L’Europe ne fait plus rêver les investisseurs chinois. En 2023, industriels et fonds originaires du géant asiatique ont investi 6,8 milliards d’euros sur le Vieux continent (Royaume-Uni compris), un montant au plus bas depuis 2010, selon l’étude annuelle publiée par le think tank Merics et le cabinet Rhodium group. L’an dernier, ceux-ci avaient dépensé 7,1 milliards d’euros.
Un effondrement des rachats d'entreprises
Les 47,5 milliards d’euros déboursés par des groupes chinois en 2016 sont désormais très loin. A l’époque, le groupe Midea avait notamment déboursé plus de 4 milliards d’euros pour mettre la main sur la pépite allemande de la machine-outil Kuka, provoquant un séisme en Allemagne. Mais depuis, les fusions acquisitions d’entreprises européennes se sont littéralement effondrées. A 1,5 milliard d’euros, elles ont encore chuté de 58% en 2023, au plus bas depuis la crise financière de 2009.
Les raisons sont multiples. Dans un contexte de montée des tensions commerciales, l’Europe a renforcé sa vigilance face aux investissements en provenance de Pékin. Elle a musclé son mécanisme du contrôle des investissements étrangers au niveau européen et s’est dotée d’un nouvel outil pour bloquer les rachats d’entreprises financés par des subventions déloyales. En sens inverse, le ralentissement économique marqué depuis la pandémie pèse sur les capacités financières des groupes chinois, soumis par ailleurs à un contrôle pointilleux des sorties de capitaux par les autorités centrales.
Une concentration sur la filière des véhicules électriques
Lorsque les groupes chinois investissent en Europe, c’est désormais pour y construire leurs propres usines, et non pour racheter des pépites technologiques européennes. En l’espace de trois ans, les investissements ont ainsi changé radicalement de nature, confirme le rapport. En 2023, les groupes chinois ont augmenté de 78% leurs investissements directs "greenfield", pour construire leurs propres sites de production, après une hausse de 51% déjà en 2022.

- 0.2-33.33
Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
- 7.9967+0.13
10 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
- 1.1711+0.22
10 Avril 2026
Dollar Us (USD) - quotidien$ USD/€
Ces investissements se concentrent quasi exclusivement dans un seul secteur : celui de la production de véhicules électriques et de batteries, qui a accaparé près de 70% de tous les investissements chinois en Europe l’an dernier. A côté des usines géantes de batteries en cours de construction de CATL en Hongrie (près de 8 milliards d’euros au total, mais l’étude de Rhodium/Merics décompte une estimation des investissements annuels, souvent étalés sur plusieurs années) ou de Envision en France, «les investissements chinois s’intéressent de plus en plus à l’amont et à l’aval de la filière des véhicules électriques», soulignent les auteurs du rapport, qui citent l’implantation prévue de Semcorp, un fabricant de séparateurs pour batteries, en Hongrie, ou des projets d’usines des producteurs de matériaux d’anodes Putailai et Shanshan en Suède et Finlande. Le constructeur BYD et Wall Motors début 2024 viennent par ailleurs de confirmer l’implantation d’un site d’assemblage en Hongrie. L’instauration de droits de douane, en réflexion à Bruxelles, pourrait encore alimenter ce mouvement dans les années à venir.
La Hongrie rafle 44% des investissements
Cette focalisation sur le véhicule électrique a déjà modifié la géographie des implantations chinoises. Alors que les grands pays européens – Allemagne, France et Royaume-Uni – concentraient jusqu’ici la majorité des investissements chinois, la Hongrie est devenue leur principale terre d’accueil. En 2023, elle a concentré 44% des investissements chinois en Europe, selon les calculs de Rhodium/Merics, contre moins de 1% jusqu’en 2021. Elle est largement devant la France (14,6%).
A côté, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie tirent aussi leur épingle du jeu. «La position dominante de la Hongrie n’est pas seulement liée à des considérations géopolitiques. Les entreprises sud-coréennes y augmentent aussi leurs investissements, probablement, car le pays accueille déjà de grands constructeurs automobiles, a une main-d'œuvre bon marché et distribue des millions d'euros de subventions», est-il résumé dans le rapport. Hors de l’Union européenne, Rhodium group et Merics soulignent aussi la hausse des investissements chinois au Maroc, aussi sur le véhicule électrique. De quoi encore accentuer la pression sur les constructeurs européens.



