C’est un niveau d'inflation que les entreprises, comme les ménages, n’avaient pas connu depuis les chocs pétroliers. En mai, la hausse des prix à la consommation a atteint 5,2 %, selon les estimations provisoires de l’Insee. Son impact est déjà largement ressenti par les ménages: sur les trois premiers mois de l’année, la consommation a reculé de 1,5 %, ce qui a contribué à faire plonger la croissance de 0,2 % sur le premier trimestre, selon les chiffres révisés par l’Insee. Pour l’instant, les entreprises tiennent le choc. Mais cela pourrait ne pas durer.
La majorité des entreprises ont maintenu leurs investissements, en augmentation de 0,4 % sur le premier trimestre, malgré la dégradation de la conjoncture. Mais leurs marges ont commencé à s’éroder. Elles se sont repliées à 31,6 % au premier trimestre, contre 32 % au trimestre précédent et 34,2 % sur l'année 2021. « Les entreprises sont prises en tenaille. Elles subissent la hausse de l’inflation importée sur leurs consommations, mais ne peuvent pas la reporter complètement sur leurs prix de vente », souligne Emmanuel Jessua, le chef économiste de Rexecode, même si selon la dernière enquête de la Banque de France, près de la moitié des entreprises ont augmenté leurs prix de vente en avril. Depuis vingt ans, les consommations intermédiaires des entreprises non financières représentaient 58 % de la valeur ajoutée produite. Elles s’établissent à un peu plus de 60 % sur les six derniers mois, rappelle l’économiste, un niveau inédit depuis les années 1980.
Contrecoup de la fin du "quoi qu'il en coûte"
La flambée des prix n’est pas la seule explication au repli des marges. Les mesures de soutien d’urgence pendant la pandémie de Covid-19, notamment les dispositifs de chômage partiel et les fonds de soutien à la trésorerie, ont limité la dégradation de la rentabilité des entreprises. Leur arrêt progressif l’an dernier provoque à l’inverse un contrecoup. La comparaison est par ailleurs complexe avec l’avant-crise. Les entreprises ont profité en 2019 du double effet lié à la transformation du CICE en baisse de charges dans leurs comptes.
Mais « dans les prochains mois, on peut s'attendre à un sérieux coup de frein sur les investissements », pointe Emmanuel Jessua. D’autant que les marges ne sont pas le seul indicateur à se dégrader. Depuis deux mois, les entreprises signalent une nette dégradation de leur situation de trésorerie, confortable avant le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les taux d'intérêt vont aussi remonter, ce qui devrait peser sur le financement des projets.



