Doucement mais sûrement, la préoccupation des entreprises pour leurs salariés chargés d’aider un de leurs proches progresse. Mardi 11 février, le collectif d'entreprises Club Landoy, spécialisé sur l'enjeu du vieillissement de la population, doit lancer une coalition d'entreprises engagées pour les aidants. En janvier, employeurs et représentants des salariés de l’industrie pharmaceutique ont signé un accord de branche qui entrera en vigueur au 1er janvier 2026.
Il oblige les entreprises de ce secteur à sensibiliser leurs équipes au sujet, à mettre en place un des quatre dispositifs de soutien prévus dans le texte et à désigner des référents autour de cette problématique. «Des DRH aux patrons, tout le monde dit que c’est un vrai sujet. L’enjeu est surtout de mettre ces outils en place dans les plus petites entreprises», indique Pascal Le Guyader, le directeur général adjoint du Leem, l’organisation patronale des entreprises du médicament, à L’Usine Nouvelle.
Quelques mois plus tôt, un accord avait déjà favorisé la demande d’un congé spécifique pour les salariés aidants dans l’agroalimentaire. Dans son rapport sur les tendances RH de 2025, l’entreprise de certification Top Employers Institute note par ailleurs une augmentation des congés spéciaux pour les salariés aidants, parmi les organisations certifiées «top employers».
Un équilibre vie pro-vie perso difficile à trouver pour ces salariés
Cette tendance à mieux accompagner les salariés aidants est opportune, alors que le nombre d’aidants actifs est estimé à environ quatre millions en France. Une proportion de plus en plus grande de la population sera concernée dans les années à venir, en raison du vieillissement de la populationet du décalage de deux ans de l'âge légal de départ à la retraite. En effet, de plus en plus de salariés seniors se retrouveront dans la situation d'aider un parent vieillissant. Congé de proche aidant, congé de présence parentale, congé de solidarité familiale… Des congés et des prestations sociales sont certes prévus pour les salariés dans cette situation. Mais ils sont limités dans le temps et sur les niveaux d’indemnisation, ce qui complique leur utilisation.

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Beaucoup de salariés aidants peinent pourtant à maintenir un bon équilibre vie pro-vie perso. Ils peuvent aussi être confrontés à des difficultés financières et font état d’une charge mentale souvent pesante. «Ces enjeux pèsent nécessairement sur la vie professionnelle et la carrière du salarié aidant. Quand cette situation est mal anticipée au sein d’une équipe de travail […], elle peut créer des déséquilibres et des problèmes désorganisation, nuisant à l’image du salarié auprès de ses collègues et managers», souligne la plateforme RSE. L'organe rattaché à France Stratégie a rendu un avis sur le sujet en 2022.
Une préoccupation visible dans les accords télétravail
La crise Covid a levé le voile sur la situation des aidants dans les entreprises. Pour y répondre, ces dernières peuvent d’abord engager un travail de sensibilisation en interne et faciliter l’accès à l’information utile pour ces salariés. Elles peuvent aussi aménager leur organisation du travail, une préoccupation que l'on retrouve de plus en plus dans les accords sur le télétravail. Appliquées depuis le 1er janvier, les nouvelles règles mises en place au sein de la société de vente du fabricant de fenêtre de toit Velux permettent d’accorder plus de télétravail à un salarié aidant qui en aurait besoin. Dans le nouvel accord d’Engie, qui s’appliquera pleinement à la fin de l’année scolaire 2024-2025, des dérogations à l’organisation prévue du télétravail seront aussi possibles pour les salariés aidants, pour la première fois.
Selon les informations répertoriées par une plateforme dédiée à la présentation des initiatives en faveur des salariés aidants, Engie disposait en 2022 de plusieurs dispositifs en faveur de cette catégorie de salariés. À commencer par des webinaires dédiés pour ses équipes RH et ses managers et un accompagnement individualisé de ces salariés par des conseillers sociaux. Dans ses entités de la branche des industries électriques et gazières, les aidants peuvent prendre des congés spéciaux tout en continuant d’être rémunérés à 100%, ce qui n’est pas le cas habituellement.
À la frontière des sphères privée et professionnelle
Depuis plusieurs années, La Poste propose de son côté un guichet pour accompagner les aidants, notamment dans leurs démarches administratives. L'entreprise alimente un fonds de solidarité de 1000 jours par an, dans lequel les salariés aidants peuvent puiser des jours de congés.
Les velléités des entreprises pour accompagner ces salariés peuvent toutefois se heurter à plusieurs freins. Certains aidants ne se reconnaissent déjà pas comme tels, quand d’autres ne souhaitent pas ouvrir cette porte sur leur intimité. L’envie d’agir des entreprises peut donc être freinée par ces réticences sur un sujet à la frontière des sphères privée et professionnelle, alors que les entreprises exigent souvent des preuves de la situation d'aidants de leurs salariés. En fonction des besoins de la personne aidée, les aidants vivent aussi des situations très différentes, ce qui complique l’élaboration d’une politique unifiée à leur égard.



