Le gouvernement, représenté par Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, et le Comité stratégique de filière des industries électroniques, présidé par Thierry Tingaud, PDG de STMicroelectronics France, ont signé ce jeudi 4 mars un avenant au contrat de filière dans les locaux de Soitec à Bernin, en Isère. De quoi donner à la filière électronique de nouvelles ambitions pour valoriser l’excellence et le rayonnement de ses industries, en réponse aux enjeux numériques et environnementaux de l’industrie du futur.
Six axes prioritaires dans le contrat 1.0
Le contrat de filière initial avait été conclu en mars 2019. Il fixait six axes prioritaires : l’innovation avec le plan Nano 2022 mobilisant notamment STMicroelectronics, Soitec, Lynred, X-Fab France, Murata France, UMS et le CEA-Leti, le développement de l’intelligence artificielle embarquée, la transformation vers l’industrie du futur, la numérisation de la chaine logistique, le développement de l’emploi et des compétences, et la relance de l’effort à l’export.
Pour le plan Nano 2022, qui vise à renforcer la filière française de la nanoélectronique, l’engagement total de l’Etat se monte à 890 millions d’euros, auquel s’ajoute une contribution de 98 millions d’euros des collectivités locales et de 100 millions d’euros de L’Union européenne. La ministre déléguée à l’industrie a pu se rendre compte des résultats déjà accomplis par Soitec en visitant les nouvelles installations de production de substrats électroniques innovants mises en place par l’ETI iséroise grâce à ce soutien public.

- 47515.45-2.38
Mars 2026
Cours mensuel de l'étain - settlement$ USD/tonne
- 7.9967+0.13
10 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
Cette filière, qui représente en France 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 80 000 emplois directs et 170 000 emplois indirects, affichent un bilan positif. Mais pour le gouvernement, ce n’est guère suffisant. Le contexte, avec la crise du Covid-19 et la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, oblige à rehausser les ambitions et accélérer la cadence.
Besoin d'aller plus loin et plus vite
" La crise sanitaire et ses répercussions économiques ont éclairé d’une lumière crue les conséquences du laisser-faire et du manque d’investissements qui ont trop longtemps prévalu dans des domaines critiques comme l’électronique, souligne Agnès Pannier-Runacher. Cela confirme que notre stratégie de reconquête industrielle engagée dès 2017 sous l’impulsion du président de la République et avec Bruno Le Maire était la bonne. Il faut désormais aller plus loin et plus vite. C’est l’ambition du plan France Relance qui a fait de l’industrie une de ses priorités. Notre ambition pour l’électronique repose sur deux piliers : la maîtrise technologique pour garantir notre souveraineté, et le développement d’un marché porteur, générateur de valeur ajoutée et d’emplois. Pour cela, nous investissons ici et maintenant pour reprendre en main notre destin et construire la France de 2030. "
Trois nouveaux axes structurants liés aux enjeux prioritaires du plan France relance ont été ajoutés au contrat de filière. Le premier est la contribution à la transition écologique. L’électronique joue un rôle central dans l’efficacité énergétique dans tous les secteurs. Elle est le socle incontournable de la numérisation de la société et de l’Internet des objets. Elle est au cœur de l’électrification de pans entiers de l’économie, comme l’automobile. " Beaucoup de choses se passent dans l’électromobilité, confie à L’Usine Nouvelle Eric Burnotte, président du Snese, le syndicat des entreprises de sous-traitance électronique. C’est une grande opportunité pour l’industrie française. Mais cela réclame beaucoup d’effort d’investissement et de formation. C’est maintenant qu’il faut monter dans le train. De telles ruptures technologique sont de bon augure. Le gouvernement a eu raison de vouloir dynamiser la filière. C’est le bon moment de le faire. "
22 nouveaux projets en électronique retenus
Le deuxième axe relève des thèmes de souveraineté et de résilience. La pandémie du Covid-19 a mis en évidence la dépendance de la France vis-à-vis de l’extérieur et la fragilité d’une chaine logistique trop longue. Cette dépendance est particulièrement criante dans certains composants électroniques comme le circuit imprimé. L’un des objectifs du plan France relance est de favoriser la relocalisation de la production.
Sur les nouveaux 105 projets retenus par le gouvernement dans l’appel à projet « résilience » de soutien aux « secteurs critiques », 22 projets sont portés par des entreprises de l’électronique et de la photonique. Ils totalisent 76 millions d’euros d’investissement industriels visant à (re)localiser des productions critiques en France et à assurer les premières implantations sur le territoire français de productions d’avenir. Ils bénéficieront d’un soutien public de 23 millions d’euros avec la perspective de créer plus de 900 emplois directs dans quatre à cinq ans.
Le troisième axe vise à renforcer la cohésion de l’écosystème électronique et la coopération entre l’industrie électronique et les filières en aval comme l’automobile, l’aéronautique ou le médical qui dépendent de l’électronique pour innover et se développer. Le gouvernement veut tirer les leçons de la pénurie de puces qui pénalise tout particulièrement l’automobile. L’une des causes de cette crise tient au fait que les industries électronique et automobile se méconnaissent. Bercy veut que les deux filières dialoguent et apprennent à partager leurs feuilles de route de façon à pouvoir avancer de concert.
L'après Nano 2022 en préparation
" Tout cela va dans le bon sens, se félicite Eric Burnotte, qui dirige aussi Alliansys, un sous-traitant électronique de 70 personnes basé à Honfleur, dans le Calvados. Il faudrait juste recentrer les choses et veiller à ce que le soutien de l’Etat soit équilibré. Beaucoup d'argent public a été donné aux composants comme les semi-conducteurs. Mais l’électronique, ce n’est pas que cela. Il faut que tout le monde soit reconnu à sa juste valeur. Notre pays a aussi besoin d’entreprises qui vont utiliser ces composants. "
Alors que Nano 2022 se termine à la fin de 2022, la filière planche déjà sur le plan d'après. Bercy a lancé un appel à manifestation d'intérêt sur ce projet. Le ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, voudrait le lancer dans le cadre d'un nouveau projet important d'intérêt européen commun (PIIEC). Selon Paul Boudre, le directeur général de Soitec, le projet est en train de rassembler vingt pays européens, alors que le projet en cours - dont Nano 2022 est le volet français - n'en rassemble que quatre: France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni.



