[COP26] Les quatre recommandations du Haut conseil pour le climat à la France

Le Haut conseil pour le climat (HCC) formule des recommandations au gouvernement français sur les mesures à prendre pour respecter l’Accord de Paris. En résumé : il faut accélérer pour prendre la bonne trajectoire.

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Corinne Le Quéré, président du Haut conseil au climat, qui a préconisé quatre recommandations à la France ne matière de politique climatique.

Le Haut conseil pour le climat (HCC) annonce ce jeudi 16 décembre 2021, ses recommandations sur les implications et opportunités pour la France des décisions prises à Glasgow lors de la COP26, "premier jalon après l’Accord de Paris", précise Laurence Tubiana, membre du Haut conseil au climat (HCC) qui fut Ambassadrice de la France pour le changement climatique pour la COP 21. Le HCC a entre autres missions - dans le cadre de ses prérogatives définies dans la loi du 8 novembre 2019 relative à l’énergie et au climat - d’évaluer la stratégie de la France pour le climat et sa cohérence avec l’Accord de Paris.

Les recommandations sont au nombre de quatre. La première est de rehausser les objectifs de la France pour 2030.

"S’il convient de saluer les efforts entrepris avec notamment la loi climat et résilience, l’objectif de -40% qui est toujours en place n’est plus à la hauteur des enjeux, prévient Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat. La France doit renforcer ses engagements au sein du paquet européen, ce qui n’a pas été fait à Glasgow. La Présidence européenne de la France a pour objectif de négocier le « Fit for 55 » de l’Europe [-55% d’émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990, Ndlr]."

Un devoir d’exemplarité

Le HCC met en avant le fait que la France a un devoir d’exemplarité de par son rôle dans l’Accord de Paris. Or, la trajectoire actuelle ne permet même pas d’atteindre une baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990. Il faut donc accélérer le rythme de baisse des émissions, "y compris dans l’aviation et le transport maritime. Le transport routier et l’agriculture ont vraiment besoin de se mettre sur la bonne trajectoire", demande la présidente du HCC.

La seconde recommandation est "de renforcer la gouvernance et les moyens mis en œuvre en matière de climat, ainsi que les outils de pilotage nécessaires à l’atteinte des objectifs que la France s’est fixés". Le HCC demande une généralisation des plans climats des différents ministères avec les moyens à la hauteur des objectifs climatique.

La troisième recommandation consiste à assurer un suivi des engagements internationaux pris par la France, notamment au sein de coalitions, à l’occasion de la COP 26 comme la réduction de 30 % des émissions de méthane d’ici à 2030, l’arrêt de la commercialisation des véhicules thermiques, la sortie des subventions et des financements aux énergies fossiles, la lutte contre la déforestation importée. Le HCC demande un suivi en toute transparence y compris pour le financement international du climat qui doit permettre un rééquilibrage en faveur de l’adaptation et d’une "transition plus juste".

Reprendre l’initiative au niveau international

Enfin, dans la quatrième recommandation, le Haut conseil au climat demande à la France de reprendre l’initiative à l’international sur ce sujet dans la perspective des COP27 en Egypte et COP28 aux Emirats arabes unis. "Nous voulons signaler un problème d’urgence sur le leadership international. L’Europe n’a pas eu un rôle central durant la COP26. Or, c’est elle qui en fait le plus, rappelle Laurence Tubiana. La France peut jouer ce rôle avec l’Europe et redire que nous sommes porteurs de l’Accord de Paris." Le conseil demande à la France de remobiliser son réseau diplomatique à l’international ainsi que ses bailleurs et acteurs économiques pour apporter un soutien financier aux pays qui en ont besoin pour mener à bien leurs efforts d’atténuation et d’adaptation.

Le Haut conseil au climat est également revenu devant la presse sur les résultats mitigés de cette Conférence des parties présidée par le Royaume-Uni. Il y avait trois attentes : poursuivre l’objectif de la limitation du réchauffement climatique à +1,5°C, finaliser les règles d’application de l’Accord de Paris, notamment sur la transparence des engagements des pays et les mécanismes d’échanges des émissions, et la mobilisation des 100 milliards de dollars US de financement promis aux pays en voie de développement.

L’Accord  de Paris fonctionne… mais les objectifs restent très insuffisants

"De fait, l’Accord de Paris fonctionne. Les engagements ne concernent pas seulement les Etats, mais aussi des villes, des régions, des entreprises. Et tout le monde s’est entendu sur des plans de 5 ans, ce qui est cohérent avec le retard que l’on a pris, a rappelé Laurence Tubiana. Les nouveaux engagements de réduction sont parfois supérieurs à ceux de 2015, mais beaucoup n’ont pas apporté d’objectifs rehaussés. La décision a été reportée à 2022." Le HCC se satisfait d’un objectif de réduction de 45 % des émissions à l’horizon 2030 et sur l’engagement de 130 pays vers la neutralité carbone en 2050. Et le fait d’avoir finalisé les règles d’application de l’Accord de Paris ouvre la voie à des engagements plus ambitieux et plus transparents.

"Toutefois, la somme des nouvelles ambitions ne permet pas de limiter le réchauffement climatique à +1,5°C en 2100, regrette Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat. Actuellement, nous sommes sur une trajectoire de +2,7°C C’est très inquiétant. Si tous les engagements et initiatives étaient parfaitement appliquées, nous serions plus proche de +1,8°C ce qui est encore très éloigné des +1,5°C. Et surtout c’est peu crédible car l’essentiel est repoussé après 2030. Les plans sont peu étayés de réels plans d’action." Et le HCC regrette que les engagements des pays les plus riches envers les pays les plus pauvres n’aient atteint que 80 milliards de dollars.

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