« Il n’y aura pas de décarbonation sans croissance. » C’est un des crédos du Medef, mis en avant par son président Geoffroy Roux de Bézieux, lors de la présentation des propositions de l’organisation patronale pour l’élection présidentielle, lundi 24 janvier. Au cœur du projet patronal : créer les conditions d'une croissance « responsable », seule à même de financer les transitions annoncées selon le Medef. S’il ne voit pas de candidats favorables à la décroissance, Geoffroy Roux de Bézieux s’inquiète de certaines propositions qui, selon lui, empêcheraient la croissance, comme les hausses du Smic ou le blocage des prix de l’énergie.
« Produire, c’est émettre du CO2, argumente le président du Medef. Jusqu’à il y a quelques années, le CO2 ne coûtait rien ! On demande aux entreprises de modifier en profondeur le mode de production qui est le leur depuis 200 ans. La quantité d’investissements dont nous aurons besoin pour produire autrement est sous-estimée… Si vous augmentez le Smic brutalement, (…) les entreprises qui ne peuvent pas augmenter leurs prix vont réduire leurs marges et ne pourront pas financer massivement ces nouveaux investissements ! » Selon le BCG, il va falloir à l’Allemagne 1 000 milliards d’euros d’investissement. En appliquant un prorata à la France, cela fait plusieurs centaines de milliards d’euros, selon Roux de Bézieux. Le Medef a l’intention, en 2022, de calculer précisément ce montant.
Besoin d'une vision du prix du carbone à long terme
Face à ce changement « prométhéen » annoncé pour les entreprises, le Medef appelle le futur président de la République à prendre diverses mesures. «Il y a une prise de conscience massive des chefs d’entreprise sur le climat, note Geoffroy Roux de Bézieux. De gré ou de force, tous sont engagés dans l’écologie, sinon ils n’auront plus de financements… Mais on a besoin d’une planification assez longue, d’une vision du prix du carbone à long terme. C’est un gros changement pour nous, on a besoin d’un signal-prix. Le mot planification, sur l’écologie, ne me fait pas peur.» Le Medef réclame, a minima, une trajectoire concertée et stabilisée de la politique écologique sur au moins cinq ans, par une loi de programmation pour le climat.

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 0.2-33.33
Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
Autre demande du Medef : que soient véritablement évalués les impacts sur les émissions carbone des décisions prises, parfois plus « émotionnelles » que « rationnelles ». Selon l’organisation patronale, une étude de Rexecode montre qu’une dizaine de mesures seulement, sur les 300 de la loi « climat et résilience », font baisser directement les émissions de gaz à effet de serre. Ce texte serait donc peu efficace.
D’autant qu’avec cette loi, le coût de la tonne de carbone évitée grimpe à 800 euros, selon Rexecode, quand le prix du marché du CO2 est inférieur à 100 euros la tonne. « Augmenter le coût de la tonne de CO2 aurait donc été bien plus efficace », conclut le Medef dans le livret de ses propositions. Autre exemple, selon Roux de Bézieux, d’une décision dont l’impact n’a pas été sérieusement évalué : l’interdiction de la voiture thermique en 2035 dans l’Union européenne. Il cite Carlos Tavares, patron de Stellantis, pour qui prolonger l’utilisation des véhicules hybrides quelques années de plus aurait été plus efficace pour le climat.
Revaloriser l'idée de progrès
Autres propositions pour favoriser cette transition écologique : « caler les échéances d’application des normes environnementales sur celles de la disponibilité à grande échelle et à prix abordable des technologies requises ». Une allusion aux véhicules utilitaires ou de travaux publics électriques ou hydrogène, pas encore prêts alors que la réglementation les impose. Favorable à une taxe carbone aux frontières, le Medef préconise un investissement massif dans le nucléaire. Il réclame une incitation financière pour encourager les PME et ETI à mesurer leur impact carbone. Et souhaite que la signature des accords commerciaux avec d'autres pays soit soumise au respect de l'accord de Paris sur le climat.
Pour réussir la transition écologique, il va falloir innover. Inquiet de la réforme du baccalauréat qui réduit la formation des lycéens en mathématiques, le Medef souhaite augmenter le nombre d’élèves ingénieurs de 30% par an, créer un ministère de la Technologie et du Numérique, et « rééquilibrer le principe de précaution par un principe d’innovation »… Pour réconcilier les Français avec l’idée de progrès, le Medef lancera prochainement des « Etats généraux du progrès ».
Les principaux candidats seront invités à exposer leur programme aux adhérents du Medef le 21 février à Station F, à Paris.



