La filière électronique s’attaque au problème de l'approvisionnement. Avec la crise du Covid-19, elle peine de plus en plus à s’alimenter en composants, menaçant de mettre à l’arrêt ses usines, alors que la continuité de sa production est considérée par le gouvernement comme essentielle au fonctionnement économique du pays. Un composant essentiel cristallise toutes les craintes : le circuit imprimé.
Une question de souveraineté
"Nous dépendons pour 80 % de nos livraisons de circuit imprimé d’Asie, principalement de la Chine, confie à L’Usine Nouvelle Eric Burnotte, président du Snese, le syndicat de la sous-traitance électronique, et directeur général d’Alliansys, un sous-traitant de 70 personnes qui a choisi de maintenir l’activité de son usine à Honfleur, dans le Calvados. Nous devons tout faire pour sortir de cette dépendance. C’est à la fois une question de bon sens industriel et de souveraineté nationale."
Un groupe interprofessionnel réunissant le Snese et deux autres syndicats professionnels de la filière, l’Acsiel pour les composants électroniques, et le SPDEI pour la distribution électronique, planche sur la question. Il explore les actions à mettre en place pour sortir la France de cette dépendance.

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Les difficultés d’approvisionnements touchent d’autres composants comme les relais, les condensateurs, les résistances, les câbles ou encore les batteries. Mais c’est le circuit imprimé qui focalise toutes les attentions. Et pour cause : il est la base de tous les systèmes électroniques. L’histoire semble se répéter. "Nous ne sommes pas loin de nous retrouver dans la situation de pénurie de 2018", alerte à L’Usine Nouvelle Richard Crétier, délégué général du Snese. Cette fois-ci, la filière a choisi d’agir pour éviter que le problème se reproduise à l'avenir.
Mobilisation des gros clients
Selon le Snese, la France compte encore une dizaine de fabricants de circuit imprimé, dont ACB, Elvia PCB, Cirly, Cibel et Flex Connect. Mais avec la délocalisation en Asie des gros volumes de production électronique, ils se cantonnent aujourd’hui aux petits volumes pour des marchés de niche comme l’aérospatiale, le militaire, le nucléaire, le ferroviaire ou le médical.
" Il faut relancer la production en France des volumes intermédiaires, exhorte Eric Burnotte. Dans le cadre du comité stratégique de la filière électronique, il faut mobiliser gros clients, pouvoirs publics et banques pour amorcer la pompe en aidant les fabricants de circuit imprimé à investir. "
Une partie de la solution au problème réside chez les grands donneurs d’ordre. Ils sont incités à mettre fin à leur stratégie de recherche des prix les plus bas et à relocaliser en France les gros volumes. " Nous en avons besoin pour investir dans des lignes de pose de composants à plus grande cadence, souligne Eric Burnotte. Sans les gros volumes, nous ne le ferons pas et resterons sous-équipés. Et sans ces investissements, nous ne pourrons pas fabriquer les gros volumes. Nous avons besoin des gros clients, des pouvoirs publics et de Bpifrance pour sortir de ce cercle vicieux ".
Retour du Made in France
Le patron du Snese invoque un contexte favorable au retour à la mode du Made in France. Une tendance dont les équipementiers électroniques sont de plus en plus nombreux à faire un atout commercial. "Elle s’inscrit dans un contexte de démondialisation qui a commencé avant l’apparition du Covid-19, affirme Eric Burnotte. La crise sanitaire actuelle va l’accélérer. Nous voyons les équipementiers de plus en plus nombreux à relocaliser leurs productions en France. Depuis mars, nous fabriquons les défroisseurs verticaux de linge de SteamOne. La société, qui les faisait fabriquer auparavant en Chine, a décidé de jouer la carte du Made in France en venant chez nous. C’est un exemple qui va se multiplier. "



