L’Usine Nouvelle. – Les négociations salariales annuelles s’ouvrent dans une période d’inflation inédite depuis 1985. Comment les entreprises se saisissent-elles de cette échéance?
Cyrille Bellanger. – Les NAO ont déjà démarré ou démarreront en janvier. Les entreprises n’avancent pas spontanément la date de ces négociations, mais beaucoup l’ont fait car elles se sont retrouvées bloquées. Elles avaient déjà avancé leurs dernières NAO en janvier et février 2022, pour rattraper l’inflation de l’année précédente. Le problème est que l’inflation a vraiment accéléré ensuite. De nombreuses entreprises ont donc refait un round de discussions au second semestre, pour proposer un nouveau petit budget d’augmentations ou pour faire profiter leurs salariés du nouveau dispositif de prime de partage de la valeur. Cette prime a permis de « refroidir » les attentes, mais la pression exercée par les syndicats pousse à avancer la date des NAO pour 2023. Les entreprises ne vont pas avoir le choix, elles ne vont pas pouvoir attendre mars ou avril pour que les budgets d’augmentations soient effectifs. Mais si le climat social le permet, il n’est pas nécessaire de tenir trop vite ces négociations, car 2023 est assez imprévisible.
Les cadres lorgnent de plus en plus les augmentations générales. Que conseillez-vous aux DRH sur ce sujet?
Cela dépend bien évidemment des budgets de chaque entreprise. Par le passé, les cadres bénéficiaient assez peu des augmentations collectives. Cette année, nous avons vu leur retour en raison du contexte inflationniste. Les DRH ont malgré tout envie de maintenir les augmentations individuelles, et je leur conseille de garder au maximum cette marge de manœuvre. De la même façon, les non-cadres bénéficient traditionnellement d’augmentations collectives, mais il faut garder une part d’individualisation autant que possible. Cela est rendu nécessaire par les tensions sur le marché du travail. Les augmentations individuelles offrent un avantage significatif sur la rétention des salariés. Être en mesure de récompenser les meilleurs, que ce soit sur le plan de la performance ou de l’attitude, rend les choses plus faciles d’un point de vue managérial.

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2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
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10 Avril 2026
Livre sterling (GBP) - quotidien£ GBP/€
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10 Avril 2026
Dollar Us (USD) - quotidien$ USD/€
Que faire quand les marges ne permettent pas d’accorder des augmentations décentes?
Je pense que cela concerne un paquet d’entreprises, dans tous les secteurs. Récemment, nous avons accompagné un prestataire de l’assurance dans cette situation. Ses marges étaient si faibles que son budget d’augmentations générales passait quasi-entièrement dans la revalorisation des Smic. Pour ces sociétés qui ont peu ou pas de marge, je conseille d’utiliser quatre éléments relatifs au pouvoir d’achat dans la négociation. Le premier est le système d’épargne salariale, et en particulier l’intéressement. Les accords d’intéressement sont conclus pour un à cinq ans, ce qui rend cet outil plus souple que la participation.
La deuxième piste consiste à utiliser au maximum la prime de partage de la valeur. Troisièmement, les entreprises ont la possibilité de faire baisser le coût de la complémentaire santé et de la prévoyance pour les salariés, tout en maintenant le niveau des prestations. Elles doivent essayer de centraliser au maximum les primes d’assurances pour avoir un pouvoir de négociation supérieur face aux assureurs. Les DRH peuvent enfin faire baisser le coût des déjeuners, en augmentant la valeur des tickets-restaurants ou la contribution de l'employeur en faveur du restaurant d’entreprise. Les entreprises sont également en mesure d’agir sur le confort des salariés à moindres frais en assurant des prestations de bien-être ou sportives via leur comité social et économique (CSE).
Vous avez souligné l’imprévisibilité de 2023. Faut-il prévoir des clauses de revoyure lors des NAO?
Je me méfie de ces clauses de revoyure, car elles peuvent créer des attentes. En tant que DRH, j’essaierais de mettre ce sujet de côté pour ne pas créer ces attentes. Mieux vaut se passer d'une clause de revoyure et miser à la place sur les mécanismes de rémunération temporaires.



