ans, à Chalon, c'est sur la place de Beaune, que se tient Viva Factory, un événement valorisant les métiers de l'industrie auprès des jeunes. Pour réindustrialiser encore faut-il ne pas attendre le chaland les bras croisés. Fin novembre 2024, Martine Abrahamse-Pleux revenait du Wisconsin où elle avait signé un contrat de partenariat avec un cluster de biothérapies. Sur le chemin du retour, elle a fait un crochet par Chicago afin de rencontrer une entreprise de l'hydrogène. Le présent est sombre, il faut préparer l'avenir.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3738 - Janvier 2025



